Caresse sur l'océan

Publié le par club rando

D’un coup de bec pressé, le tout petit bécasseau retourne un à un les mini galets qui affleurent sur la plage. Bourré d’énergie, il reporte ensuite tout son intérêt sur des débris de coquillages posés sur le sable mouillé. Sa récolte semble bonne puisqu’il est vite rejoint par une escadre de congénères, tous aussi avides que lui de picorer les opportunités offertes par le mouvement perpétuel des vagues. Sur la plage du Douhet, inondée par la lumière blonde de cette fin d’après-midi, le groupe de marcheurs s’amuse du ballet incessant des oiseaux. Vers le large, les rayons solaires soulignent les silhouettes de Fort Boyard et de l’Ile d’Aix.

Caresse sur l'océan

Christine et Fabienne se sont laissé distancer. Cette plage restée nature, au cœur de la mer intérieure qu’est l’archipel charentais, sera leur petit paradis. Otant prestement leurs chaussures, elles enfoncent leurs pas dans le sol mouillé comme un bon nageur pénètre en douceur dans l’onde. Un petit air du large joue avec le vent venu d’aquitaine qui commence à faiblir sur une mer totalement apaisée. En ces instants, c’est toute la langueur maritime qui pacifie l’ensemble de la baie.

Caresse sur l'océan

La proposition d’une itinérance à Oléron en début novembre avait séduit les 15 participants surtout parce qu’il s’agissait de découvrir une île. Au-delà du simple éloignement, l’île inclut l’idée d’une rencontre avec l’océan. Qu’on marche droit, vers la gauche ou même de travers, on butte forcément sur la mer qui reste frontière du quotidien. L’île est un condensé du globe. Le soleil se lève et se couche toujours sur ses rives.

Caresse sur l'océan

Reliée au continent par un pont que les autochtones baptisent viaduc, l’île d’Oléron s’affirme plus discrète et moins sélecte que sa hautaine voisine l’île de Ré. Elle est aussi plus partageuse puisqu’elle accueille en saison 15 fois sa population résidente, quitte à s’y faire écraser un peu les pieds. Mais à mi- automne, la frénésie des vacances paraît bien lointaine vu le nombre de volets fermés et de mobil-homes désertés. Les estivants ont rendu aux îliens leur tranquillité. Elle sera bien peu troublée par le passage de ce groupe de nouveaux visiteurs, sacs au dos et sans voiture. L’homme ne descend pas que… que de son véhicule, il lui arrive aussi de marcher ! C’est la meilleure façon pour se sentir accueilli comme un hôte et non pas attendu comme un touriste.

Caresse sur l'océan

Le circuit de la Citadelle de Château-d’Oléron permet de vérifier qu’elle possède bien tous les attributs des fortifications conçues par Vauban. Elle est maintenant cernée par une multitude de cabanes ostréicoles dont certaines abritent des ateliers d’artistes. Pour la majorité, revêtues de couleurs vives utilisées pour la peinture des bateaux, cette palette multicolore n’arrive pas à atténuer la tristesse d’un ciel que déchirent les rideaux d’une pluie fine et froide. Heureusement le lendemain matin le soleil est bien positionné au-dessus du continent. Tiendra-il-la journée ? Les échassiers sont les maîtres du marais entre Saint-Pierre et Boyardville. Aigrettes, cygnes et buzards des roseaux se disputent les meilleures zones de pêche dans les chenaux, sous le regard atone d’un troupeau de bovins, indifférent à toute agitation. A Fort Royer, la mer s’est retirée loin de l’estran. C’est ici que les meilleures huitres locales naissent en baie puis grandissent dans les parcs.

