Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Publié le par club rando

Sur nos écrans, les débats consacrés à la Covid sont partis pour durer aussi longtemps que ces feuilletons qui cumulent des centaines d’épisodes au compteur. A l’image de ces séries télévisuelles, les dissensions restent la règle. Les antivax accusent la dictature des propass qui eux-mêmes ne supportent plus les provax au prétexte de leur laxisme avec les antipass. Une nouvelle sentence vient de tomber pour ranimer un peu plus les braises. Il va falloir prendre rendez-vous rapidement pour recevoir la troisième dose appelée aussi piqûre de rappel, délicat euphémisme qui renvoie bel et bien au réalisme et à la contrainte.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Dès l’arrivée au plan d’eau de Jumièges, une autre réalité leur tombe dessus. Le sentiment pressenti par les 22 participants devient certitude : les gouttes menacent, le temps sera chagrin. Finalement, c’est peut-être contre l’approche de l’hiver qu’il aurait été préférable de vacciner. Fournir des anticorps qui prémunissent de la fatalité d’un air de plus en plus vif, briser les agents pathogènes qui accentuent la mouillure de pluies aussi fines qu’insidieuses. Ce vaccin, paraît-il, serait à l’essai !

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Pour l’instant, une brume légère abat son silence sur le bassin aquatique. On fera avec la météo. Il faut déjà se livrer à d’éprouvantes acrobaties de la pensée pour trouver à se situer. Ces paysages du cours inférieur de la Seine paraissent un peu confus. Que devient le fleuve au-delà de Rouen ?  Quels méandres fréquente-t-il ?  Y use-t-il sa chemise comme un paletot idéal ? Personne n’en sait vraiment grand-chose ! Ce séjour de deux jours vient à point nommé pour pallier l’étendue de tant d’ignorance.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Premier constat à froid, la Seine divise avant d’unir. Près de 65 kilomètres de berges se comptent entre Rouen et Caudebec-en-Caux sans le moindre pont. Pour passer d’une rive à l’autre, piétons et automobilistes ne peuvent qu’emprunter des ferrys. Depuis des siècles, les bacs jalonnent les méandres du fleuve. Ces traversées insolites, à faible charge, donnent un petit parfum de navigation aventureuse que ne ressentent sans doute plus les usagers qui les empruntent de manière régulière. En cas d’attente, le spectacle des mouettes et goélands glissant sur le flot contribue un peu à adoucir l’humeur des recalés du bac.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Les conditions étaient réunies pour que l’abbaye de Jumièges connaisse un destin magnifique. Elle naquit en l’an 654 à la mort du roi Dagobert. A cette époque, Jumièges détenait quatre églises et battait monnaie. La Seine apportait du poisson ;  elle amena aussi les Vikings qui s’empressèrent de la piller et de la brûler. Ironie de l’Histoire, le monastère fut relevé vers 940, par Guillaume Longue Epée, duc de Normandie et fils de ces guerriers qui le firent tant souffrir. Une belle vie recommence, dura plusieurs siècles malgré des péripéties nombreuses jusqu’à la mise en vente des édifices à la Révolution. Les acheteurs successifs vont commettre l’irréparable en démolissant une grande partie les édifices. Heureusement le domaine fut acheté en 1853, par Aimé Lepel Cointet, agent de change à Paris et c’est à lui qu’on doit l’ambiance actuelle, teintée de romantisme. Autour de cette architecture mutilée, il planta des érables, des hêtres pourpres et des charmes. Cent cinquante ans après, la beauté du végétal se mêle harmonieusemrent aux pierres.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Au cœur de ces impressionnants vestiges, le postulat de débuter la visite par la nef effondrée se révèle comme une évidence. Mais c’est en faisant le tour de l’ancienne clôture monastique que s’exprime davantage la vision esthétique. De très vieux bâtiments un peu à l’écart, mangés de lierres et dont les formes sont restées fermes, ajoutent au paysage une athmosphere rêveuse. La paix des grands arbres qui ceinturent le mur d’enceinte accroît l’envie de s’y promener seul. Tout semble à la fois abandonné et ordonné.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

