La Courtisane

Publié le par club rando

A peine est-elle descendue du véhicule qui vient de la déposer devant l’ancien château de Triel (78150) que Françoise doit répondre à l’interpellation posée par un collègue perfide. "Tu as bien remarqué que la majorité des candidats à l’élection présidentielle porte, comme toi, un nom se terminant en on. S’agit-il d’un hasard ? Tu es sûrement la mieux placée pour nous en donner la raison !"

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Il est vrai que pour la prochaine joute politique qui monopolise toutes les attentions, on n’a jamais vu autant de candidats en «on». Cette terminaison paraît presque un viatique pour celui qui veut postuler. Loin d’être désarçonnée, Françoise ajuste sa réponse en parodiant l’une des meilleures répliques d’Audiard. "Mais tout simplement, parce que les on(s), cela ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît !"

L’importun remis en place par ce brin d’humour, il convient de présenter aux  trente-trois  acteurs, un peu plus sérieusement, le projet du jour. Celui-ci reliera les localités de Triel et Vaux-sur-Seine, d’abord par les coteaux puis par un retour le long du fleuve. La matinée ensoleillée légitime ce choix. Un grand ciel bleu barre le ciel. Il insuffle énergie et vitalité. On pressent qu’il va être bon de se mettre en marche. En ce 3 février, la météo et l’envie d’une échappée agréable se retrouvent dans une parfaite complémentarité.

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 Une association a redonné mémoire au patrimoine historique de Triel, en l’inscrivant au long d’un parcours thématique suivi en début de balade. Dominique avoue avoir trouvé dans sa vie un équilibre qui passe par la passion du théâtre. Elle collectionne des sorties dans les salles les plus insolites dont celle du théâtre Octave Mirbeau, situé à deux rues. Devant  les marches de l’édifice, Dominique évoque son origine qui se confond avec la troupe des Comédiens de la Tour. Elle y interprète de grands classiques ou des pièces plus confidentielles.

A mi-hauteur, l’église Saint-Martin est bien déroutante  avec son chœur rebâti sur une voûte qui enjambe la route.

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Elle est surtout reconnue pour ses vitraux du seizième siècle dont le plus étonnant raconte l’histoire d’un jeune pèlerin au cœur pur. Une servante lui fit des avances, qu’il repoussa. Éconduite, elle cacha dans ses affaires de la vaisselle d'argent. Puis la tentatrice l’accusa publiquement. Le jeune homme fut condamné et pendu pour ce vol qu’il n’avait pas commis. André est perplexe. Il sait que le désir mène les êtres humains mais s’interdit le moindre cliché misogyne. Cette pensée lui donne du moins bonne conscience et lui permet de franchir en tête la côte des Beauregards où la boue du sentier remplace enfin l’asphalte. Un chemin en encorbellement s’étire à mi-pente le long du coteau.  A peine a-t-on fait sa connaissance qu’il faut poser un œil attentif sur les nombreuses bifurcations proposées. Suivre les plus attractives serait un piège car elles grimpent un peu plus haut vers la partie de l’Hautil où d’anciennes carrières souterraines de gypse provoquent encore des effondrements. Une grande zone de bois est pour cela interdite à toute circulation humaine.

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Plus bas s’allonge la Seine, avide de quitter l’agitation francilienne pour trouver les grasses prairies normandes. L’itinéraire fait mine un temps de redescendre vers le fleuve, se ravise, puis repart se perdre dans le secret des collines. Après un coude du chemin, une furtive clairière grignote l’espace. Un désordre végétal y règne car chaque plante ou arbuste, par une lutte impitoyable, aspire à obtenir une relation privilégiée avec la lumière. La sente bifurque vers la gauche pour regagner les premières maisons de Vaux-sur-Seine qui se distinguent assez mal sous les rayons lumineux. La piste débouche sur un vallon qui retrouve l’axe central du village, parallèle au cours du fleuve. Courbé dans son jardin, un habitant creuse une rigole. Absorbé par son ouvrage, il n’aura pas un regard pour ces promeneurs oisifs qui passent leur temps en vacances.

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Au pied de Vaux, la Seine a pris une couleur verdâtre, légèrement bleutée, qui rappelle celle des algues marines. On aborde le fleuve vers l’amont. Il paraît paisible mais on devine les mouvements de courant qui lui donnent sa force entraînante.

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 A Vaux, pour se protéger des inondations, la population a privilégié son implantation sur la terrasse alluviale, puis dans les collines. Ce n’est que très récemment que les pâturages bordant l’eau ont disparu au profit d’un habitat temporaire à l’origine, quelquefois regroupé en lotissements pavillonnaires qui bloquent l’accès au fleuve. Il n’y a donc pas de sentier fluvial qui suit la rive, juste une piste incertaine où un feutrage herbeux amortit le pas. Remonter vers l’est, c’est aussi progresser face au soleil. Le reflet de l’onde accentue la réverbération de la lumière qui arrive à faire cligner les yeux. Aucun randonneur n’ose s’en plaindre.

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Quelques domaines magnifiques furent édifiés au dix-neuvième siècle à l’entrée de Triel. Leurs parcs ou jardins viennent mourir sur le chemin de halage qui conclut la balade. Une de ces demeures abrita, de 1921 à 1926,  la Belle Otéro. Petite Galicienne à la jeunesse misérable, elle devint au début du vingtième siècle la courtisane la plus célèbre de son époque. Le monde des puissants et le Gotha succombèrent à ses charmes tarifés. Mais le jeu, sa véritable passion, dilapida sa richesse. Caroline Otéro décéda à Nice à l’âge de 97 ans dans un petit meublé où elle s’était retirée. Lors de son séjour à Triel, elle prit soin de gâter, à Noël les enfants du village puis installa, à ses frais, une fontaine pour la commodité du voisinage. Elle laissa ici une image différente, celle d’une femme d’une grande bonté.

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Après avoir lu la plaque informative rédigée à sa mémoire, Marc ajoute cette confidence. "Amazone, demi –mondaine, scandaleuse, les célèbres courtisanes de la Belle Epoque vont récolter un grand nombre de surnoms. Mais une phrase de  la Belle Otéro explique et résume le mieux leur visée. La fortune vient en dormant, mais pas en dormant seule !"

 

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Le Parcours

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