La route 68

Publié le par club rando

La route 68

Certains s’amusent que le département du Haut-Rhin soit positionné en dessous du Bas Rhin. Si les deux entités assument cette inversion, le mérite en revient surtout au second. Le «bas» a beau être ici au-dessus du «haut», il n’empêche qu’aucun autre département français n’a accepté cet adjectif, estimé trop dépréciatif. Mais Hauts et Bas Rhénans oublient cette verticalité pour ne garder qu’un horizon, celui de l’Alsace. Le lien qui les unit le mieux s’adosse à un splendide parcours bucolique donnant son rayonnement à la région. Sous la garde de vieux châteaux, la Route des Vins se découvre au fil de vignes impeccablement alignées entre Vosges et Rhin. Pour la découvrir, rien de plus simple. Il suffit de pénétrer dans le vignoble, arpenter ses nombreux sentiers, flâner dans les villages resserrés et longer la lisière des forêts. En ce bel été du mois de mai, le gros bourg de Mittelwihr au nord de Colmar(68) a bien voulu nous recevoir pour vivre cette expérience. On sait déjà à l’avance qu’il y aura des verres de pinot gris, peut-être de la tarte flambée et sûrement du kouglof qui nous attendent.

La route 68

C’est un de ces matins où la petite ville s’est réveillée au bruit des premiers touristes venus constater sa renommée. Avec ses ruelles pavées de grès rose, ses maisons multicolores débordantes d’hortensias, Ribeauvillé semble conforme aux images dessinées par Hansi, le maître illustrateur alsacien. De ses fortifications médiévales, la ville conserve encore une partie des murs-remparts et de ses tours. Les quatorze randonneurs qui débutent leur séjour sont surpris par les couleurs et l’originalité des maisons. Ici on cultive le syndrome du bien élevé. Tout doit être propre, coquet et soigneusement entretenu.

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Surplombant la ville, les silhouettes de trois anciens châteaux se découpent sur un ciel qui n’annonce que de bonnes nouvelles. La balade entre pied des Vosges et pieds de vigne débute sur un terroir des plus remarquables. Le vignoble y trouve de bonnes conditions de luminosité et l’absence de brouillard ou gelées printanières. Quelques viticulteurs s’affairent dans les coteaux. Ils travaillent l’Auxerrois, cépage rouge utilisé pour le crémant. Plus loin une colonne de femmes s’échinent à passer les rangs au peigne fin. Leur tâche consiste à ébourgeonner la vigne en supprimant le début de rameaux indésirables. Posture très ingrate que pourtant tout disciple de Bacchus devrait considérer, ne serait-ce que par simple reconnaissance, comme un sommet de l’élégance.

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Sur un tertre, l’accès soigné du cimetière allemand de Bernheim appelle au silence et au respect. Cherchant à apaiser les anciennes rancunes, le vignoble l’entoure d’une enveloppe protectrice. L’Alsace a une place particulière dans les conflits franco-allemand et de nombreux lieux témoignent de ce passé. Ici, c’est une association binationale de retraités qui s’investit dans l’entretien de la nécropole. Michel y est très sensible, il honore avec gravité la mémoire combattante. Pour lui, le partage des souvenirs est une force indispensable pour contribuer à la construction durable de la paix.

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Situé sous une immense moraine, ce n’est pas un lac pour grandes vacances. Il ne propose ni baignades ni sports nautiques. Il n’est pas bien grand mais ses rives sont si escarpées qu’on ne peut en faire véritablement le tour. Pourtant le Lac Blanc séduit quand même par son austérité. Son teint bleu marine tranche sur l’azur du ciel et surligne le vert de la forêt vosgienne. Sous les premiers soleils, le lac appartient aux marcheurs qui ont délaissé la plaine en quête de fraîcheur. Une rude grimpette d’un mur de deux cents mètres dans les mélèzes permet de s’élever jusqu’à la célèbre route des crêtes qui marque la limite entre versant lorrain et alsacien.

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Pour cette belle journée, bien que bas-rhénans et s’estimant donc résidents du meilleur des deux mondes, Patrick et Evelyne se sont joints avec gentillesse à leurs collègues parisiens. Les alsaciens se sentent profondément liés à la nature et engagés dans la promotion de leur région. Le sommet arrondi du Gazon du Faing offre à tous, y compris l’insolite «marcheur à claquettes», sa généreuse récompense. L’air vif, une herbe rase et un panorama à 360 degrés sur les hauts ballons vosgiens, le fossé rhénan et les contreforts lorrains. A l’horizon lointain, la Forêt Noire allemande se profile dans un flou céruléen, comme une autre ligne bleue !

