Vercors de rêve

Publié le par club rando

Comment faire pour exprimer la beauté d’un lieu et l’émotion qui s’en dégage ? La force d’un croquis peut répondre à ce désir. En 1937, le peintre surréaliste, Man Ray, dessina un paysage du Vercors associé à une immense aiguille verticale autour de laquelle ondulait un fil en forme de femme. Il superposa son imagination poétique à la nature qu’il avait sous les yeux.

Vercors de rêve

Ainsi donc le Vercors s’apparenterait à un corps féminin. Mais plutôt un corps bien charpenté sur un solide squelette et plein de formes et de creux. Des creux, on en trouve pas mal et surtout des trous où s’infiltrent les pluies. Au point même d’utiliser un terme local, le scialet, pour bien les repérer. On nomme aussi cette région la forteresse de calcaire, car les couches crétaciques ont été comprimées au cours des âges géologiques, puis rehaussées et délitées par les agressions du temps.

Il faut noter que le terme Vercors est maintenant générique pour désigner l’ensemble de la région. Jusqu’au milieu du xx° siècle, il ne comprenait que la partie incluse dans le département de la Drôme. Le nord, à partir de Villard-de-Lans, se dénommait les Quatre-Montagnes. Ce sont les évènements tragiques de la Résistance puis la création du Parc Naturel qui donnèrent l’unité à ce massif. La mémoire d’une histoire glorieuse et tragique «du pays des hommes debout» reste toujours émergente. Mais le développement du tourisme a largement ouvert ce territoire aux activités de plein air et nature pour le transformer maintenant en «paradis des gens qui marchent»

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Installés à la Chapelle-en-Vercors, les 18 randonneurs ont d’abord eu un peu de mal à comprendre la complexité de la géographie apparente. La résumer par le terme de plateau est bien réducteur. La structure du massif est plus compliquée. Les vallées, plus ou moins larges, sont souvent dominées par des massifs forestiers. De profondes gorges, ourlées de falaises gigantesques, les séparent. Enfin, une haute ligne de crête barre le bord oriental et protège de toute intrusion. Le paysage est tourmenté, mais partout les vues sont grandioses, les spectacles saisissants. Quelle que soit l’altitude, on y ressent la sagesse rurale, l’emprise des forêts et les murmures du vent dans les branches. Le ciel y prend toute sa place. Il est rarement vide. Des cumulus éthérés passent dans l’azur, mais en ordre dispersé, sans chercher à barrer la ligne d’horizon. Devant une telle beauté, chacun prend conscience de n’avoir d’autre envie que de retrouver le chemin.En cette semaine de fin juillet, cette évidence a allumé chez tous les présents la petite étincelle du plaisir. Un peu comme si ces espaces immenses arrivaient à communiquer une part de leur énergie et de leur vitalité.

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L’esprit des lieux est transmis principalement par la Réserve des Haut-Plateaux, lovée sous la barre des hautes crêtes. Elle s’étend sur dix mille hectares et ne supporte ni habitants ni route de communication. Les seules activités autorisées concernent l’exploitation des forêts et des pâturages comme alpages d’été. La vie animale y est foisonnante entre le cheptel de transhumance et la faune endémique habituelle de la montagne. Un jour de grand beau, nous avons voulu y toucher les cieux en suivant le GR qui part du col du Rousset pour rejoindre le Pas de Bachasson. Le sol y est quelquefois élastique ou au contraire canalisé sur un dallage de calcaire. Des chandeliers jaillis de la pierre encadrent le chemin.au curieux musée du Cairn. En ces lieux, les fleurs paraissent plus colorées que dans la plaine. Nous ne dépasserons pas l’antique Carrière Romaine où se reconnait toujours la trace des blocs débités. Dommage de n’avoir aperçu, quelques mètres plus haut, la vision du Mont Aiguille, détaché des Hauts-Plateaux par un caprice de la géologie.

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Sorties des pierriers, les marmottes sont bien mignonnes et raffolent des bains de soleil. Elles sifflent pour signaler le danger. Il vient du ciel. Elles savent bien que les promeneurs sont inoffensifs et doivent plutôt lever les yeux pour échapper aux nombreux rapaces qui tournoient au-dessus d’elles.

