rue Paul Flament

Publié le par club rando

Ce fut un travail de bénédictin, accompli dans l’espace d’une nuit. Trois gros livres à dévorer, un almanach de biographies à défricher, une pochette de coupures de presse froissées qu’il fallut dénicher sur la plus haute rangée de la bibliothèque. La veille au soir, quand  Gilbert  apprit avec stupéfaction qu’il devait conduire la randonnée du lendemain et en assurer les commentaires, il s’est senti angoissé par le peu de temps accordé. Bien que résidant sur place, ne lui restaient que de lointains et fugaces souvenirs du passé de la boucle de Chatou.

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Et pourtant en ce matin frisquet du 2 décembre, devant un large parterre d’auditeurs, il développe, avec une étincelle d’ironie communicatrice, un exposé inventif, insolite et instructif. Gilbert aura le triomphe modeste. Dans son attitude,  pas la moindre expression minimaliste de satisfaction, rien d’ostentatoire dans sa conduite. Tout juste une légère ampleur du bras lorsqu’il désigne les lieux qui vont mériter l’intérêt d’une pause. Pour lui, tout passe dans l’échange.

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La voie sur berge, qui relie Chatou au Pecq et se poursuit bien au-delà, a pris un sérieux galon depuis qu’on l’a qualifiée d’«Avenue Verte Paris-Londres». Cet itinéraire permet de relier en circulation douce les deux capitales par un trajet de 406 kilomètres.

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Mais, ici, cette liaison tire toute sa gloire de son passé «impressionniste». Le parcours est jalonné de panneaux reproduisant in-situ les œuvres d’Auguste Renoir et de ses autres comparses de palette. Face à Croissy, le bateau-ponton de la Grenouillère a maintenant disparu. Les berges de l’île éponyme se sont affaissées sous les coups de butoir de la Seine. C’est de cette guinguette que le peintre appréciait, après un bon repas, quelques moments de canotage.

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Pour le moment et vu la saison, seuls quelques cyclistes acceptent de faire la course avec les péniches qui remontent vers la capitale. Sur  la rive, les 36 marcheurs, venus en nombre pour cette ultime randonnée, prennent plaisir à découvrir l’itinéraire que bordent, à l’instant, les demeures cossues de Croissy. Le rythme n’empêche pas la conversation. Bien évidemment, l’info de la veille circule sur toutes les lèvres. «Le Président a décidé  de ne pas prolonger son voyage en train, il s’arrêtera à la gare initialement prévue.» Ce sujet alimente chez les hommes des discussions sans fin. Certains expriment un jugement tranché, d’autres écoutent ou relèvent des inexactitudes. De temps à autre, les plus passionnés s’arrêtent, se prennent à témoin, et se regroupent comme s’ils avaient besoin d’attiser la braise. Chez eux, ce sont plutôt les idées qui les réchauffent !

Les femmes, elles aussi, marchent en compagnie. Elles cherchent à s’évader du bruit du monde. Elles parlent de choses qui leur sont chères ou de petits riens. Qu’importe le thème, entre elles, un courant de bienveillance s’installe facilement. Et la fraîcheur de cette fin de matinée de décembre se transforme vite en chaleur du contact. Certaines ne s’étaient pas vues depuis un bout de temps. Comment ont-elles pu s’ignorer si longtemps ?

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Avant d’atteindre la commune du Pecq, délaissant la vue sur la Seine, le regard se pose vers l’intérieur, sur un immense terrain dévolu à la production d’eau potable. Ce site de 50 hectares, agrémenté de bassins aquatiques, fournit les besoins nécessaires aux habitants des Hauts-de-Seine et des Yvelines par réalimentation de la nappe phréatique. Mais la faible luminosité ambiante donne à l’espace une tonalité nostalgique et le noie sous un ciel fermé.

La pause au restaurant près du rond-point du Pecq est appréciée sans le moindre remord. Pour cette sortie d’hiver, certains n’hésitent pas à affirmer qu’elle structure la journée. L’accueil et la qualité sont au rendez-vous. La randonnée vient de trouver là son armature de soutien et l’énergie suffisante pour la poursuite du parcours.

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 Dès 1837,  une voie ferrée traversait la forêt du Vésinet, ancienne réserve de chasse royale. Le trajet ne durait qu’une demi-heure. Un industriel, Alphonse Pallu, eut l’idée de profiter de cette desserte pour créer, si près de la capitale, une cité de villégiature. Un architecte paysagiste réalisa le plan d’une ville-jardin, avec 30 hectares de parcs et 5 lacs artificiels reliés par une rivière. Les habitants seront des patrons de commerce et capitaines d’industrie qui bâtissent d’énormes villas ou châteaux.

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Première pause avant d’atteindre le grand lac des Ibis. La villa Berthe, conçue par Guimard, affiche une symétrie bien raisonnée, dans le style des bonnes maisons bourgeoises. La patte de l’architecte ne se révèle que dans les détails des fers forgés des balcons et surtout le mélange des couleurs entre un pan de façade crème et la brique rouge de l’ensemble.

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Quelques chiens s’ébrouent sur les grandes pelouses qui quadrillent la ville. Leur élégance sied au lieu et tranche sur le comportement belliqueux des oies qui gardent les étangs de toute intrusion étrangère.

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 Les marcheurs suivent la rivière dont le cours est rythmé  par un échelonnement de petits ponts en pierres posées au ras de l’eau. Pour revenir vers Chatou, le chemin buissonnier emprunte de larges avenues,  habillées d’arbres à demi-dévêtus.  La promenade se renferme dans  l’intimité des voies intérieures, plus repliées sur le charme discret de la bourgeoise.

La balade s’achève à l’endroit de la convocation matinale, rue Paul Flament, devant l’entrée principale du Rer de Chatou. On ne sait pas qui était Paul Flament. Mais ce n’est pas trop grave. Dans le souvenir, les noms de lieux ne définissent plus une personne mais plutôt une date, une ambiance, un détail. Nadine se remémore sa journée. Elle a découvert en fin de parcours des endroits qu’elle ignorait. Mais cet équilibre parfait entre le végétal et le bâti, ce chic à la fois si feutré et si affirmé, la laissent un peu dubitative …. Ne dit-on pas que la  perfection, dans la nature comme chez les gens, réside dans les défauts !

rue Paul Flament

Chatou rue P. Flament, les voies sur berge, Croissy la Grenouillère, le centre-ville, le chemin de halage du Pecq, le rond-point du Pecq, le lac des Ibis au Vésinet, les grandes pelouses, la rivière et le lac inférieur, le lac de Chatou, la voie du Rer, Chatou

Le Parcours

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