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Surprenante Allemagne, la moitié de la superficie du pays est classée réserve naturelle. Voilà de quoi susciter l’envie d’une escapade transfrontalière lorsque reste seulement à résoudre l’option du passage du Rhin. Les raisons d’y aller ne manquent pas mais la meilleure vient de cette petite vanité à proposer une sortie que la majorité des randonneurs ignore. Vivre un peu ce que les autres négligent. La colline de Badberg est le point central de la région du Kaiserstuhl, ancien massif volcanique. Différents types d’orchidées s’y développent dans des prairies sèches fortement exposées au soleil. Venant de France, c’est le premier relief rencontré en Pays de Bade.

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Le Totenkopf le domine du haut de ses 557 mètres. Un chemin herbeux monte doucement en bordure de sapinières, franchit une petite route pour déboucher au lieu-dit Khatarinenkapelle. La fin de parcours, splendide, présente des paysages tout aussi originaux, façonnés par le vignoble en terrasses. Les indications sur l’itinéraire, données succinctement au départ, se sont avérées largement suffisantes. Un balisage intensif a couvert l’intégralité du parcours. Les marcheurs ont apprécié cette efficacité allemande qui a bien justifié le stéréotype qui la valorise : «Deutsche Qualitat !»

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Un passage pluvieux momentané mais constant sur la journée ouvre une option inédite, «le corps au sec, l’esprit à la culture». Le menu de ce vendredi mouillé qui va échapper à la marche sera partagé en deux propositions. La première conjugue le passé au présent à l’Eco Musée d’Ungersheim, faisant vivre un patrimoine rural dévoilé sous de multiples formes. La seconde donne l’opportunité d’admirer l’énigmatique et monumental retable d’Issenheim, chef-d’œuvre du musée «Under Linden». Cet édifice étonnant réussit à allier parfaitement une architecture monastique à des innovations contemporaines, plaçant ainsi Colmar parmi les plus grandes institutions muséales d’Europe.

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Les orages ont fui vers l’est. La fraîcheur, ressentie au matin du dernier jour, rendra la marche plus dynamique. Elle est entièrement consacrée au vignoble. La masse imposante du château du Haut-Koenigsbourg qui se détache du haut de la colline paraît plus bienveillante qu’austère.

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Trouvant ici sa terre d’élection, la vigne a colonisé tout le piémont en étalant ses rangées de ceps. Cela ne s’est pas fait tout seul. Le travail répété de générations de viticulteurs a construit ce paysage, maintenant bien achevé.

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En suivant les sentiers du vignoble, le groupe traverse un chapelet de petits villages qui jouissent d’une prospérité remarquée. Le plus célèbre, Riquewihr, avec sa coquetterie trop visible, s’est pratiquement vendu aux touristes. Les autres, plus réservés, se contentent de rester à l’abri de leurs anciennes fortifications. Mittelwihr bénéficie d’un micro-climat qui permet aux amandiers de fleurir sur la colline de Mandelberg où s’épanouissent les grands crus. Le régime local n’est pas fait que de baeckeoffe ou de choucroute servis au riesling ou au gewurtz. Il est aussi pourvu d’un droit particulier dont l’abrogation est taboue. Au-delà des dispositions concernant l’assurance-maladie, il touche le domaine du religieux. Le maintien du Concordat instauré par Bonaparte reste vivace. Il a favorisé une entente entres les diverses confessions majoritaires. La plupart des villages ont une église et un temple. Quelquefois, comme à Hunawihr ou Mittelwihr, le lieu unique de culte est «simultané». Belle leçon, pense Francis. Ce qui divisait hier, rassemble aujourd’hui !

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Ce séjour du 15 au 21 mai a bénéficié des conditions d’hébergement du CIS rue du Bouxhof à Mittelwihr 68630
Mardi 16 mai : Ribeauvillé 68150, tempelhof, le cimetière du Graberg, Rorschwihr, le kugeberg, château de Reichenberg, la montée du Schluesselstein, retour par le vallon du lutzenbach
Mercredi 17 mai : le lac blanc d’Orbey 68370, le sentier Frappel, montée sur les hautes chaumes, le gazon du faing, l’altenkreankopf, descente sur le lac noir, retour par le sentier Cornélius
Jeudi 18 mai : Allemagne. Oberbergen près de Vogtsburg im Kaiserstuhl, le hocberg, le bradberg, Katarina berg, Jungviehweide, Oberbergen
Vendredi 19 mai : l’Eco Musée d’Ungersheim 68190, le musée Under Linden à Colmar 68000
Samedi 20 mai : Mittelwihr 68630, Blebenheim, Zellenberg, Hunawihr, Riquewihr, Kientzheim, Sigolssheim, nécropole, Mittelwihr par les sentiers dans les vignes

le Programme

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