La pie qui déchante

Publié le par club rando

Malgré la température caniculaire de ce 14 juillet 1789, les parisiens en colère contre la hausse du prix du pain, cherchent à récupérer des armes. De la poudre et des munitions se trouvent à la prison de la Bastille. La forteresse résiste un temps à l’assaut puis capitule assez rapidement. Le lendemain matin, le roi est informé de fort bonne heure de l’évènement. C’est une émeute demande-t-il ? Non sire, lui répond-on, c’est une révolution !

La pie qui déchante

Deux cent vingt-sept ans plus tard, c’est la description d’un autre évènement qu’égrènent en continu toutes les radios matinales en ce 15 juillet. Hier soir, le ciel joliment embrasé de la baie de Nice a viré tragiquement au noir d’encre. En contraste, le parvis de l’église de Bréançon, lieu du rendez-vous de ce matin frais et lumineux, porte la promesse d’un été enfin retrouvé. Le soleil, déjà généreux, ne demande qu’à étirer les minutes pour rendre séduisante la balade à venir. Elle sera l’opportunité qui permettra, pour un temps, d’occulter l’émoi général.

La pie qui déchante

Les sept participants apprécient l’ombre des tilleuls qui bordent la sente de départ. La silhouette élégante de ces arbres épouse la forme d’un ovale presque parfait. Sur un passage resserré, quelques racines de hêtres esquissent des marches sur lesquelles reposent les pieds. A sept, l’allure est forcément plus rapide. Tout concourt pour que la randonnée s’aligne sur cette bonne lancée. Dans cette partie du Vexin, le paysage s’inspire de la palette d’un peintre. Par touches légères, il mêle un peu de vert au jaune des champs. Les meules de foin y ajoutent quelques pincées de brun-orangé. Toutes ces couleurs se révèlent à mesure que le soleil monte dans le ciel.

La pie qui déchante

Les ornières des tracteurs ont entaillé la piste de bandes profondes, restées légèrement boueuses et qu’il convient d’éviter. Michel a consciencieusement préparé la sortie. Il renseigne sur la position du moment et montre la direction à prendre. Tout en opinant du chef, quelques-uns ne lui accordent qu’une oreille distraite. De toute façon, tous sont disposés à le suivre. Les jambes et les sensations répondent parfaitement aux sollicitations demandées, c'est là l'essentiel !

La pie qui déchante

Le tracé prévoit le tour de la butte de Rosne, référencée comme le sommet de l’Ile-de –France. Cette modeste colline se dresse comme une charpente naturelle dans la direction nord-ouest, sud-est. Sa partie sommitale est coiffée d’une imposante forêt, sans la moindre clairière. Seuls ses flancs présentent des lisières très découpées, réservées le plus souvent au pacage. Quelques rais de lumière arrivent à transpercer le front serré des frondaisons. Isolées dans un environnement des plus sombres, elles proposent de jolis instantanés d’éclaircie.

La pie qui déchante

Dans cette atmosphère humide, quelques oiseaux essayent de régler leurs comptes aux nombreux insectes de passage. Un panneau informatif annonce qu’en ce lieu, c’est le pic-épeiche, qui devrait s’acquitter de la plus forte taxe d’habitation. Cet étonnant petit oiseau passe son temps à tambouriner sur les arbres. Très susceptible, il n’hésite pas à montrer son irritation en tapant de la patte sur un arbre creux. Mais l’œil avisé de Joëlle discerne bien vite que le vol des oiseaux blancs et noirs qui tournent au-dessus des têtes concerne plutôt une colonie de pies. Contrairement aux comptines enfantines et aux idées reçues, la pie ne chante pas que dans les poiriers. Joëlle informe de son agressivité et de son coup de bec particulièrement assassin. Au moyen-âge on ne l’aimait guère, pensant qu’elle volait des âmes. Seuls les Chinois les honorent, sous prétexte que, dans la voie lactée, les pies permettent de réunir les amants séparés. L’imaginaire symbolique animalier prend bien souvent de grandes distances avec la réalité !

La pie qui déchante

Dans un petit vallonnement, les champs de blé s’étirent à l’envi. Il est facile de comprendre que, cette année, les rendements seront en baisse. En cause, l’excès de précipitations qui a entraîné une asphyxie racinaire et des dégâts sanitaires sur la floraison des tiges. Françis apprécie cette traversée du Vexin. Il remarque que le bien-être qui se dégage du paysage est lié à l’alternance raisonnable des prés, des bois et des cultures. Les villages participent aussi à cette simplicité harmonieuse puisque, en aucun cas, le bâti ne vient troubler «l’ordre immémorial des champs». Le regard de Françis monte doucement sur l’horizon, satisfait d’y trouver ainsi chaque chose à sa place.

La pie qui déchante

A la sortie du hameau du Heaulme, Michel déchausse ses lunettes de soleil, consulte ses notes et reprend pour la dernière fois sa carte en détaillant la fin du parcours. Brigitte le regarde mais on sent qu’elle ne l’écoute pas vraiment. Elle se met simplement en marche, juste derrière lui, toute en harmonie et complicité.

La pie qui déchante

Dès l’arrivée à Bréançon, la dépendance consentie aux nouvelles techniques d’information reprend vite son emprise. L’événement de la veille occupe toute l’actualité. C’est maintenant tout le pays qui déchante. Mais on sent bien que, pour le groupe, cette belle journée ensoleillée dans le Vexin restera à jamais associée à la tragique nouvelle. C’est trop tard, la photo est déjà imprimée!

La pie qui déchante

Bréançon, le Val, la Couture, le Heaulme, la butte de Rosne, l’entrée de Cresnes, Chavençon, la côte St-Pierre, le Heaulme, route de Marines, le bois du Caillouet, Bréançon

Le Parcours

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