Les chemins noirs

Publié le par club rando

Le retour de l’été est période bénie pour ceux qui aiment entendre le bruit de leurs chaussures  battre la campagne. Lucides privilégiés qui ne cherchent qu’à profiter des plus jolis coins de l’Hexagone. Pour le faire, la méthode est facile. Choisir un point de départ et d’arrivée puis se lancer dans l’échappée. La carte IGN aux 25 millièmes réalise le rêve de cette envie d’itinérance. Il suffit de l’examiner et puiser dans ses sentiers, pistes forestières ou routes oubliées qui n’attendent que les pas. Ces lignes tracées sur la carte et reliées entre elles, ces «chemins noirs» comme les surnomme l’écrivain Sylvain Tesson, vont dessiner la cartographie d’un parcours entre Millau et Florac. Sentiers de raccroc ou routes délaissées, les chemins noirs proposent le passage le plus tentant ou l’issue désirable. Et tant pis si l’itinéraire, sans nom mais pas sans éclat, prend ses distances avec les circuits labélisés qui n’offrent aux marcheurs que le parfum d’une liberté surveillée.

Les chemins noirs

Ici le dénominateur commun, c’est le Causse. A l’origine sédiment d’une ancienne mer disparue, la lame tranchante des rivières a divisé cette étendue géographique en trois parties. Leurs noms reflètent l’histoire du paysage. Le Causse Noir porte la couleur sombre des forêts de pins qui rappelle l’obscurité de la nuit. Déformation phonétique d’un mot occitan signifiant médian, le Causse Méjean se positionne au milieu de l’ensemble. Le Causse du Sauveterre évoque l’existence d’un espace préservé où le paysan s’installait à l’abri des droits et conflits seigneuriaux. Anémiée par la pauvreté du calcaire et bousculée par la force du vent,  la végétation y a le souffle plus court et des couleurs un peu pâlottes. Quelquefois elle cède la place à des éboulis de pierres semés au milieu de genêts et broussailles

Les chemins noirs

Un troupeau en peloton passe d’une pâture à l’autre, encadré par la course alternée de chiens de garde. Scène malheureusement trop rare car les brebis refusent de sortir par forte chaleur pour rester à la bergerie. Les plateaux sont loin d’être nus et arides. Les forêts de conifères et de belles hêtraies encadrent des parcelles où des fonds d’argile, libérée du calcaire, donnent vie aux fourrages et aux semences. Bien sûr ici l’eau est rare. La moindre pluie s’infiltre dans les fissures du karst assoiffé pour rejoindre des abîmes souterrains insondables. Reste l’impression générale de solitude, apaisante dans ce contexte estival, mais qu’on imagine plus angoissante dans d’autres saisons.

Les chemins noirs

Le groupe des neuf participants s’était fixé comme règle ou plutôt comme jeu de remonter les Gorges du Tarn qui entaillent le Causse. Pas pour suivre fidèlement, de Millau à Florac, le cours du canyon mais pour procéder à l’inventaire général. La rivière depuis plus de vingt millions d’années a creusé son sillon entre les roches. Sur près de 60 kilomètres se succèdent défilés, surplombs et rives encaissées.

Les chemins noirs

Mais pour comprendre le panorama, pour entrer dans l’épopée, il faut de la vision, de la hauteur. Monter sur le flanc des parois, au plus près du vertige. On domine mieux sur la bordure. C’est donc au bout de chaque ascension, lorsqu’arrive le plateau sommital, que s’apprécie vraiment le décor. On chemine ensuite en envisageant la descente à venir comme une inutile contrainte. Le faisceau de tracés que recèle la carte, ces sentiers balisés ou anonymes chemins noirs, ont permis cette géographie quotidienne de la répétition : grimper sur le rebord, traverser le plateau, plonger de 500 mètres dans la gorge pour retrouver la vie installée près du cours d’eau et puis recommencer. Tous les jours, dans leurs ascendances, les milans nous tenaient à l’œil. Les éperviers, plus insensibles à notre présence, s’affairaient à allonger la courbe de  leur vol pour mieux traquer les campagnols.

