Un drôle de paroissien

Publié le par club rando

Dans les salles de cinéma de notre enfance, les affiches publicitaires projetées sur un grand rideau rouge nous faisaient patienter. La diffusion des actualités ouvraient la séance. A l’entracte, les ouvreuses aiguisaient la tentation en proposant leur corbeille garnie de glaces ou sucreries. Les lumières s’affaiblissaient doucement et commençait le générique du film tant attendu. La notoriété de l’acteur principal était primordiale. La présence de quelques monstres sacrés suffisait à garantir l’affluence. Bourvil fut l’un des plus populaires. De son vrai nom André Raimbourg, il prit le pseudonyme du village où il passa sa jeunesse. Après avoir exploité le registre du benêt au grand cœur, il s’affirma en parallèle dans une carrière beaucoup plus dramatique. Le réalisateur Jean-Pierre Mocky lui offrit des rôles révélant sa finesse de jeu d’acteur comme dans un drôle de paroissien qui le transforme en personnage sympathique tout autant que cynique et ambitieux. A 53 ans, tout juste après avoir incarné le rôle d’un policier désabusé dans le film le cercle rouge, il fut emporté par un cancer foudroyant et enterré au cimetière du petit village de Montainville(78124) où il possédait sa résidence secondaire.

Un drôle de paroissien

En ce frais matin de septembre, rassemblés devant sa très modeste sépulture, nous nous rappelons sa personnalité, toute de douceur et de retenue. Finalement, nous n’avons jamais cessé d’oublier son visage et d’admirer André Bourvil. L’acteur appréciait la tranquillité de ce bourg sans prétention où il pouvait, au propre comme au figuré, cultiver son jardin

Un drôle de paroissien

De par sa position exceptionnelle en haut de coteau, ce lieu d’accueil lui offrait le recours romantique à l’immensité du paysage. La balade du jour procède de cette même sensation. Vers le nord le regard embrase l’horizon jusqu’aux prolongements occidentaux de l’antique forêt de Marly. Ils seront notre limite pour amorcer le retour par une coulée qui retrouve la rivière Mauldre avant la remontée sur la bute de Montainville

Un drôle de paroissien

En rappel à la personnalité du jour le parcours sera émaillé de séquences d’un quiz portant sur la carrière du comédien. L’exercice qui se veut avant tout ludique offre un double avantage. Il stimule l’esprit et ravive la mémoire tout en accordant le bénéfice de petites pauses de récupération, appréciables sur ce trajet bien vallonné. Comme il fallait s’y attendre, il n’y a pas eu de compétition. Les deux représentantes féminines présentes sur le petit groupe des sept participants trustèrent les bonnes réponses laissant leurs rivaux déconfits et peu diserts. On sait bien que les légères peines s’expriment mais les grandes douleurs restent muettes !

Un drôle de paroissien

La matinée est fraîche et limpide en cette fin d’été. Une compagnie de perdreaux sortie de l’abri des maïs et particulièrement peu farouche nous signale le bon chemin. Avant d’atteindre le faubourg de Beynes, le parcours croise une vigne plantée en chardonnay. Un vignoble en Yvelines ? Cette curiosité est très artificielle. Le clos de deux hectares a été conçu et entretenu par la municipalité depuis 2002. Il a pour origine un rapprochement avec la commune viticole homonyme de Beines, près de Chablis. Les quelques bouteilles produites, transférés puis vinifiées en bourgogne, sont réservées aux adhérents d’une association. Nous resterons sur notre soif. Sur le coteau opposé, le chemin surplombe une ligne de chemin de fer toujours active, surprenante dans cet axe de communication et sans doute menacée. Elle relie Paris-Montparnasse à Mantes et fait surtout le bonheur des randonneurs du week-end désireux de rejoindre la campagne par une liaison en site propre.

Un drôle de paroissien

Passé le hameau de la Maladrerie, le chemin cherche sa route entre deux prés puis prend résolument la direction du nord, traçant une ligne rectiligne dans la plaine. Des vergers vont couper la monotonie des champs. Une allée de vieux pruniers borde une vaste étendue de pommiers. Ils paraissent abandonnés. Le lierre commence à les enserrer comme un linceul. Les fruits sont mûrs à point, prêts à être croqués en bouche. On se contente de ramasser ceux gisant à terre. Mais la tentation est trop forte. On ose cueillir sur les branches jouxtant le chemin. Les prunes laissent immédiatement sur les doigts des traces collantes. Sans doute la punition d’avoir transgressé l’interdit !

Un drôle de paroissien

Dans le bois d’Herbeville, les fougères commencent à tirer vers le roux et protègent de leurs crosses retournées quelques corolles mauves de bruyère. A la sortie de la forêt, les rayons du soleil transpercent les minces nuages effilochés tout en donnant l’impression que la lumière provient du sol. En levant les yeux au ciel, un vol de tourterelles semble indiquer la direction qu’il convient de prendre.

Un drôle de paroissien

Le petit chemin qui descend vers Mareil-sur-Mauldre est encadré par une haie d’aubépines et de prunelliers, alanguie et fatiguée par sa propre vigueur. A l’approche du village, elle s’évanouit en bas de la pente pour laisser place aux dernières mûres. Elles se protègent des mains gourmandes par des ronciers très touffus. La montée finale paraît plus facile que prévu. Les tons d’automne commencent à mettre un peu de rouge sur les vignes vierges qui courent sur les premières maisons de Montainville. De gros nuages gris arrivent de l’ouest. Le dernier soleil est le plus doux.

Un drôle de paroissien

Comme un cousin éloigné qui vient passer quelques jours à la maison, Michel a tenu à participer à la randonnée. Fatigué par le plein soleil et la beauté insolente de son île d’adoption, il ressent le besoin de retrouver en France les contre-jours et les clairs-obscurs.

Au cours de nos échanges, il se livre sur sa passion pour l’écriture qui le recentre un peu sur lui-même. Dans un environnement exubérant, il se dit un peu las de la convivialité forcenée. Certains, nous dit-il, lui reprochent ce manque d’assentiment, ce retrait de la chapelle, cette façon d’être «un drôle de paroissien». Mais rien n’est-il pire que le bonheur collectif obligatoire ?

Un drôle de paroissien

Le chemin des murgers à Montainville, le bois de Beinette, la croix verte à Beynes, chemin du mont Plantin, chemin de Lifosse, la Maladrerie de B., chemin de Boulémont, le bois des Arpents, Herbeville, chemin des vignes, Mareil sur M., chemin des 2 croix, chemin du moulin, Montainville

Le Parcours

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