La passerelle intérieure

Publié le par club rando

Dès qu’il sort du bourg de Saint-Jean-le-Vieux, le petit chemin rural toussote un peu, s’éclaircit la voix et commence très vite son impressionnant numéro. Il est là pour donner le ton. Ici, en Basse-Navarre, pas question de douce entrée en matière ni d’élégants contours. La route tranche dans le vif. Dans une succession de lignes rectilignes, elle dévore et avale les hauteurs des collines d'alentour. Puis, épuisée, se résout à enlacer les buttes les plus raides comme une cordelette dans un corset.

La passerelle intérieure

Le vert est partout. Dans les champs, les maïs dressent leurs tiges vigoureuses. Plus haut, les brebis piquettent de taches blanches les versants orientaux. Des petits villages, resserrés près de leur église, se devinent au loin sous un ciel menaçant. Pour les 18 randonneurs qui ont répondu à cette proposition estivale, le spectacle basque est en place. C’est maintenant à eux d’en profiter.

La passerelle intérieure

A Saint –Jean-Pied-de-Port, ils ne sont pas les seuls. Avec ses ruelles pavées, sa citadelle qui la surveille et le cours de la Nive qui la traverse, c’est la localité la plus visitée du pays basque intérieur. Comme son nom l’explique, elle protège le bas du col de Roncevaux. Ce ne sont plus des hordes de Wisigoths ou de Sarrasins qui l’assiègent mais des cohortes de jacquaires, puisque la cité marque le passage obligatoire pour rejoindre Compostelle. Si ses ruelles regorgent de relais accueillant les voyageurs, ses jolies terrasses de café et de nombreuses boutiques avenantes plaisent aussi aux estivants qui s’ajoutent aux pèlerins venus faire tamponner leur crédential.

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Le pic de Jara domine le vignoble d’Irouleguy. Le rose et le vert y jouent avec un ciel encombré puisqu’une pluie matinale a pris soin de faire briller le décor. La randonnée est décrite comme fréquentable pour tout bon marcheur mais la pente est raide pour accéder à ce haut lieu panoramique. La cohésion et la détermination du groupe resteront parfaites puisque la cime est atteinte en début d’après-midi. Dans la descente, alors que l’euphorie du sommet s’est dissipée, les rayons du soleil réchauffent l’atmosphère. Quelques orteils tapent dans les chaussures et les mollets tirent un peu. La bière finale sera appréciée

La passerelle intérieure

Les nuages sont tellement amoureux du pays basque qu’ils se refusent à le quitter. Pour les oublier, il n’y a qu’une recette climatique qui vaille, passer juste la frontière. Dès la sortie des brumes de Roncevaux, la plaine de Burguete -Espinal, ruisselante de soleil se prépare à faire sortir ses gloires locales que sont cèpes et bolets. En cours de balade, les cloches de l’église de Burguete indiquent la tenue de l’office dominical. Le son d’une chorale incite à s’y arrêter. Un fait est solidement établi : les Basques, de quelque nationalité qu’ils soient, chantent à la messe. Cette pratique vocale, servie par de belles voix timbrées, procède-t-elle d’une ferveur collective ou d’une culture identitaire ? Difficile de répondre, il convient simplement de prendre le temps de l’apprécier.

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Le nom du Pays Quint n’a aucun rapport avec Charles Quint. Il rapporte à un nouvel impôt (le Quinto Réal) exigé en 1237 par l’ancien royaume de Navarre, qui prélevait un cinquième de la valeur des porcs transhumant par les montagnes de l’endroit. Situé au bout de la vallée des Aldudes, de nombreuses routes et chemins partent à l’assaut des versants. Aucun n’est vraiment identifié, et ils se ressemblent tous. Il est facile de se tromper d’itinéraires ce qui ne gêne nullement ceux qui les empruntent. Ici personne n’a vraiment besoin de savoir où il se trouve puisque de toutes façons la frontière entre France et Espagne est artificielle, tirée en ligne droite sans tenir compte de la ligne de partages des eaux. Il n’y a que les vautours fauves qui s’y reconnaissent. On lève les yeux pour admirer leur envergure. Inaccessibles, ces grands planeurs se moquent bien de notre progression pataude. Ils sont bien plus occupés à rechercher la carcasse d’une vache ou d’une brebis, témoignages immuables de la vocation pastorale de ce territoire si disputé.