L’idée qu’il existe près de ces ruines une promenade aménagée est déjà une bonne nouvelle. La surprise est de s’apercevoir qu’elle épouse en partie le cours de la Seine. La balade offre aux marcheurs le plaisir de goûter le bord de l’eau. Le courant contrarié par l’onde de la marée donne l’illusion d’une avancée à contre sens. Si le fleuve ment, la végétation ne triche pas. Sous un soleil fragile qui daigne enfin apparaître, éclate le talent des derniers jours de l’automne. Le flamboiement de plantes grimpantes, l’entrecroisement des feuilles jaunies et les larmes végétales d’un saule centenaire profitent de l’ultime énergie d’une descente de sève. On sait que cette profusion de couleurs ne sera qu’éphémère et que la nature va glisser vers l’hiver. Aucune chance de l’éviter, il n'y aura pas d’arrangement possible.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Certains prétendent que c’est le mascaret venant de l'estuaire qui a pris la vie de la fille aînée de Victor Hugo. Léopoldine s’est noyée devant Villequier avec son mari Charles Vacquerie. Elle avait 19 ans et le responsable fut en fait un brusque coup de vent qui fit chavirer leur barque. Terrassé par la nouvelle, le poète ne se remettra jamais du malheur et exprimera son désespoir au travers des Contemplations, «des vers qui commencent par un sourire, continuent par des sanglots et finissent dans les bruits de l’abîme». De Jumièges on se rend facilement à Villequier, comme en pèlerinage, pour célébrer le grand poète national. Son petit cimetière s’enroule autour de l’église Saint-Martin. Serrées autour du drame commun, les familles Hugo et Vacquerie se regroupent dans des tombes identiques. Il ne manque que celle du Grand Homme mais sa légende plane. C’est devant la sépulture de Léopoldine que l’émotion serre un peu le cœur. Une jeunesse de vingt ans y a bourdonné jusqu’à un jour tragique de septembre 1843. Un parterre «de bouquets de houx vert et de bruyère en fleur» recouvre toujours la dalle. On est rassuré, la volonté du père est respectée. On quitte l’endroit en connivence avec l’Histoire.

Léopoldine

Léopoldine

Les bois de Villequier surplombent le cimetière et couronnent le coteau en épousant la courbe du fleuve. Victor Hugo lui-même y aurait-il marché «les yeux fixés sur ses pensées» cherchant les vers qui le soulageaient du chagrin dévorant ?  Il est bon de le croire en suivant la ligne de crêtes qui révèle de beaux panoramas sur la vallée en contrebas.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

La forêt offre un appréciable potentiel immersif qui sait éviter les allées interminables et fait profiter le marcheur de l’intimité du sous-bois. Le sentier suivi a l’intelligence de s’écarter de la rectitude et s’offre quelquefois le franchissement de petits talwegs improbables.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Chacun prend plaisir à filer dans le tapis doré des feuilles mortes, à marcher sans se retourner. Le bois de toute façon ne sera pas complice. II a commencé sa cure de silence et s’entraîne à accueillir l’hiver.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Le Musée Victor Hugo s’est installé dans l’ancienne maison de maître de la belle famille de Léopoldine. La vie de la famille Vacquerie est évoquée mais c’est celle de Victor Hugo et de son entourage qui accapare l’espace : ses relations avec son épouse Adèle et sa maîtresse Juliette Drouet, sa vie de grand-père, le drame de Villequier, l’exil à Guernesey.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Sa visite passionnante conclut le séjour. Le jardin du musée s’ouvre sur la Seine où passe un cargo, aidé dans sa remontée vers Rouen par l’onde de la marée. On dit que des fois elle murmure aux mariniers des mots glaçants, d’autre fois des chansons douces. A chaque passage de l'onde, se recrée le lit du fleuve. Malgré un refus poli de circonstance, les berges acceptent finalement l'offrande : le baiser salé de la Manche.

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Le Séjour

Jeudi 25 novembre Jumièges (76480)

Fin de matinée : balade autour de la base nautique du Mesnil-sous-Jumièges

Après-midi : visite de l’Abbaye de Jumièges, circuit pédestre du Bac de Jumièges

Soirée ; Transfert à l’hôtel la Marine à Caudebec-en-Caux

Vendredi 26 novembre Villequier (76490)

Visite du cimetière, balade pédestre du bois de Villequier par le château, le Mont Piquant, la genouille, la cambuse, le jardin des poètes. Visite guidée du musée Victor Hugo

 

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