Les chênes qu'on abat

Publié le par club rando

Après le retrait de la vie politique de Charles de Gaulle, André Malraux, en tant que dernier fidèle, rencontrait régulièrement le Général. Rempli de nombreuses citations alternant avec des phrases à la syntaxe emberlificotée, il publia un recueil de leurs conversations intitulé « Les Chênes qu’on abat». Il rédigea en 1970 ce livre dans le château des Vilmorin à Verrières-le-Buisson où il résidait depuis sa liaison avec Louise de Vilmorin puis avec sa nièce Sophie, qui assura le relais des sentiments.
En ce 13 février 2015, la renommée de cette commune a déterminé le choix de la balade du jour. Bien plus que pour rendre hommage au grandiloquent écrivain dont on se contente de retenir les titres d’une œuvre immense mais difficile à aborder.

Les chênes qu'on abat

Pas besoin d’un bonnet bien enfoncé sur la tête, les brumes de l’aube se sont déjà dispersées. Le ciel se présente sur un aspect des plus limpide, couleur bleu acier. Seules sur les pelouses, les herbes givrées attestent que la nuit a été froide. C’est le début des vacances d’hiver et malgré l’heure matinale les axes routiers de l’agglomération parisienne sont encombrés. Le groupe constitutif des 27 participants se rassemble, pour une fois, avec quelques minutes de retard.

Les chênes qu'on abat

Les réflexes habituels reviennent très vite dès l’entame de la marche. Les chuchotements des premiers instants, qui obligeaient à se pencher pour mieux entendre son interlocuteur, prennent rapidement de l’ampleur. Les affinités se retrouvent. Plus besoin de pudeur pour tirer satisfaction d’être celui ou celle que l’autre attendait. Certains ne désiraient que cela, s’emparer de la parole et investir la conversation. La voie est plaisante, la voix triomphante !

Les chênes qu'on abat

L’itinéraire emprunte d’abord les berges de la Bièvre, délicieusement aménagées en promenade. Quelques larges échappées laissent entrevoir les deux bras de la rivière, le voisinage d’un golf, la traversée du hameau d’Amblainvilliers et le rappel d’anciens moulins. Les rives deviennent moins riantes dès qu’approchent les barres d’immeubles de Massy. Il est préférable de pénétrer à l’intérieur de la commune à la hauteur du lac Cambacérès, dernier témoin d’un ancien domaine qui laissa place au lotissement du parc de Verrières.Y subsistent toujours de grandes et belles propriétés en pierre de meulière. De larges avenues, traversées en diagonale par des minuscules sentes cachées au milieu des villas, remontent vers le centre. Un parc qui s’étage à l’arrière d’une demeure historique permet de rejoindre l’église. Le château et l’ancienne entreprise Vilmorin sont tout proches.

Les chênes qu'on abat

L’histoire de Verrières est intimement liée à celle de la famille Vilmorin qui a installé dès 1815 ses cultures, ses laboratoires et ses terrains d’essais sur une superficie de près de cent hectares. Maison de commerce située à l’origine sur le quai de la Mégisserie à Paris, la dynastie familiale, sur sept générations, a pris racine dans ce territoire. De là sont parties d’importantes avancées scientifiques qui allaient révolutionner l’agriculture, enrichir les potagers et embellir les jardins.

Les chênes qu'on abat

Paradoxalement son membre le plus reconnu fut Louise de Vilmorin qui choisit l’autre culture, hors sol. Elle se révéla écrivaine indépendante, légère, séductrice et atypique. A partir de son célèbre salon bleu, Verrières deviendra le rendez-vous incontournable des penseurs, artistes et politiques du moment. C’est à son bras que Malraux découvre la commune. Il s’y fera enterrer avant que sa dépouille ne soit transférée au Panthéon.

Les chênes qu'on abat

Le groupe s’attarde devant le centre qui abritait autrefois les salles d’agronomie, des entrepôts et le musée, partis aujourd’hui, comme l’entreprise, en Anjou. Plus loin, un agréable sentier longe le château. Une grille permet d’entrevoir l’allée de tilleuls qu’aimaient arpenter les deux écrivains. Louise, « uniquement nourrie de la fumée de ses Dunhill blondes », charmait André. Mais elle l’exaspérait aussi d’autant plus qu’elle lui avouait ne rien comprendre de ses dires et le trouvait trop dominant.

Les villas sur les terrains en pente du haut de Verrières semblent avoir hérité du caractère de Louise. Elégantes, jolies à faire lever des compliments, on s’attend à ce qu’en sortent les rires ébouriffés de mignonnes petites filles à socquettes blanches et jupes plissées.

Les chênes qu'on abat

Le bois de la Vallée à la Dame pénètre dans la marqueterie des tout nouveaux lotissements. Il signe l’extrémité sud du massif forestier de Verrières. Près du collège Jean Moulin, la belle forêt de chênes et de hêtres a laissé la place à une parcelle totalement rasée. Pour un forestier, avoir des arbres qui poussent c’est bien, mais obtenir des grumes de qualité, c’est encore mieux. Le chêne est l’arbre qui cristallise le mieux l’attachement de l’homme à la forêt. Il symbolise la force morale autant que physique, la sagesse et l’autorité. Quand on abat un chêne, s’arrêtent les oracles et les intercessions vers les divinités du ciel.

Les chênes qu'on abat

Sur le chemin de retour vers la gare d’Igny, les marcheurs un peu perplexes se rappellent une jolie pensée de Jules Renard. Cet auteur affirmait que chaque chêne pourrait raconter une histoire et qu’il faudrait plusieurs vies pour pouvoir les écouter toutes !

Toutes, c’est impossible ! Quelques-unes, sans doute. Au moins, le temps de s’épargner d’insipides programmes de télévision ou quelques matches de foot sans intérêt !

 

Sources

Chronique de G.Martin-Chauffier Paris-Match, juillet 2012,- Présentation de lecture de J.F. Pouge septembre 2010

Mairie d’Igny (91), la gare, le chemin de la Bièvre, le golf, la voie de la vallée, le lac Cambacérès, la rue P. Brossolette, les sentes, le centre-ville de Verrières, la propriété Vilmorin, le cimetière, chemins de la marinière et des marronniers, sentes des gâtines et de la justice, le chemin du bois la vallée à la dame, la route de Bièvres, la gare d’Igny.

Le Parcours

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