La main dans le chapeau

Publié le par club rando

La vie ne semble pas trop vilaine pour ceux qui ont choisi de la passer sur les pentes de Sannois. Si on ne redoute pas d’affronter la déclivité de ses rues, sa réputation d’une banlieue ennuyeuse et sans âme est balayée d’un revers de verdure. En prenant encore plus de hauteur, le belvédère du Bel Air offre la plus saisissante vision de Paris. Cette nappe de chlorophylle à portée d’œil surprend tous ceux qui pensaient qu’il n’y a plus de vérité au-delà des franges septentrionales de la capitale.

La main dans le chapeau

Nadine et Pascal savent ouvrir leur porte. En ce matin de début mars, ils ont choisi de faire découvrir leur environnement familier aux amis randonneurs. Il se prolonge par un espace naturel, les Buttes du Parisis, minuscule citadelle boisée miraculeusement préservée de la tentaculaire emprise de l’urbanisation. Il s’agit en fait d’une succession d’abruptes collines, celles des Châtaigniers, de Sannois et de Cormeilles, qui s’alignent le long d’un axe sud-est/nord-ouest. Leur versant sud s’appuie sur l’agglomération du val d’Argenteuil et de Cormeilles tandis qu’au nord le ruban autoroutier de l’A15 les sépare d’une manière infranchissable de la plaine d’Enghien.

La main dans le chapeau

Passé le cimetière de Sannois, la colonne des marcheurs alignée en file indienne s’ébranle sur un sentier confiné entre l’autoroute et le rebord du massif forestier. Le record de participation, 37 inscrits, vient d’être battu. Mais le nombre ne procure pas de gêne. Il semble plus inspirer le sentiment d’une complicité apparente où chacun s’apprête à partager avec les autres le plaisir d’une rencontre que l’on devine bien préparée. Après avoir dépassé des zones en friches, vestiges de vergers qui semblent tous épuisés, l’itinéraire s’enfonce dans la forêt où les châtaigniers constituent l’essentiel du boisement. Peu d’autres espèces visibles, excepté quelques maigres érables ou pins qui se développent dans les creux. Dans l’air adouci de cette fin d’hiver, seules quelques brindilles foulées aux pieds troublent la tranquillité de l’endroit. La nature ne dévoile qu’un vaste espace dépouillé et un peu triste qui attend avec impatience l’explosion prochaine de la vie.

La main dans le chapeau

Quelques petites haltes s’avèrent nécessaires pour regrouper la cohorte des marcheurs. Ces pauses agréables font vite les délices de la conversation. Où l’on peut avouer sans préjugés ce que l’on aime ou déteste, rire d’anecdotes qu’on trouverait ailleurs un peu stupides, faire plus ample connaissance avec les nouveaux qui sont venus enrichir la dynamique du groupe et laisser, l’espace de ces instants volés à la marche, s’installer une atmosphère de sympathie bienveillante.

La main dans le chapeau

L’ancien fort de Cormeilles est bien dissimulé à la pointe occidentale des buttes. Il participait autrefois à la défense de Paris. Les canons s’y sont tus depuis longtemps et seul y crépite le ronronnement des caméras qui utilisent le site comme décor de films. Le groupe le délaisse pour emprunter quelques instants le goudron de la route stratégique qui rejoint le « Centre La Montagne» où est prévu le déjeuner.

Cet établissement médico-social offre à des personnes handicapées mentales une insertion professionnelle par le biais d’une activité de restauration ouverte au public. L’étymologie du vocable handicap est curieuse. Elle provient des mots anglais hand in cap dont la traduction littérale est la main dans le chapeau. Cette expression a pour origine un jeu d’échanges qui se pratiquait au 16ème siècle en Angleterre en tirant au sort des billets rangés dans un chapeau. Le handicap traduisait la situation négative de celui à qui était attribué le plus mauvais lot.

La main dans le chapeau

Avoir choisi ce centre pour y prendre le repas, qui s’avéra d’ailleurs excellent, n’était pas fortuit. Mais bien l’expression volontariste de l’organisateur de faire porter un regard sur les chemins du handicap. Au cours des échanges, si la communication des trois personnes affectées au service s’avéra rudimentaire, on remarqua bien davantage la gravité de leur attitude, empreinte d'appréhension autant que de délicatesse. Et bien vite entre hôtes et convives, les sourires prirent le pas sur les mots.

La main dans le chapeau

Michelle a fini par craquer, reprenant une autre part de tarte aux pommes. Finalement elle n’aura pas trop à le regretter. Sur la large piste bosselée du retour, sa silhouette emmène le peloton de tête qui ne cherche qu’à rattraper la ligne d’horizon fuyant lâchement au fur et à mesure de la progression. Elle prendra juste le temps de regarder au passage les abords de la fameuse carrière où l’entreprise Lambert a exploité pendant plus de 160 ans un extraordinaire gisement de gypse. De se rappeler aussi qu’un descendant, oisif et désœuvré, de cette dynastie familiale a légué dans des conditions extravagantes à J.M. Le Pen sa magnifique villa du domaine de Montretout à Saint-Cloud.

La main dans le chapeau

La balade s’achève au Moulin de Sannois. Le bâtiment, entièrement restauré, est fonctionnel et produit de la farine. A son pied s’étale une vigne de plus de 2 000 ceps de chardonnay et de pinot gris.

La main dans le chapeau

Pascal a pu obtenir de la mairie une animation privative. En être bénéficiaire n’est pas chose à galvauder. Il s’agit d’un rite qu’on ne saurait apprécier dans la précipitation.

La main dans le chapeau

Des employés municipaux, précis et consciencieux, réservent au groupe un long cérémonial débonnaire qui s’inscrit dans la tradition locale. Il finit, comme souvent, par la dégustation du jus de la vigne proposée cependant avec toute la modération requise.

La main dans le chapeau

Le départ, comme à chaque fois, est loin d’être solennel. Claquent quelques remerciements, des «à la prochaine sortie !». S’entend même un rectificatif péremptoire : « non, ce sera le vendredi 24 et pas le vendredi 17 » ! Il est plus tard que prévu. Il est grand temps de partir !

cimetière de Sannois (95110), chemin du regard des cailloux, les Plâtriers, bois de Saint Marc, le fort de Cormeilles, la route stratégique, le C.A.T de la Montagne, bois des Rinvals, la carrière Lambert, le Moulin de Sannois, retour sur le cimetière.

Le Parcours

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Sirot M&M 09/03/2017 21:28

37 randonneurs rassemblés ! Incroyable ! Du jamais vu dans un groupe de rando! chez des Ripatonneurs, à l'évidence oui !
Des explications?
-la qualité du circuit entre Val d'Argenteuil / Cormeilles / Enghien, mais séparé par une certaine A15 (c'est quoi ça ?)
- celle de la tarte aux pommes (Michelle je regrette d'avoir été absent)
- celle de l'animation privée de la mairie (attention, dans le contexte actuel .....)
Amitiés à tous.