201207 la sémillante

Publié le par club rando

La Sémillante, c’est la marque d’une eau de source pyrénéenne, créée par un habile jeu de mots suggérant le nom de son producteur, la brasserie Mille, dont le succès commercial a permis de désaltérer un grand nombre de résidents des Pyrénées Orientales (66) et accessoirement quelques randonneurs assoiffés après un parcours éprouvant.

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La Sémillante, c’est avant tout un adjectif qualifiant une personne, à l’image de Joëlle, manifestant une vivacité enjouée, une gaîté pétillante et qui cherche à associer son entourage au partage de ses efforts et ses plaisirs.
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Cela pourrait être aussi le qualificatif applicable à la belle randonnée itinérante que nous venons de vivre, début juillet, construite autour du thème de la catalanité. Par sentiers et anciens chemins muletiers, du Vallespir au Conflent, en passant par la Alta Garrotxa espagnole, elle nous a permis de connaître toute la richesse millénaire et la vivacité tonique des Pyrénées Catalanes, "vraies montagnes ouvertes, vivantes et préservées".
Les ascendances parentales de l’un d’entre nous, le fait d’y retrouver ses souvenirs de jeunesse, son désir de nous faire partager sensations et émotions, étaient à l’origine de notre venue. Mais, au delà de cet attachement sentimental, la promesse d’y trouver une pluralité de sites, reliefs et paysages, nous avaient aussi convaincu de la justesse de son choix.

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L’originalité du projet d’intégrer une perspective transfrontalière, puisque le trajet poussait une pointe en territoire espagnol, donnait à la marche une dimension catalane unitaire. Malencontreusement cette relation est totalement inconnue dans les représentations cartographiques puisque elles traitent la partie étrangère comme une marge non associée. Les cartes IGN qui couvrent le département des Pyrénées Orientales s’arrêtent à la frontière selon une logique d’Etat. En deçà, c’est terra incognita où seuls quelques centimètres complètent brièvement l’espace considéré*. C’est un peu moins vrai sur les cartes de l’Institut Cartografic dont au moins un exemplaire reprenait l’intégralité de notre périple. Heureusement que Christian, doué pour rebattre les cartes, a toujours su nous rabattre vers le bon chemin.

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Notre parcours commence à Saint Laurent de Cerdans dans le Vallespir, réputé pour son humidité et sa fraîcheur. De belles hêtraies recouvrent des monts hérissés de tours de guets mais entrecoupés par de nombreux cols qui sont voies de passage vers l’Alta Garrotxa en Catalogne sud. Les cultures céréalières remplacent les chênes sessiles lorsque s’entreprend la montée de Beget vers Espinavell. De ce village part la transhumance des bovins vers la France. Nous les suivrons.

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A La Preste, notre itinéraire recommence à prendre de l’altitude en longeant le vallon du Graffouil et retrouve un couvert forestier de frênes, sapins puis pins à crochets jusqu’au chalet des Conques. Les bois s’effacent à l’amorce des prairies d’altitude du Pla Guillem, trait d’union entre le Canigou et la chaîne orientale. Le refuge de Mariailles est la seule halte possible dans cet espace. Retour vers l’ouest. On regrimpe jusqu’aux estives de la Mort de l’Escoula où, dans une ambiance de toundra, les chevaux énervés par les mouches disputent l’herbage aux veaux rosés des pyrénées. Le Pla Ségala amorce la descente vers Mantet. Un sentier dit d’interprétation, en réalité une piste dans un canyon sinueux bordée de précipices, clôt l’aventure à Nyer et qui s’achève vraiment à l’arrivée du train jaune dans la gare d’Olette sur la vallée de la Têt.

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L’aspect culturel, présent partout, enrichit le trajet. Que de vieux mas envahis par le ronces où se distinguent encore des linteaux de schistes séculaires, de villages médiévaux construits en granit et organisés autour de leur église (Beget, Mantet), de vieilles cités corsetées de remparts et protégées par une imposante citadelle érigée par Vauban (Prats de Mollo, Villefranche de Conflent) ! Autre moment saisissant lorsque l’église Saintes Juste et Ruffine de Prats nous livre la richesse ignorée de ses trésors baroques et historiques.

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L’esprit des lieux est transmis par le Canigou. Visible de toute part, il est le patrimoine commun de toute la Catalogne. Il respire et domine et, selon la jolie définition d’Arthur Conte," il n’est pas un mont de roc, mais le dieu tutélaire des catalans, leur berger du ciel qui les protège mieux qu’une armée de soldats". Par un processus de quasi-sacralisation, il est associé aux origines du peuple Catalan et de la sorte vénéré des deux côtés de la frontière. Une soirée au refuge de Mariailles, en compagnie de quarante Barcelonais, fut le témoin bruyant de cette dévotion et du  partage de cette passion.

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Dans ce type de séjour où les hébergements dans des villages alternaient avec des gîtes d’altitude, la place du diner est essentielle. C’est le plaisir qui clôt la journée d’effort et accentue l’appétit du bien-être ensemble.
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A une unité près, l’accueil fut partout généreux et gustatif. Jugez le :  réception au cava (type champagne) à Saint Laurent, prestation trois étoiles au Forn de Beget , petit déjeuner jambon cru-vin rouge à Espinavell, escargots piquants à la tomate au châlet des Conques, rôti d’agneau au thym à Mantet, dessert russe à Olette et pour finir l’escalivada (entrée fraiche de légumes grillés) à Villefranche. Heureusement que nous n’avions pas oublié d’emporter nos ronds de serviette dans le sac à dos !

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Un parcours itinérant, c’est avant tout des rencontres humaines. La montagne, dans son austérité, révèle des identités remarquables ou remarquées. Elles sont d’ici et on n’imagine pas qu’elles puissent être ailleurs.

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Nous en retiendrons quelques-unes : Jean Pierre, de retour au pays après une vie parisienne et désireux de reprendre racines et cultiver ses humanités, Jojo Dunyach, à la belle tête de randonneur, piégeur d’ours et apôtre infatigable des relations pédestres transfrontalières, Guy le mousquetaire des Conques, portant plumet à gauche, dont la cuisine épicée réchauffe les corps lorsque descend le brouillard d’altitude, Erica, la flamande de Mantet, qui se sent dans ces montagnes comme chez elle, puisque le plat pays fut longtemps territoire espagnol et par incidence catalan.
Ces quelques lignes d’un poème d’Alain Taurigna, consacré au Canigou, nous serviront de conclusion appropriée : 

Ils ne savent pas que ton massif se dresse

Seulement pour qui le vainc en marchant

Et qu’un peuple d’assis n’atteint que le néant

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*source : la catalogne nord en quête d’identité de J.F Casteix

 

 Les étapes du parcours du 1° au 9 juillet 2012

1° jour : Paris – Saint Laurent de Cerdans

2° jour : Saint Laurent de C- Pla de la Muga- Lamanère-Beget

3° jour : Beget-Mollo-Espinavell

4° jour : Espinavell –la Tour de Mira- Prats de Mollo

5° jour : Prats de M- Vallon du Graffouil- Chalet Las Conques

6° jour : Las Conques- Pla Guillem- Mariailles

7° jour : Mariailles-Les Esquerdes de Rotja-Mantet

8° jour : Mantet – Nyer- Olette

9° jour : Olette-Villefranche de Conflent-Paris

 

 

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D
Bravo a vous pour ce périple et Merci à joelle de nous representer!!! A bientôt
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