A la recherche de Proust

Publié le par club rando

Ce n'était pas du temps perdu !

Et bien, non, ils n’ont pas perdu leur temps, puisque après avoir cherché Proust au terme de deux jours d'escapade, le groupe de marcheurs le trouva enfin dans la maison de «tante Léonie» !

A la recherche de Proust

Certes le petit Marcel était encore tout jeune (entre 6 et 9 ans) quand il venait passer ses vacances à Illiers, petite commune d'Eure-et-Loir, entre Beauce et Perche, dans la maison de sa tante paternelle Elisabeth Amiot- rebaptisée Léonie-, mais ces séjours lui laisseront un souvenir puissant, dont il se servira pour édifier son œuvre, dans laquelle il renommera Combray ce village de ses ancêtres.

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C'est notamment dans cette maison que chaque dimanche matin, avant d'aller à la messe dans l'église Saint Jacques toute proche, sa tante lui offrait rituellement une madeleine, à tremper dans son infusion de tilleul !

Cette maison, qui a été rachetée en 1954 par la petite fille de tante Léonie - contre la volonté du maire de l'époque, qui voulait en faire une épicerie moderne ! - a été aménagée en maison de souvenirs proustiens, sous l'impulsion de la Société des amis de Marcel Proust (SAMP) et de son fondateur Philibert-Louis Larcher. C'est lui aussi qui est à l'origine de l'adoption par le conseil municipal du nom composé d'Illiers-Combray, à l'occasion du 100ème anniversaire de Marcel Proust, né le 10 juillet 1871.

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C'est en plein centre d’lliers-Combray, jeudi 7 avril en fin de matinée, que l’équipe de 20 randonneurs déballa ses provisions au café de la Place, avant d'entamer sa première boucle de 12 km autour du village.

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Elle le fit passer du côté de chez Swann , c’est à dire devant le château de Tansonville où habitait Charles Swann, un ami de la famille, et dont Proust fait la description suivante :" cette demeure de Tansonville, un peu trop campagne, qui n'avait l'air que d'un lieu de sieste entre deux promenades ou pendant l'averse, une de ces demeures où chaque salon a l'air d'un cabinet de verdure…".

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Effectivement une averse, courte mais traîtresse, montra le bout de son nez, nécessaire sans doute au bon entretien des salons de verdure ! Le trajet de retour traversa le Pré Catelan, jardin à l'anglaise le long des rives du Loir, créé en 1850 par Jules Amiot, "mon oncle jardinier" comme Proust aimait à le désigner. Le petit Marcel s'y adonnait à des lectures sans fin, au milieu des haies vives d'aubépines et de petites constructions (pigeonnier, kiosque) d'inspiration orientale.

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Le soir cap vers Brou, sur l'Ozanne, pour un hébergement confortable à l’hôtel du Plat d'Etain. C'est donc avec une énergie renouvelée que, vendredi aux aurores, les marcheurs s'ébrouèrent en bonne logique pour regagner la campagne d’Illiers en vue d’entamer leur second circuit proustien, long de15 km. Il les mena dans le charmant petit village de Saint-Eman, aux sources du Loir - la Vivonne dans l'œuvre de Proust- ce qui ne surprit personne autant que Proust ! Il raconte en effet que : "Jamais dans la promenade du côté de Guermantes, nous ne pûmes remonter jusqu'aux sources de la Vivonne, auxquelles j'avais souvent pensé et qui avaient pour moi une existence si abstraite, si idéale, que j'avais été aussi surpris quand on m'avait dit qu'elle se trouvaient dans le département que le jour où j'avais appris qu'il y avait un autre point précis de la terre où s'ouvrait dans l'antiquité, l'entrée des enfers".

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Avant de l’atteindre, la courbure du chemin permit d’apercevoir le manoir de Mirougrain, demeure de Juliette d'Artois, poète, "venue s'enterrer là", dont une façade est recouverte de blocs mégalithiques provenants de champs environnants. Proust écrivait :"J'allai au manoir de Mirougrain. Il était mystérieux, étrange avec ses pierres provenant de dolmens. Cette demeure m'attirait, elle ressemblait à une maison spectrale, de nombreuses légendes étaient racontées à son sujet".

A la recherche de Proust

Le retour à Illiers-Combray vers 15h00 laissa donc tout loisir de visiter la maison de Tante Léonie, qui non seulement a été remise dans un état semblable à celui dans lequel elle se trouvait quand le petit Marcel y venait, mais qui abrite aussi un musée, et, sous les combles, la salle Nadar. C'est une galerie de portraits photographiés par Paul Nadar, fils du grand Nadar, qui donne une idée de la vie des salons littéraires et artistiques et présente les très chers amis de Marcel Proust.

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Le musée permet de retracer fidèlement sa vie : sa naissance en 1871 à Auteuil d' Adrien Proust, médecin hygiéniste, et de Jeanne Weil, l'emménagement de la famille au 9 boulevard Malesherbes, sa relation fusionnelle avec sa mère, ses premières crises d'asthme à l'âge de 10 ans, ses études au lycée Condorcet, le début de sa fréquentation assidue des salons parisiens, ses vacances à Cabourg et à Trouville, la publication de ses premières nouvelles, son installation au 102 boulevard Haussmann, ses rencontres avec Robert de Montesquiou, Reynaldo Hahn , Alfred Agostinelli, Paul Morand, la publication de "Du côté de chez Swann" à compte d'auteur chez Grasset, l'embauche de sa gouvernante, Céleste Albaret, son acharnement exclusif à bâtir son œuvre, le prix Goncourt en 1919 pour son roman "A l'ombre des jeunes filles en fleurs" aux éditions Gallimard, son emménagement au 44 rue Hamelin, la publication de ses dernières œuvres et sa mort le 18 novembre 1922 d'une bronchite mal soignée.

Cette découverte inattendue de Proust dans ces lieux habités par l’œuvre de l’écrivain et abordés en refaisant les chemins à l’envers et en revoyant des photos jaunies, bref, ce séjour de deux jours, ne fut pas vraiment…. du temps perdu !

"Il est doux à tout âge de se laisser guider par la fantaisie". F. B

Le parcours
Jeudi 7 avril «Du côté de chez Swann » L’Eglise d’Illiers, la Billanche, Tansonville, le Nouet, la voie du chemin de fer, la Sinetterie, le jardin du Pré-Catelan , les vestiges du château
Vendredi 8 avril «les sources du Loir» La gare, Mirougrain, St-Eman, le Pâtis, les Lubineries, les Dauffrais, le chemin de galerne, la gare

le Parcours

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