Caresse sur l'océan

Changement de marée, changement de temps. Quelques longues secondes sont nécessaires pour comprendre qu’une pluie fine, perçue comme passagère, s’installe en continu. L’abord de la forêt des Saumonards se fera sous la protection du poncho. Ce bois abrite les vestiges d’un ancien fort qui participait autrefois à la défense de l’embouchure de la Charente. Les canons se sont tus depuis longtemps et le bâtiment donne maintenant le départ à une série de beaux chemins forestiers posés sur un massif dunaire. Le soleil et la chaleur sont revenus tout aussi subitement. Une alternance de buttes et faux plats rythment la traversée. Des genévriers piquants montent la garde auprès de pins altiers. Quelques lapins isolés traversent le chemin en montrant leur derrière tout blanc. Ce soir, quand la forêt aura retrouvé sa quiétude, ils se rejoindront pour danser sous la lune.

Caresse sur l'océan

Au départ matinal de la Brée-les-Bains, Joëlle se sent pousser des ailes. Elle va quitter le goudron et les voies cyclables pour retrouver un bon vieux chemin tout caillouteux, le vrai, celui qui sent le vent tourner. Grâce à lui, elle va longer la côte nord, se griser de vues maritimes à l’infini et respirer à pleins poumons des bouffées d’air iodé. C’est sur ces rives que jadis les îliens venaient arracher à la mer une partie de leur subsistance en créant des «écluses à poissons». Certaines existent toujours et témoignent du dernier pan d’une culture ancestrale encore vivante.

Caresse sur l'océan

Après le phare de Chassiron, la blancheur du substrat calcaire du rivage se mélange au vert tendre des prairies. Mais le décor s’assombrit, la pluie s’annonce pour le tard. Une petite brisure dans les dunes suffira pour une pause. Le groupe apprend qu’il est gentiment invité à l’imprévu chez Pierre-Marie et Christine à Cheray, à l’intérieur des terres. Et voilà qu’en deux secondes, le cours des choses change ! C’est sûr, c’est mieux de se laisser faire.

Caresse sur l'océan

Pour y arriver, il faut traverser le secteur des vignes car l’île produit aussi ses vins, pineaux et cognac. Elles sont sagement alignées, bien au cordeau ou plutôt crucifiées sur leur palissade. Le peu de lumière fait encore briller le doré des feuilles et les veines rouges de leur nervure. La clarté décline. Décidément, dans le vignoble et quel que soit le lieu, l’imaginaire dionysiaque opère. Car, cachés derrière une rangée de cépage colombard, André a cru voir des satyres fourchus donner la sarabande

Caresse sur l'océan

La dernière matinée ne sera qu’une formalité. Sur cette partie de la côte occidentale, au sud de la Cotiniere, le rivage sableux vient de subir la houle de l’Atlantique. Marcher sur la grève de la Perroche est un immense plaisir. La mer ne gronde pas, elle ronronne, elle s’étire et se rétracte comme un gros chat. Quelques vaguelettes viennent lécher les chevilles et recouvrir les traces de pas qui s’inscrivent de façon éphémère dans le sable.

Caresse sur l'océan

Venu du large, un vent léger souffle sur l’onde tout en générant une petite écume sur les vagues. C’est son offrande matinale, sa caresse sur l’océan. ( Vidéo à écouter ci dessous )

Mardi 3 novembre(pm) : circuit de la citadelle à Château-d’Oléron. Transfert à St-Pierre
Mercredi 4 novembre : St-Pierre, l’Eguille, Fort Royer, Boyardville, forêt des Saumonards, la Gautrelle, Bretagne, Port Douhet, la Brée-les-Bains
Jeudi 5 novembre : la Brée-les-Bains, phare de Chassiron, les Huttes, plage de Chaucre, Domino, Cheray par le vignoble. Transfert à la Cotinière
Vendredi 6 novembre(am) : la Cotinière, plage de la Perroche, la Beaudonnière, St-Pierre

le Parcours

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Les Volck 13/11/2015 02:07

Ravis de vous avoir rencontrés, au lendemain de votre passage, le regret de ne pas avoir partagé l'une de vos marches m'a gagné.....Merci d'être venus jusqu'à nous et merci pour ces belles lignes qui décrivent si bien les nombreuses ambiances de cette île qui nous a accueillis.
Pmv

Madeline 12/11/2015 21:49

Merci François de me faire partager ces moments agréables et splendides

Madelien 12/11/2015 21:48

Merci François pour me faire partager ces moments agréables et splendides.