Les taureaux s'ennuient le dimanche

Publié le par club rando

Il fait presque froid, en tous cas il serait imprudent de se délester de l’imperméable. Des résidus de brouillard tournoient dans un petit crachin avant de s’élever. Après avoir quitté le buron accueillant du déjeuner, il faut suivre la petite route goudronnée, rectiligne comme l’est le chemin. Pas une voiture ne passe ici, les troupeaux nous regardent de loin, indifférents. Peu de maisons, rien que des collines et des prairies parsemées de grandes fleurs jaunies. Sous l’effet d’un vent devenu plus fort, le ciel se fragmente enfin. Devant nous se devinent les murailles de la cité médiévale de Salers. Nous marchons en silence. Il nous semble que, maintenant, nous sommes vraiment entrés dans la superficie des lieux.

Les taureaux s'ennuient le dimanche

Le début de juillet avait démarré par une exubérance climatique estivale. Elle s’infirma vite dans l’avancée du mois qui prît ensuite une teinte plus automnale. Pas de quoi refréner notre envie de marcher au grand air et de connaître au plus près montagnes et vallons de cette région du Cantal choisie comme thème pour ce séjour de fin juillet.

Les taureaux s'ennuient le dimanche

Situé dans la vallée de la rivière Maronne, le village de Saint-Martin-Valmeroux s’est resserré autour de son église et son monument aux morts. Les commerces d’antan l’ont déserté. Seules de vieilles enseignes flétries par le temps ornent encore les façades des maisons où résistent quelques rares anciens et une communauté de sœurs. Sans doute peu lumineuses, ces habitations ne séduisent plus les jeunes générations établies à la périphérie dans des pavillons neufs mais sans charme. Heureusement le bourg a conservé ses parfums de chlorophylle. De nombreux chemins de noisetiers le quittent  pour le plaisir d’une balade et rejoignent les forêts qui couronnent les collines.

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Mais ici, comme ailleurs, les pistes s’arrêtent brusquement à l’endroit qu’elles ont choisi. Elles ne vont pas plus loin et refusent de bouger, rendant la progression problématique. Comme attiré par une force souterraine, le chemin cherche d’un coup à disparaître dans le sol. N’oublions pas que nous nous trouvons dans un ancien pays de lave ! Peut-être que, contenus sous la roche, le magma ou le feu grondent-ils encore ? Qu’importe l’incommodité, les lieux rencontrés sont conciliants. Ils embrassent un panorama où les pâturages, ceinturés de haies ou de murets de granit, s’étendent à l’envi. En fin de journée, après avoir bousculé la barrière des nuages, les cieux bien lavés y paraissent démesurés.

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C’est devenu une habitude, l’effectif provençal, dont la fidélité rappelle celle des oiseaux migrateurs, est venu renforcer l’équilibre du groupe. Rencontre incontournable, propice au partage d’une multitude de choses qui vont au-delà du souvenir. Sur la route, il y a tant de petits secrets à se dire et beaucoup de temps à rattraper.

Les taureaux s'ennuient le dimanche
Les taureaux s'ennuient le dimanche

Tournemire, Fontanges, Saint-Cernin, le Falgoux, ces villages dressent leurs clochers basaltiques au-dessus de toits de lauze. Bâtis en pierres noires, on les atteint après avoir traversé une poignée de lieux-dits éparpillés au milieu de balles de foin. Dans ces vallées creusées par le rabot glaciaire, des vents frais venus de l’ouest nous reprochent l’arrogance de vouloir rester bras nus. Les prairies s’y déploient en vagues brisées par la barrière des murets en pierre. En une large inflexion, la chaîne des puys du Cantal ferme vers l’est le paysage. Des statues de la Vierge ont été érigées sur des affleurements géologiques. Posées sur ces pitons, elles étaient autrefois le témoin de l’imprégnation religieuse des campagnes. Aujourd’hui elles ne servent que de point de fixation aux tissages de fils d’araignée ou à l’expansion débordante de ronciers sauvages.

Quelquefois il faut improviser. Le chemin qui descend vers le hameau de Malrieu a pris ses aises avec la marque répertoriée sur l’itinéraire. Dans le glacis qui dégringole vers la vallée, il n’y a plus que l’ombre de traces évanouies, un air moite et des fourrés ébouriffés. Pas d’autre alternative que de se jeter dans la pente et se laisser couler.

