201410 Mesdames de Fontenay

Publié le par club rando

Dans la fraîcheur du matin, caché en partie par le moutonnement des collines qui s’étalent à ses pieds, le village de Fontenay-Saint-Père (78440) se découpe dans  la beauté parfaite des premiers rougeoiements du soleil levant. A son centre, le clocher de l’église semble se tasser pour mieux divulguer la nucléarisation de ses nombreux quartiers. Ici, pas de traces d’arrogance moderniste ou d’oppression pavillonnaire. Les maisons villageoises, jolies et coquettes,  sont construites en pierres centenaires d’une tonalité sable et craie.

Après l’alternance de côtes et descentes, qui à saute-mouton jalonnent la traversée de la commune, les 21 participants découvrent enfin l’accueillant parking du terrain communal choisi comme lieu de rendez-vous.

font 1Depuis plusieurs années qu’elles arpentent les chemins, les douze randonneuses présentes ce 17 octobre  n’ont pas changé d’un iota. Indémodables,  intemporelles. Elles résument d’une simple maxime l’engagement construit avec le groupe : Rester dynamiques et ne pas jouer les divas ! Elles vivent dans l’empathie, respirent la douceur et pétillent d’intelligence affective. Leurs compagnons de jeu sont sincères quand ils avouent, qu’avec elles, il faut enfiler les clichés laudateurs comme des perles. Malgré la gêne palpable des compliments reçus, elles s’affirment au fil des sorties comme de grandes dames de la route, celles qui tracent les pistes les plus agréables à suivre.

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C’est bien le cas aujourd’hui. Fabien présente et dirige le parcours. Mais chacun devine l’influence affectueuse de Fabienne, qui avec tact et finesse, en a corrigé les grandes lignes et arrondi les contours.

font 3Le circuit démarre dans le cœur ancien du village et près de nombreux lavoirs. La signification de Fontenay viendrait de la déformation du mot latin "fontana" désignant un lieu où jaillissent les fontaines.  Quant à Saint Père, il serait simplement une altération de Saint Pierre.

L’itinéraire s’infléchit plein nord pour traverser les forêts qui ceinturent Drocourt. Le sol s’avère spongieux, boueux et retarde la progression. Mais là où d’aucuns ne verraient qu’encombrement, nos randonneuses du jour ramènent ce passage à un divertissement qu’il convient de déjouer sans stress ni tension. Elles sortent en tête du bois, l’exercice n’ayant représenté pour elles qu’un moyen amusant de replonger en enfance.

font 4L’itinéraire pique vers l’est pour rejoindre au loin l’entaille de la rivière la Montcient. Cette partie du Vexin français suscite les convoitises grandissantes du B.T.P qui y exploite déjà des carrières. Le groupe Calcia  a annoncé sa décision d’acquérir les gisements de calcaire sous le plateau qui relie la Seine et  la Montcient . Pour le moment la volonté d’agir s’est arrêtée aux seules études d’impact. L’exhumation des filons laissera forcément des traces qui vont modifier les paysages concernés. Les résidents et cultivateurs se dressent vent debout contre l’exploitant et affichent leur détermination avec tous les moyens visibles possibles

font 5Le sacristain du village de Sailly ouvre les portes de son église comme il ouvre son cœur. Peut-être homme de foi, il s’affirme vite comme homme de passion, tant transpire l’attachement qu’il porte à cet humble édifice de 1854, sans patrimoine reconnu. Il présente avec fierté la statuaire des saints qui traduisait la dévotion des paroissiens. Il avoue une certaine tendresse pour Saint Dominique toujours accompagné de son chien. Il honore surtout Saint Sulpice auquel l’église est dédiée. Ce dernier, dont l’hagiographie apparaît bien pâlotte, eut la bonne idée de former des séminaristes pour assurer la béatitude de son nom.

font 6Malgré son nom, la "Cave aux Fées" à Breuil-en-Vexin n’est pas un lieu où l’évocation de la mythologie s’associe à l’esprit du vin. Il s’agit en fait d’une allée sépulcrale qui renfermait les dépouilles d’ancêtres gaulois inhumés approximativement il y a deux mille ans. Les dalles de couverture ont disparu et ne reste que l’allée centrale. Les  défunts étaient déposés dans cette chambre, souvent parés de bijoux et entourés d’offrandes.

Près du site, les mystères de la destinée humaine et de la civilisation druidique accaparent quelques instants les discussions du groupe.

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Après le déjeuner pris sur le bord d’un étang, la montée vers le hameau de Saint-Laurent doit faciliter la digestion. Les femmes communient entre elles, en petits groupes sans cesse renouvelés. Ce rapprochement, autant que la parole,  leur fait du bien. Elles se sentent bienveillantes et prêtes à s’épauler. La pente est avalée sans qu’elles s’en aperçoivent.
font 8 Juste avant le retour sur Fontenay,  l’itinéraire amorce un coude sur la droite. Le chemin, lui,  continue vers le village de Guitrancourt où est enterré Jacques Lacan.

En 1951 ce psychanalyste y acheta une maison de campagne appelée "La Prévôté". Jusqu’à sa mort en 1981, il s’y réfugia pour recevoir ses patients en analyse ou donner des réceptions lui permettant de se mettre en scène. Ce réinventeur du freudisme fut célébré comme un phare de la pensée et de l’intelligence mais aussi qualifié d’affabulateur ou d’escroc intellectuel. Le thème de la mort était important dans la pensée lacanienne. Elle relève du domaine de la foi et rend la vie supportable. Lacan développa aussi  l’idée de la "seconde mort "

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La vie s’arrête-t-elle à la mort physique ? Cette interrogation permanente de l’humanité ne divise pas que les religions, les athées et les philosophes. Elle intéresse aussi quelquefois d’autres acteurs inattendus. Sur le chemin du retour, une preuve surprenante en est fournie par une randonneuse qui divulgue que, bien que sa belle-mère soit décédée depuis douze ans, celle-ci continue à recevoir les catalogues…. de Damart !

 

Le parcours

Fontenay-Saint-Père, bois de montgison, Drocourt, chemin de la longue haie, D 913, Sailly, les grandes fontaines, la Cave aux Fées, étang de haubert, Breuil en Vexin, Saint-Laurent, bois de moussu, le GR2 en direction de Fontenay

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