C'est la faute à Rousseau

Publié le par club rando

Tout le monde sait bien que l’expression «C’est la faute à Voltaire», s’unit dans sa suite «C’est la faute à Rousseau». Ces deux héros de la France des Lumières apparaissent ainsi liés à jamais alors que leurs personnalités et conceptions philosophiques s’opposèrent férocement.

C'est la faute à Rousseau

Ce 29 janvier à Montmorency, délaissant Voltaire, persifleur insolent mais protégé des Princes, c’est Rousseau, le rêveur aux promenades solitaires, qui sera uniquement honoré. Tout d’abord parce que, comme nous, il aimait la marche. Il affirmait qu’elle l’aidait à penser et à créer. « Je ne fais jamais rien, disait-il, qu’en promenade, car la campagne est mon cabinet !». Le parcours du jour montrera notre reconnaissance à celui qui proclamait «Faire route à pied, voilà de toutes les manières de vivre celle qui est le plus à mon goût !»

C'est la faute à Rousseau

La majorité des 19 présents avait oublié le lien intime entre Montmorency et Rousseau. En 1756, l’écrivain quitta Paris pour trouver dans cette bourgade un lieu proche de la nature. C’est là qu’il rédigea ses principes philosophiques et termina en six ans son œuvre romanesque. Mais la ville n’est pas qu’un lieu de pèlerinage littéraire. Après un riche passé médiéval, Montmorency devint au dix-neuvième siècle une villégiature réputée pour son patrimoine architectural constitué de manoirs et splendides demeures bourgeoises. Installée sur un coteau, la commune a conservé son caractère résidentiel. Au-delà du noyau de l’ancien village, il se révèle par la floraison de belles résidences cachées égoïstement derrière de véritables écrins de verdure.

C'est la faute à Rousseau

La localité a surtout eu la bonne idée de garder son exceptionnel réseau de sentes et de voies agrestes. Elles restent le témoin d’un temps où activités agricoles et arboricoles prédominaient. Ce sont elles que nous allons suivre. De la plaine d’Enghien à la forêt sommitale, elles enlacent jalousement la ville comme pour la préserver de mauvaises influences. Les chemins y sont particulièrement étroits, biscornus, bien souvent pentus et forment parfois de véritables tunnels de végétation. Ces sentes se distinguent par la particularité de leur patronyme (sentes du refoulons, de la fontaine Saint-Paul, des alloyaux, du fond d’haras). Ces noms sont précieux. Ils sont le langage de lieux ou d’époques oubliés. Ils évoquent des histoires ou des territoires disparus dont ils garantissent fidèlement la mémoire.

C'est la faute à Rousseau

On aborde le circuit par l’ouest et rapidement s’enchaînent les sentes. Elles se permettent une furtive incursion dans la commune voisine de Soisy avant de reprendre ensuite de la hauteur en traversant le bois du Châtaignier Brulé. Le soleil matinal a du mal à assurer sa présence, mais il fait doux, presque anormalement doux. On en profite mais on sait que ce n’est pas tout à fait normal. Martine a appris à se méfier de la douceur des choses. Se présentent bien vite ce qu’elle redoutait, les cent marches qui escaladent le mont Griffard. Elle sait qu’elle va se livrer à une difficulté qui l’angoisse. Mais elle dispose d’une volonté farouche qui lui ferait avaler les montagnes. Elle arrive parmi les premiers, avec le bonheur contenu d’avoir surmonté craintes et fatigue. Le sommet offre comme récompense une vue dégagée vers Enghien et Soisy. L’agglomération parisienne se distingue plus au loin.

C'est la faute à Rousseau

En poussant vers l’est, on arrive dans l’antique Châtaigneraie qui regroupe 45 arbres remarquables, multiséculaires aux troncs noueux et tourmentés. Ils ont probablement vu passer Jean-Jacques Rousseau quand il partait philosopher dans la nature, son cabinet de travail. En les contemplant, les images de ce passé s’imposent d’emblée. Il suffit tout simplement de s’asseoir au pied d’un arbre et de fermer les yeux pour entendre couler le temps.

C'est la faute à Rousseau
C'est la faute à Rousseau

On aborde le site de l’Ermitage, la partie la plus champêtre du parcours. Ce lieu était autrefois couvert de vignes, de vergers et de petits ormes. Seuls restent de ce passé de rares vergers, constitués pour grande partie de pommiers ou poiriers. Ils sont presque tous désormais enfermés dans une étroite bande de terrains. Les cerisiers, qui firent pourtant la réputation de la ville, ne subsistent plus que dans les propriétés résidentielles.

C'est la faute à Rousseau

De l’Ermitage, le circuit repart vers le centre-ville pour se conclure devant la maison du quartier de Montlouis, faubourg du vieux village. Ces deux résidences participent à la légende du pèlerinage rousseauiste. La jolie fermette de l’Ermitage n’existe plus. Elle a été remplacée par un manoir, devenu par la suite clinique psychiatrique respectueusement baptisée du nom de « la Nouvelle Héloïse». La maison de Montlouis abrite de nos jours le musée Rousseau.

C'est la faute à Rousseau

La vie sentimentale de l’écrivain est à l’origine de ce déménagement. Sa protectrice, Madame d’Epinay, le chassa de sa première adresse pour inconduite. Mais Rousseau n’a pas rencontré dans son séjour montmorencéen que des obstacles affectifs. Il se brouille avec les Encyclopédistes et surtout avec Voltaire qui l’accable de son mépris. Il quitte alors Montmorency pour la Suisse. L’objet profond de leur désaccord porte sur la primauté entre l’inné et l’acquis dans la condition humaine. Rousseau, vingt-cinq ans plus tard, mourra pauvre et assisté. Les Hommes des Lumières ont vécu riches et honorés, courtisés le plus souvent par les Puissants qu’ils dénigraient. Il appartient à Jean-Claude, fin historien, de donner sa conclusion. Rousseau fut prophète d’un temps nouveau qui conduisit vers la Révolution mais aussi vers le Romantisme.

C'est la faute à Rousseau

En hiver les randonnées se finissent au chaud pour raison de commodité climatique. Le petit restaurant retenu a réservé son meilleur accueil. Les plats sont bons, les prix sont très doux et le personnel souriant et affairé à satisfaire nos désirs. Le patron tient à offrir le café. Derrière le bar, pas de photos de bimbos siliconées ou de réclames d’apéritif. Juste le minuscule portrait d’un patriarche oriental trahit l’origine des propriétaires. Ils sont Chaldéens, originaires de Turquie et d’Irak, membres d’une diaspora vivace dans cette partie du Val-d’Oise. Des tendances fondamentalistes qu’ils jugent irréversibles justifient leur exode en France. Ils n’aiment pas développer ce sujet. Seul le plus âgé garde le rêve d’un jour où les hommes pourront se comprendre lorsqu’ils se parleront avec le cœur. Instaurer cette espérance, cela ne vous rappelle-t-il pas l’enseignement de quelqu’un ?

C'est la faute à Rousseau

L’école de musique de Montmorency (95160), rue de l’abreuvoir, le grand-sentier, sente du refoulons, sente de la fontaine Saint-Paul, le bois du châtaignier brulé, les 100 marches du Mont-Griffard, la rue des caves, la sente et le bois de la Châtaigneraie, la sente de l’Hermitage, les sentes nord et sud du ru d’haras, la place de Venise, le centre-ville, l’espace Lucie Aubrac, la rue du Montlouis, l’abbatiale Saint-Martin, l’école de musique

Le parcours

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