On ira où tu voudras, quand tu voudras

Publié le par club rando

Depuis l’annonce des dernières restrictions covidiennes, la météo avait pris un malin plaisir à se positionner au beau fixe. Juste au moment où les mesures gouvernementales voyaient péril à faire sortir les randonneurs à plus de dix kilomètres de leur domicile. Pendant les deux mois de mars et avril avec un fond de l’air parfaitement épuré par le confinement, on pensait que la nature cherchait à adresser un message d’espoir, du genre : «Restez patients, nos retrouvailles seront somptueuses !» En vertu du principe maintenant bien établi du balancier, la parenthèse du renfermement commença à céder sa place à la phase d’une réouverture prudente. Début mai marqua l’autorisation d’arpenter à nouveau campagnes et sous-bois pour y répandre ses gouttelettes de transpiration magiquement purifiées. Mais la nature est hypocrite ou du moins dotée d'une bonne mémoire. Immédiatement, elle se mit à renier toutes les belles promesses, le froid, le vent et  la pluie remplaçant les éléments du décor. Sans doute se souvenait-elle des Saints de Glace, de cette époque où les trois élus des jardiniers, pas encore gagnés aux vérités révélées du réchauffement climatique, rappelaient aux humains les conséquences frileuses de l’arrivée de la lune rousse. Qu’importe, fini tout ce temps perdu à ronger son frein, les chaussures de marche vont enfin sortir du placard. Bonne nouvelle, les randos reprennent. A Feucherolles et dès le 7 mai, c’est le dernier message reçu qui le dit. A ce stade, on se fiche un peu du lieu, de la date ou de la distance, on acquiesce. On ira où il voudra, quand il voudra !

ils l'ont voulu

ils l'ont voulu

On ira où tu voudras, quand tu voudras
On ira où tu voudras, quand tu voudras

Feucherolles un des villages les plus charmants de l’ouest parisien à 25 kms de la capitale, trois mille habitants, une école et un collège, une grande rue montante qui le partage d’ouest en est par son milieu, un unique commerce et deux golfs limitrophes. Et surtout sur les hauteurs de l’ancien hameau de Sainte Gemme, de cossues villas patriciennes que vient lécher le dernier carré de la forêt de Marly. On est ici dans la partie la plus cotée du Grand Versailles, celle où les enfants se cachent sans crainte dans le bois tout  proche, celle où les matins clairs d’automne on distingue de sa fenêtre les chevreuils traverser la plaine des Clayes.

Ce matin pas de cérémonie des Césars, la sobriété des retrouvailles rappelle que les effusions ne sont pas en libre-service mais restent sous le régime de la vente à emporter. Les seize participants se doivent de respecter les consignes de distanciation en cours. Aujourd’hui ils retrouvent avec bonheur l’air et l’espace. Que ce soit ici ou ailleurs, la nature est bien trop tentante pour ne pas s’en occuper.

On ira où tu voudras, quand tu voudras

Après la montée qui retrouve la grande plaine des Alluets, le plat s’installe et les cuisses d’amateur que le Covid a un peu anémiées disent merci. «Agricola incurvo terram dimovit arato», la terre s'ouvre sous l'ardeur du laboureur écrivait Virgile dans «les Géorgiques». Les agriculteurs vivent sans doute harmonieusement sur place mais restent particulièrement discrets. Le grand plateau céréalier près de la ferme du Poux apparaît vide de leur présence. Le paysage largement ouvert ne souffre d’aucune clôture. Cette absence de contrainte contrebalance un sentiment diffus de monotonie. Sous un ciel redevenu par chance amical, la campagne révèle l’harmonie fondamentale des couleurs du printemps, le vert tendre des blés renaissants surligné par le jaune serin des champs de colza.