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Le Vercors est connu pour être un vrai gruyère. Partout des crevasses, des failles, des lapiaz et des scialets. L’eau ne reste pas en surface. Elle s’infiltre, creuse des gouffres et alimente des rivières souterraines. La zone de Font d’Urle offre un parfait résumé de ce paysage karstique. Son sentier d’initiation propose des haltes de découverte. On peut encore descendre dans des grottes qui servaient autrefois de glacières en été. Le chemin longe parfois la falaise. Le regard alterne entre la vue des chevaux qui paissent sur l’alpage et le précipice.

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La route goudronnée s’arrête brusquement comme si elle estimait qu’elle en avait fait assez. Un GR prend la relève et traverse le golf de Corrençon. Il croise une étrange piste de ski-roue qui permet une extension estivale à l’activité de ski de fond. Commence alors le domaine exclusif de la forêt de sapins et de hêtres qui colonise tout l’espace entre Bois Barbu et Herbouilly. Son hôte le plus remarquable, le «sapin Bellier», porte ses 220 ans avec élégance. Son allure altière et rectiligne a été remarquée pour en faire le régénérateur de la forêt. Il a bien mérité le témoignage de notre considération.

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Les gorges de la Bourne laissent toujours une forte impression car les points de vue changent de perspective. Fermés dans les bois, ouverts dès qu’une trouée laisse entrevoir le panorama. Au cirque du Bournillon, la source du Moulin-Marquis sort sous une dalle de la falaise avant de se jeter en cascade quatre cent mètres plus bas dans la Bourne. Le site est pittoresque et le chemin vers la porte du Diable très escarpé. Il est taillé sur mesure pour le bouquetin qui nous croise avant de disparaître sur la paroi abrupte sans donner son adresse.

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Le plateau d’Ambel est le concentré de tous les charmes du Vercors. Il mêle forêts profondes, larges prairies et falaises vertigineuses. Situé à l’extrême sud, la vue porte du karst voisin de Font d’Urle jusqu’aux sommets du massif dont le Grand-Veymont, si reconnaissable par sa silhouette allongée en forme de dôme. Ici on goûte enfin le plaisir particulier de quitter le sentier pour suivre, en écharpe dans des flancs herbeux, le fil des crêtes. Sans doute dans les pas des anciens bergers. Puis, pour échapper à l’ivresse du vide, l’itinéraire rejoint en contrebas la frondaison des hêtres nains courbés par le vent du nord. Une vague terrasse permet le repos et la contemplation.

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S’assoir dans l’herbe, sur un rondin de bois ou en tailleur, c’est le moment sacré de tout randonneur. Se laisser porter par la conversation sans vraiment chercher à la suivre. Parfois on s’allonge sur le dos, jambes en équerre. Les nuages défilent et on ferme les yeux sous le soleil. On n’a pas besoin de s’endormir, c’est du moins ce que l’on pense avant de s’assoupir un peu. Les bruits du départ réveillent de la torpeur. Les silhouettes voisines redeviennent familières. La balade reprend. Tant mieux, il y a tellement d’autres endroits du Vercors à découvrir.

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Ne dit-on pas que le monde évolue parce que certains marchent à côté des chemins ?

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Les prestations d’hébergement ont été assurées du 22 au 29 juillet par l’Hôtel Bellier de la Chapelle-en-Vercors 26 420
Le 23 juillet circuit en boucle : La Chapelle-en-V, croix de Chatelat, le belvédère du Revoulat, les Baraques, forêt de Favernoz, la Chapelle-en-V.
Le 24 juillet en matinée : circuit du Karst à Font d’Urle. Après-midi en A/R : Lente , belvédère de la Combe –Laval par la forêt
Le 25 juillet circuit en boucle.: Le Bois Barbu, croix du Liorin, Corrençon, bois des Essarteaux,, le sapin Bellier, le Bois Barbu
Le 26 juillet.en A/R : Col du Rousset, la cabane de Pré Peyret, la Carrière Romaine
Le 27 juillet en A/R : Font d’Urle, le pas de l’Infernet, le pas de la Ferrière, le plateau d’Ambel
Le 28 juillet matinée : St-Julien-en-V. le circuit de la cascade de Moulin-Marquis à la Porte du Diable. Après-midi : le vallon de la Fauge aux Clots de Villard-de-Lans.



Le séjour

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