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Ces pacages sur les planèzes, ces belles estives d’où jaillissent la gentiane et l’arnica ont leur star. Bien qu’elle n’ait pas toujours les traits parfaits ou la ligne de rêve, son physique et son caractère particuliers permettent à cette jolie rousse d’entretenir son aura. La vache Salers pourrait même tirer revenus de l’Office de Tourisme tant elle est ici l’essence du paysage et le symbole de la ruralité cantalienne.

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Certains visiteurs, dit-on, ne viendraient que pour la rencontrer. Ce n’est pas trop difficile, son omniprésence suffit pour la promotion. Pas besoin de lui dresser une couronne de laurier puisque des cornes en forme de lyre coiffent déjà sa tête. Comment ne pas craquer lorsqu’elle vous croise en cours de balade, silhouette impeccablement ajustée sous une belle robe acajou ou blanc cendré, et qu’elle vous fixe longuement de ses yeux fardés au khôl !

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Brassens avait vu juste. De l’Auvergnat présenté comme pingre dans la tradition populaire, il a fait un modèle de générosité. Du moins à table. Truffade, pounti, gigot à l’ail, lentilles et viande de Salers ont été offerts en portions extra larges. Elles ne furent que mises en bouche avant l’essentiel obligatoire : Cantal, Salers, Fourme et Bleus qui rappellent que cette région reste avant tout un grand plateau… de fromages.

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Le Cantal n’est pas qu’un département de vaches, de viande, laitage et d’un Président,  G. Pompidou, né dans un bourg rural de moins de deux cents âmes et qui s’est hissé à la plus haute fonction de l’état, selon lui, par «l’efficience du mérite et les hasards de la vie». Cette terre abrite aussi le plus vaste stratovolcan d’Europe. L’immense travail de sape des glaciers a dessiné le Puy Mary, ancien dôme démantelé par des cirques d’où fuient en étoile des lignes de crêtes.

Les taureaux s'ennuient le dimanche

Pendant  le séjour, une persistante mer de nuages s’évertuait à camoufler ce domaine au relief accidenté. Après une attente interminable, la délivrance intervint le dernier après-midi du dernier jour. Le ciel ouvrit enfin la voie d’accès vers l’espace de notre désir. Les sommets allaient nous restituer l’ivresse des cimes que les nuées avaient cherché à jalousement préserver. L’élévation dans les hauteurs ne dura qu’un bref intervalle. Un sursaut de front nuageux menaçant dévalait vers l’ouest, au loin déjà l’orage grondait.

Les taureaux s'ennuient le dimanche

Le dimanche 23 juillet, la journée était annoncée exempte d’intempéries, un premier matin sans la moindre pluie. Nous étions en marche pour grimper le Puy Violent, le plus proche des anciens volcans. Il ne tire son nom d’aucune querelle mais d’une mauvaise traduction du souffle animal des vents d’hiver. Près du départ, quelques bovins tachent de blanc et de roux l’herbage d’un vert pistache. Non loin, allongé et isolé dans un pré, un taureau noir et puissant leur fait face.

Les taureaux s'ennuient le dimanche

 La tranquillité de cette masse de muscles n’est qu’apparente. A notre approche, il se lève pour impressionner, pour remuer ou peut- être par lassitude. Chassant mollement de sa queue les mouches, il beugle par intervalle. Accablé de solitude, «il mugit de langueur et s’écoute mugir». Décidemment, les taureaux s’ennuient le dimanche !

Le Programme

Du 20 au 27 juillet, l’hôtel la Source du Mont à Saint-Martin-Valmeroux(15140) a dispensé aux 15 participants les prestations d’hébergement

21 juillet Balade en huit autour de Saint-Martin-Valmeroux

22 juillet Circuit autour de Salers, La Maison de Salers, Visite culturelle de la cité médiévale

23 juillet Montée au Puy Violent et descente par le hameau de Malrieu

24 juillet Matinée : Circuit autour de Fontanges. Après-midi : Accueil à Tournemire par M. René Tible. Notre hôte, «Greeter» de son état et passionné de ses racines, nous a livré bénévolement avec talent et générosité les clés de son village

Les taureaux s'ennuient le dimanche

25 juillet Circuit autour de Saint-Cernin, Visite commentée de Saint-Martin-V par l’ancien maire M. Christian Fournier

26 juillet Matinée : Circuit autour du Falgoux. .Après-midi : Montée au Puy Mary et découverte de la ligne des crêtes

 

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