la "Reprise"

Publié le par club rando

Devant la mairie de Septeuil, Bruno, le revenant, endosse le rôle traditionnel du retardataire. Arrivé deux minutes après l’heure fixée, il se confond malicieusement en excuses. En préparant mon casse-croûte, j’en ai mangé la moitié. Il m’a fallu prendre un peu de temps pour le refaire ! La roublardise est trop évidente. Mais bien opportune puisqu’elle permet à l’animateur de rebondir pour présenter les plats qu’il veut apporter sur la table de ce premier vendredi de septembre. Un menu très consensuel pour un retour de vacances : grand beau, chaleur estivale, décor soigné et promesse de conversations infinies. Avec de tels mets, chacun des vingt et un convives du jour ne demande qu’à tenir son rang. Vite, il est grand temps d’entamer les entrées !

la "Reprise"

La rue principale de Septeuil s’incurve pour descendre vers la mairie puis se redresse vigoureusement pour rejoindre le plateau du Mantois. Beaucoup de commerces paraissent fermés et des panneaux à vendre s’affichent dans plusieurs vitrines. Le village, plutôt vivant, semble laisser échapper son commerce de voisinage, qui, ici comme ailleurs, glisse vers les zones de forte chalandise. La seule échoppe ouverte n’attire que peu de monde.

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Un chemin herbeux succède aux rues en forte pente qui conduisent à la périphérie du bourg. Il s’évanouit dès qu’il pénètre au cœur du bois de Souville pour laisser place à une large laie qui coupe la forêt en travers. Cette longue sente rectiligne semble ne jamais s’arrêter ou du moins ne mener nulle part. Elle dispense chichement la fraîcheur attendue car la canicule des jours précédents a réussi à réchauffer le sol où s’est emmagasinée la chaleur.

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Depuis près d’une semaine, un nouvel été s’est remis à pavoiser. La température a grimpé dans l’ensemble de l’hexagone. Ce phénomène tardif interpelle. Michel.W., tout frais débarqué de son île latine, connaît bien les excès des ardeurs célestes. Il est donc questionné par ses pairs sur l’avenir de la planète. Prudent, il évite de s’investir dans l’évangélisation climatique ou l’annonce de la fin des temps. Et déclare que pour lui, qu’il y ait réchauffement ou pas, cela ne lui fait ni chaud, ni froid ! Il est venu ce matin simplement renouer avec la pratique de la marche, en espérant y trouver, ajoute-t-il ..du souffle pour les bronches, de la grâce pour la manière et de l’agrément pour l’esprit !

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Sur le plateau céréalier, la lumière diffuse, filtrée par un voile de très légers nuages, adoucit les champs. Le chemin de contournement prévu n’existe plus que sur la carte. Il faut emprunter quelques temps la noirceur de l’asphalte. Près des bords de route, les prairies se sont vite transformées en tapis de foin. Une pouliche, surprise par le passage du groupe, part d’un trot gracieux tandis que son poulain caracole plus prestement. Avant la descente vers le village de Villette, un grand corps de ferme bâti en belles pierres calcaires réaffirme par sa présence la vocation agricole des lieux.

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Il est d’autres manières d’aborder Villette, mais le faire à pied est synonyme de découverte discrète et attentive. Le village se révèle dans le calme d’une fin de matinée, sans grand monde, sans grand bruit. Sa longue rue principale a presque la perspective d’une allée cavalière. Par derrière, se dessinent de bien jolies maisons où les dernières roses et de persistants hortensias résistent à la moiteur de l’air. On est conquis. On a presque l’envie de s’y arrêter, d’attendre patiemment la sortie de l’école, de goûter cette harmonie présente qui rappelle si bien les allures du passé.

Une prairie accueillante au cœur du village de Rosay servira de toile cirée pour y déposer les reliefs du déjeuner. Une petite araignée, descendue tout droit d’un tilleul, vient audacieusement se poser sur les tartines. Jean-Claude la dépose instinctivement sur le sol sans qu’elle vienne troubler les conversations légères et animées qu’il a entrepris avec son voisin.

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Le sentier de retour suit la Vaucouleurs, traversée par de mini ponts sous lesquels gargouille le flot.

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Une pisciculture, aménagée le long de la rivière, a encore gardé les traces d’anciens moulins à aubes. Plus loin, quelques trouées laissent découvrir des prairies, des vergers et de petites constructions dont on devine mal l’usage.

Près de la déviation de Septeuil, les vestiges d’un temple romain ont été repérés au fond du cours d’eau. Les fouilles ont exhumé une sculpture d’une jeune femme allongée, accoudée et couverte d’un drapé sur la partie basse du corps. La moulure de cette nymphe, datant du premier siècle, à éte réhabilitée sur le lieu de sa découverte selon une reconstitution proche de l’état d’origine.

la "Reprise"

Etrange vision esthétique. Devant le regard perdu de cette statue surgie brusquement du passé, une émotion confuse envahit quelques participants, comme si un petit air d’éternité venait de souffler sur cette rencontre inattendue. Allez, il est temps de s’éveiller, de se mouiller le visage, et d’admettre que l’œuvre est là simplement pour se suffire à elle-même.

la "Reprise"

Pour Dominique, randonner sans amis est inconcevable. C’est comme si elle devait naviguer sans voiles ou partir sans larguer d’amarres. Aujourd’hui, elle a apprécié tout autant la sortie que la compagnie.Mais elle s’avoue, aussi, satisfaite de sa performance et lâche au moment des adieux :Jolie balade pour une bonne reprise !

Reprise, arrêtons-nous un instant sur l’interprétation de ce mot. Elle est multiple et prend une perception un peu différente selon que l’on évoque une paire de chaussettes, un morceau de musique ou des forces morales ou physiques. Mais tous ces exemples ont une constance de sens : Aller vers le meilleur.

Alors tant mieux si la reprise a été bonne. Qu’elle soit augure pour l’avenir !

vendredi 2 septembre : Septeuil (78790), Poltain, le bois de Souville, le château d’eau d’Arnouville, le loup-pendu, carré, la garenne, leuze, Vilette, la justice, Rosay, les petits bilheux, le mémorial de la nymphe romaine, le bois de tourelle, Septeuil

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