On ira où tu voudras, quand tu voudras

Avant que s’amorce la descente de Bethemont, un verger apprécie le retour à la tendre saison. Il a blanchi d’une couleur affirmée et étale avec optimisme des rameaux tendus vers l’azur. Tout près de s’effondrer après un récent épisode de gel, les arbres ont exprimé leur détermination d’assurer leur survie.

On ira où tu voudras, quand tu voudras

Malgré des chemins alourdis par les pluies de  la veille, deux VTTistes se meuvent avec une aisance et une rapidité enviées. En ce temps de «vélophilie» traverser la moindre agglomération relève presque de l’impossible et batailler avec les accros du vélo de course pour avoir une place sur la piste cyclable leur semblait devenir périlleux. La rencontre fortuite avec ces cyclistes urbains fraîchement convertis à la paix des champs provoque un petit moment de partage. Pour tous, ce coin perdu vient de jouer un rôle qu’il ne connaissait pas encore, donner l’illusion d’être autant inutile qu’essentiel!

On ira où tu voudras, quand tu voudras

Passé le pont de  l’autoroute A 13, les clairières agricoles disparaissent au profit de la frange urbaine de Poissy. Une énergie destructrice accable cette zone intermédiaire qui vient de subir un profond essorage. Tout un immense espace a été bouleversé, aplani, remodelé pour donner naissance au futur centre du PSG. Ce site permettra, selon ses dirigeants, de «rêver plus grand». Les pelleteuses aménagent une quinzaine de terrains, un stade et des bâtiments. Avec l’appui de l’autorité locale, la vision médiatique a pris le dessus du paysage géographique. Mais que pensent les supporters de l’abandon du berceau originel de Saint Germain ? Le romantisme dans le football a ses limites. Ils suivront, quel que soit le lieu, quelle que soit la date. La docilité du public l’emporte largement sur la fidélité que l’on doit au passé.

le futur complexe

le futur complexe

Après la petite route qui descend de Chambourcy à la ferme de Retz,  juste dans un tournant trois vieilles planches esquissent un pont  pour passer un filet d’eau, et c’est déjà la forêt.  

On ira où tu voudras, quand tu voudras

Dans cet univers sécurisant, chacun s’oublie un peu et se livre davantage. C’est le moment de constater, un peu tardivement, qu’aujourd’hui l’élément féminin est en force. Cette domination faisait déjà évidence. Beaucoup de randonneuses ont lâché la salle de gym pour le grand air. Les femmes savourent davantage ces instants passés en pleine nature où se reconstruisent pas à pas mental et énergie. Les hommes l’ont bien compris et jalousent autant de capacité et talent. Au fond, ils les craignent.

On ira où tu voudras, quand tu voudras

La balade s’est close devant l’espace Jo Dassin. La municipalité de Feucherolles a tenu à honorer la mémoire de l’artiste qui résidait ici jusqu’à son décès en 1980. C’était un chanteur populaire qui n’avait d’autre prétention que de faire plaisir aux gens. Dans sa chanson «L’été indien», l’une des plus appréciées, la strophe mélodique On ira où tu voudras, quand tu voudras colle des mots à l’air d’un temps qui se voulait intemporel. Le 20 août on célébrera l’anniversaire de la mort de Jo Dassin. 41 ans, une éternité. La mélodie, dans les cœurs et la mémoire restera, elle, éternelle.

On ira où tu voudras, quand tu voudras

Le Parcours

Vendredi 7 mai

Feucherolles(78810), rue de l’Etang, les lions, la croix Sainte Hélène, la ferme du Poux, la bidonnière,  chemin de la ferme du Poncy, le balcon des communaux d’Aigremont, la butte du moulin de Chambourcy, la ferme de Retz, le chemin de Ste Gemme, l’Etoile du silence, Sainte Gemme, Feucherolles Espace Jo Dassin.

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MORIN Wlady 10/05/2021 11:18

Toujours autant de plaisir à lire ces articles, il va falloir qu'on déménage du sud-ouest pour venir dans cette région. Merci François !