22 à Asnières

Publié le par club rando

Elle est venue au monde le 25 mai de l’année 1961, jour où l’on célèbre les Sophie. A cette époque les jouets représentant les animaux reprenaient seulement le bestiaire de la ferme ou de la vie domestique. L’entreprise Delacoste, implantée au cœur de la commune d’Asnières-sur-Oise(95270), innove en concevant une petite girafe baptisée immédiatement du nom de la sainte du jour. Sa configuration exotique, sa taille et sa texture étaient alors totalement innovantes. Succès immédiat, fulgurant et toujours continu. Les parents, grands-parents ou amis lui reconnaissent une grande utilité pour les bébés qui peuvent la malaxer et la triturer à souhait. En 1993, l’entreprise devenue par la suite les Etablissement Vulli, quitte malheureusement la cité pour émigrer en Haute-Savoie, laissant sur place une friche industrielle toujours en attente de réaménagement

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En ce matin du 17 avril, ce n’est donc plus Sophie qui accueille le groupe des 15 marcheurs devant la façade récemment restaurée du Château Neuf d’Asnières. Joëlle et Martine, les deux gracieuses encadrantes du jour, ne sont pas venues se faire les dents en mordillant des oreilles ou en mâchouillant le gras des bras. Elles invitent simplement à les suivre pour prendre un peu de hauteur.

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La grimpette attendra tout de même un peu. La balade débute dans une plaine entre la pointe nord de la conurbation parisienne et les premières ondulations forestières du sud de la Picardie. La lumière d’un beau matin se propage sur le sol et fait déjà éclater de minuscules violettes, toutes surprises de se découvrir aussi vite. Quelques passereaux volettent au-dessus des champs de colza. Enivrés par l’arrivée du printemps, ils s’époumonent bruyamment. Plus discret et bien protégé par l’entaille d’un fossé, un écureuil observe l’avancée de la troupe avant de se réfugier au faîte d’un marronnier.

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La courbure d’un rideau d’arbres trahit au lointain la présence de l’Oise. Une onde sonore portée par le vent parvient par bribes. Une tondeuse entretient l’élégante rive herbeuse du fleuve. La pelouse est bien cruelle. Ses nombreuses petites fleurs sauvages, prudemment dissimulées parmi les graminées, espèrent toutes pouvoir sauver leur tête.

Retour plein sud pour rejoindre la forêt de Carnelle. Sur le bord du coteau, l’église Saint-Martin de Noisy-sur-Oise, aux murs de pierres blanches et au toit d’ardoises anciennes, se chauffe au soleil blond. Il est encore trop tôt pour demander la complicité de l’ombre aux tilleuls qui bordent son avancée

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Le chemin pénètre dans le bois. Au début c’est une route-jardin bordée d’herbes folles qui encadrent l’espace médian récemment fauché. En contrebas quelques chevaux paissent tranquillement sous des pommiers en fleurs. Ils apprécient le silence et rouspètent contre le bavardage incessant de ces intrus de passage, empêcheurs de brouter en paix.

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Les ardeurs de la canicule précoce des jours précédents ont bien réveillé la vigueur de la végétation. La timidité de la nature est largement dépassée. Les feuilles des hêtres et des chênes se sont vite enhardies pour atteindre bientôt leur taille définitive. Une branche d’aubépine se couvre de pétales alors que les autres, alentour, ne sont encore qu’en bourgeons. Fait curieux, elle est passablement écorchée. Soumise à un stress intense, elle a employé toutes ses forces pour tenter de se reproduire en donnant très vite naissance aux fleurs. Portée par la puissance de la vie, elle a cherché par tous les moyens à se perpétrer

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Il reste à atteindre le sommet de la butte, à l’altitude de 210 mètres, au plus haut point du département du Val d’Oise. François peste contre la raideur du sentier. Il apprend à régler son rythme sur la pente, son pas sur son souffle. Si la montée lui paraît longue et le fardeau de son sac trop lourd, il fredonne intérieurement des chansons qui ne parlent que de fraîcheur du torrent ou de la douceur du temps. Joëlle, venue aujourd’hui en célibataire, l’encourage du regard puis l’abandonne à sa peine, intérieurement ravie de sa performance et fière de sa légèreté.

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Sur l’aire du Carrefour de Carnelle, les chevreuils ont dérangé un tapis de feuilles qui s’étale aux pieds des chênes séculaires. Sous ces arbres, il y a plus de 2 000 ans, des gaulois venaient rendre la justice ou bien se commettaient en palabres. Plus prosaïquement ils offriront leur ombre à la collation. Les haies qui bordent le chemin de retour entre Noisy et Asnières explosent de la blancheur des merisiers et des prunelliers. La campagne est le théâtre d’une violente douceur, de contrastes de lumière et du parfum des premières fleurs. C’est l’euphorie tranquille d’une belle après-midi d’avril.

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Sous la croix verte de la pharmacie d’Asnières s’affiche la température de l’instant : 22 degrés. La même qu’à Dakar au Sénégal, Madang en Papouasie et Assomption au Paraguay. Christian qui a pourtant fréquenté les îles lointaines ou les nuits des tropiques se rappelle une citation appropriée de Chateaubriand : « L’homme n’a pas besoin de voyager pour grandir, il porte en lui l’immensité»

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Royaumont, juste en face, se trouve au cœur d’une grande zone humide traversée par plusieurs cours d’eau dont la Thève. C’est ici que Saint Louis commence à gagner ses galons de sainteté quand il construit une abbaye. Les bâtiments du 13° siècle ont été revus par le temps, les saisons et les hommes. Pillé et détruit à la révolution, le site est transformé en filature au début du 19° siècle. En 1870, des religieuses y installent un noviciat et redonnent vie spirituelle à l’abbaye. Le long des canaux centraux, des bassins sont redessinés et bordés de marronniers. Mais l’ensemble doit sa renaissance et sa survie actuelle à une famille de mécènes qui en 1964 crée une fondation privée qui «tient à remettre le génie des lieux au service des hommes»

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A peine passée la grille d’entrée, de grandes allées en triangle invitent le groupe à passer à l’essentiel, à admirer le meilleur. Malgré une signalétique outrageusement moderniste, il flotte toujours un parfum du passé dans ces bâtiments conçus et reconstruits par le labeur des moines.

Des canards qui se dandinaient sur les pelouses décollent d’un coup et s’envolent au-dessus de la Thève. D’un brusque battement d’ailes ils n’oublient pas de revenir saluer l’abbaye, ce lieu inspiré, lui aussi, pour rejoindre le ciel.

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Sources consultées : Site internet de l’entreprise Vulli, Magazine Passion Rando/Val d’Oise la nature inattendue / juillet 2014

Parking rue du Four à Asnières, la plaine du Marais, le Port-Montjoie sur l’Oise, l’église de Noisy-sur-Oise, le chemin des vignes et des oliviers, les hauts de l’hôpital de Beaumont, les carrefours de l’Etoile et de Carnelle, le centre de Noisy, retour à Asnières par le GR. Transfert et visite de l’abbaye de Royaumont.

Le parcours

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