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La forêt d’Iraty s’étend sur plus de 12 000 hectares entre Basse-Navarre et Soule. Composée principalement de hêtres mais aussi de sapins et mélèzes, elle colonise les versants, abandonnant les cimes aux pacages. Comme une immense assiette naturelle, c’est la variété des plantes originelles des prairies qui donne le goût au lait. Le nom d’Ossau-Iraty désigne un fromage de brebis que l’on produit à plus de 1 000 mètres d’altitude. Son patronyme a été choisi de façon diplomatique pour satisfaire Basques et Béarnais.

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Le circuit emprunté démarre de la fromagerie des chalets de Cize, puis longe un coteau où les arbres abandonnent le terrain à un épais tapis de fougères. Jean-Luc très absorbé par son avancée, connaît le rôle des nombreuses terminaisons nerveuses du corps. Il s’évertue à marcher pieds nus pour mieux profiter du lieu, cherchant à éliminer toute trace d’anxiété et de stress.

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L’objectif est d’atteindre les cromlechs d’Occabé. Leur fonction se perd dans la nuit des temps. Points de rassemblement, nécropoles, lieux cultuels, ces cercles de pierre mégalithiques gardent tout leur mystère. Ils continueront. Un épais brouillard enveloppe de façon soudaine et inattendue les sommets et rend la montée hasardeuse. Il faudra se replier une nouvelle fois, plus au sud, juste après la frontière, pour retrouver les ardeurs du soleil à peine masquées par les belles frondaisons des rives du lac d’Irabia.

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Dès le début, ça commence dynamique ! André, avec gourmandise, avait sélectionné ce dernier rendez-vous à Larrau, le village le plus méridional et le plus haut de la Soule. A deux kilomètres du bourg, au pont de Logibar, le circuit démarre par l’abrupte montée qui conduit à une des curiosités naturelles les plus renommées du pays basque. Le sentier surplombe ensuite le gave qui rugit et bouillonne, plus de cent mètres en dessous. La rivière quitte le canyon d’Holzarte pour s’engager dans la tranchée d’Holhadubi.

La passerelle intérieure

A la jonction, une passerelle enjambe les gorges, suspendue à 180 mètres au-dessus du vide. Pour garantir davantage de secousses, quelques enfants s’amusent même à accentuer le mouvement de tangage de l’édifice. Franchir cette passerelle est pour certains une épreuve intérieure. Une angoisse sourde et inexplicable les étreint. Ils tiennent cependant à épouser le décor, ne pas lui faire injure. Ils veulent, peut être aussi, s’étonner eux même. Et c’est uni et solidaire que le groupe traverse ensemble l’inoffensive menace. Puis, tout en gardant au fond de lui une trace de ce frisson délectable, il poursuit sereinement le sentier qui s’enfonce dans les entrailles de la montagne. Il a vraiment apprécié l’endroit.

La passerelle intérieure

Séjour du 21 au 28 juillet dont l’hébergement a été confié à l’hôtel Mendy 64220 St-Jean-le- Vieux
Le 22 juillet : St-Jean-le-V., Carro, St-Michel, Honto , St-Jean-Pied-de P.
Le 23 juillet : Irouleguy, montée du Jara
Le 24 juillet : Roncevaux, Burguette, Espinal, chemin de Lindus
Le 25 juillet : Urepel, Mandabea, col de Sorhogain
Le 26 juillet : Chalet de Cize, col de Sourzay, embalse de Irabia
Le 27 juillet : circuit des gorges d’Holzarte et d’Holhadubi

Le Séjour

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