La belle automne

Publié le par club rando

Où trouver rapidement un coin de nature lorsque, comme la moitié de l’humanité, on réside en zone urbaine. Comment, pour un marcheur citadin, extérioriser facilement l’envie d’éprouver la fraîcheur de l’air ou d’humer l’odeur des feuilles mortes ?

Les douze randonneurs du jour vont vite connaître la réponse.

La belle automne

Cap sur Saint-Quentin-en-Yvelines. Tout près de Versailles, cette ville nouvelle marque la limite de l’emprise de la mégapole parisienne. Un réseau structuré de petites maisons pavillonnaires y compose une sorte d’espace intermédiaire qui n’est plus qualifié d’urbain. Après avoir dépassé la zone du Golf National, le long trait rectiligne de la D36 consent sa première inflexion. Une petite route descend doucement vers le bourg ancien de Châteaufort. Elle surplombe une insoupçonnable et minuscule vallée où coule une petite rivière, la Mérantaise. Dès la sortie du village, apparaît ce moment attendu où la ville a cessé d’être. On y est enfin. La nature a repris ses droits, la balade et le plaisir commencent ici !

La belle automne

Aujourd’hui, le mois de septembre vit son dernier jour. L’automne s’est installé sans grands fracas depuis une semaine. Seules le rappellent les bogues des châtaignes, à demi ouvertes sur leurs épines. Rien d’anormal à ce que l’automne soit indécis ! Dans le dictionnaire, le mot a été longtemps ambigu. Les auteurs littéraires des siècles derniers l’utilisaient au féminin. Ainsi, le dictionnaire universel de l’Abbé Furetière, paru en 1690,  accompagnait sa définition de  l’exemple suivant «Quand l’été est pluvieux, il donne souvent une belle automne »*

Qu’importe son genre, la saison est utile. Placée en position intermédiaire, elle a pour rôle d’hiberner les bienfaits de l’été. Francis est intimement persuadé que le rythme de la nature est aussi le sien. Il essaye de profiter au maximum de la lumière naturelle en marchant en plein air.

La belle automne

Le chemin de Monte-Tonneau dégringole dans la vallée, que l’on aborde en amont. Il rejoint très vite la zone forestière qui recouvre la totalité du vallon. Ample et large d’épaules en son début, le sentier se rétrécit vite dès qu’il atteint les premiers escarpements du versant. Il y serpente en encorbellement au mépris des lignes de niveau. La futaie est diverse. Les noisetiers bordent  les laies traversières. Un peu à l’écart, les bouleaux rident leur écorce. Sur les hauteurs, les pins sylvestres abritent des colonies de fougères encore flétries par l’aridité de l’été. Dans les chênaies, de maigrelets champignons commencent à montrer leur frimousse, attendant des pluies plus conséquentes pour croître et former des sarabandes

La belle automne

Le fond de la vallée est occupé par le lit de la rivière. Outre son cours. il comporte des zones d’eaux stagnantes où s’étalent marais et roselières. Vers midi le soleil, juste dans l’axe, perce la cime des arbres et illumine les premières rougeurs automnales. Près de la maison forestière l’onde se ride d’un coup. Martine croit y déceler la brasse élancée d’une grenouille verte, à moins que ce ne soit la fuite pataude d’un crapaud commun. L’évènement ne trouble pas la quiétude de la Mérantaise. Ce n’est pas son vrai nom. Au 17° siècle, on disait Mérantez en raison de la famille de Mérantez qui tenait son château sur le versant nord, en l’emplacement du hameau éponyme. On raconte que deux jansénistes, chassés de Port-Royal, s’y refugièrent un soir. L’un deux, se sentant légèrement indisposé, prit une pilule préparée par M. Hamon, célèbre médecin.de l’abbaye. Il mourut dans la nuit, sans avoir eu le réconfort de réciter la litanie des agonisants.**

La belle automne

Heureusement que le vin rosé, partagé lors du déjeuner, possède un tout autre effet thérapeutique. Hubert l’offre généreusement à ses commensaux pour ses bienfaits qui, dit-il, «tonifient le cerveau, chassent les humeurs et dégraissent l’embonpoint»

Juste avant le fond de Brouessy, le parcours abandonne le vallon pour rejoindre le site originel de Magny-les-Hameaux. Le village tient son nom de sept hameaux satellites, posés en gardien au-dessus de la vallée. Il conserve toujours les vestiges d’une vieille tour médiévale. Le lieu est charmant, calme et silencieux, surtout depuis que les cloches n’y sonnent plus les dimanches. Marc a repéré le coq-girouette. Dans la tradition chrétienne, un coq est souvent placé au sommet du clocher. L’Eglise voyait dans l’animal le symbole du messie qui annonçait le passage des ténèbres à la lumière. Sa célébration serait cependant plus ancienne. 54 ans avant J.C, Jules César constatait déjà que les Gaulois élèvent des coqs mais s’abstiennent de les manger.

La belle automne

La commune de Châteaufort a racheté l’ancien domaine d’Ors, folie du 19° siècle, pour transformer son parc en réserve naturelle. Le château a disparu et ne restent que la chapelle, les anciens communs et le moulin qui jouxte la rivière.

La belle automne

Le chemin du bord de l’eau  retient les pas. Les résurgences de sources proches ont imbibé la terre, qui vire au noir. Des joncs élancés pointent leurs tiges sans feuille vers le ciel. De surprenantes vaches écossaises, coiffées à la façon des  Beatles, pâturent des prairies détrempées. Rebuté par tant d’humidité,  l’itinéraire bifurque, délaisse la rivière et  part se sécher en grimpant le coteau de Toussus-le-Noble. 

La belle automne

Au sommet de la côte de la Trinité, une stèle rappelle la mémoire de Jacques Anquetil. Les Amis du Tour de France ont tenu à lui rendre hommage, car Châteaufort se trouvait régulièrement sur le passage de la Grande Boucle. Bien que la majorité du groupe ne s’intéressa que de loin aux exploits du cycliste, cette lueur sur les années soixante ravive d’un coup des pans entiers de mémoire. Un petit exercice inattendu, qui invite chacun à rouvrir ses albums de jeunesse et convoquer ses souvenirs.

La belle automne

*source : billet de Jean Prusvot paru dans «La Croix» du 24 septembre 2016

** source : article internet «Histoire de Mérantais par une religieuse»

Vendredi 30 septembre. : Châteaufort, chemin de Monte-Tonneau, le bois des Roches, Maison forestière de la Mérantaise, centre ancien de Magny-les-Hameaux, la Sablière, la Trinité, le Moulin d’Ors, sa réserve naturelle, la voie verte du plateau, la stèle J. Anquetil, Châteaufort

Le Parcours

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Sirot 30/09/2016 22:42

Votre ''ballade'' nous rajeunit de 13 ans, notre ancien ''chez nous, dans notre étape Ile de France'' ...;
Avec des ''ripatonneurs'' copains, amis de toujours, toujours là.
Amitiés à tous
M&M