Les chemins noirs

L’ouverture de la route des gorges du Tarn ne date que du début du vingtième siècle. Elle a permis la naissance d’une économie touristique dont Edouard-Alfred Martel, après ses découvertes spéléologiques, assure la promotion. Les villages du haut, comme celui troglodyte de Saint-Marcellin se sont déjà vidés. Ceux de la vallée, autour des ponts de passage ou des moulins, vont en profiter. Ils portent toujours la trace des méthodes ancestrales qui épierraient le coteau pour lever des murets abritant un peu de vignes et de vergers. Désertés en hiver, ils explosent les journées ensoleillées en recevant des milliers de visiteurs. La-Malène, Saint-Chély, Sainte Enimie, Quézac s’échelonnent dans les sinuosités de la rivière. Des hameaux ou grosses demeures de prestige assurent la transition. Certains, comme Hauterives, ne sont même pas accessibles par la route, juste par le bac.

Les chemins noirs

 La vallée résonne de bruits qui n’appartiennent qu’à cette période de l’année. Les moteurs des véhicules sur la rive d’en face et les appels de nombreux kayakistes qui descendent  le cours de l’eau émettent un bourdonnement intempestif. Eloignées de ce brouhaha, dans l’eau claire du Tarn, truites et truitelles jouent les indifférentes et cabotent à contre-courant dans les rochers.

Les chemins noirs

Cette année trois compagnons ont rejoint l’équipe, apportant à l’ensemble leur fraîcheur et dynamisme. Eux aussi avaient envie d’apprécier la beauté des lieux et se jauger dans la persévérance du chemin. Mais comme les autres, ils comptaient beaucoup sur l’accueil et la diversité des rencontres. C’est là l’autre charme de l’itinérance, et le plus souvent, le mieux l’emporte sur le moins bien. Dans les gîtes ou maisons d’hôtes, l’hospitalité se dispense avec bonne grâce. On espère être reçu comme un hôte et non comme un client. On s’y sent favorisé comme si on arrivait dans la maison de campagne d’un ami. Quelquefois la réalité diffère de l’attente. Partir ne sera pas une gêne puisque le prochain accueil ne devrait être que meilleur.

Les chemins noirs

Quoi de mieux que des légendes locales pour pimenter les conversations de fin d’étape ! La princesse mérovingienne Enimie, fille du roi des Francs et sœur de Dagobert possède une telle beauté  qu’elle croule sous les sollicitations de mariage. Mais elle ne veut se consacrer qu’à Dieu dont elle implore l’aide. Elle devient alors lépreuse. Un ange lui dit de se rendre dans la lointaine province du Gévaudan  pour trouver une eau qui soignera son corps. Après une vaine recherche elle prend la direction des gorges du Tarn et trouve la source miraculeuse de la Burle qui la guérit. Elle y fonde un ermitage et un village aux ruelles tortueuses où se pressent maintenant la foule des touristes. Une récente créativité artistique a rafraîchi cette histoire, n’hésitant pas à transformer la Sainte en une séduisante héroïne de bandes dessinées.

Les chemins noirs

Et pourquoi pas après tout  puisque cette surprenante iconographie ne fait que rendre la légende plus attachante et intemporelle. Lorsque le soir tombe, que se vide le village et s’arrêtent  les conversations dans les cafés, au-dessus du petit ermitage dans l’ombre de la falaise, la statue de Sainte Enimie regarde cela d’un air amusé.

Le  Groupe

Les chemins noirs

Mercredi 28 Juin. Paris, Montpellier, Millau (12100)
Jeudi 29 Juin. Millau, forêt du Causse Noir, Longuiers, le Sonnac, la Rouviere, Vallat de la Combe, Peyreleau
Vendredi 30 Juin. Peyreleau, Le Rozier, Eglazines, St Marcellin, St Rome de Dolan, Combelasays
Samedi 1° Juillet Combelasays, Almieres, le Point Sublime, le Mas Rouch, Clapas de la Truque, Cauquenas, le chemin de la farine, La Malène
Dimanche 2 Juillet. La Malène, Hautererives, St Chely, Ste Enimie
Lundi 3 Juillet. Ste Enimie, Boisset, Jouannas, Nissoulogres, Blajoux, Pont de Montbrun chemin de Chambon, Quezac, Ispagnac
Mardi 4 Juillet. Ispagnac, Biessettes, Biesses, le Fayet, Salieges, Florac (48400)
Mercredi 5 Juillet Florac, Alés, Nimes, Paris

le Séjour

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