201411 Ce que nous savons de Marseille

Publié le par club rando

Ce quatre novembre, juste avant l’arrivée à Marseille, la pluie qui frappe les vitres du Tgv ruisselle en courbes sinusoïdales d’une régularité parfaitement métronomique. La météo avait bien annoncé cet épisode cévenol, prévu heureusement pour disparaître dès le lendemain. Alain, qui se refuse à ce que le moral de ses douze compagnons fléchisse, garde l’humeur badine et lance alors à la cantonade un calembour approprié. "Ce que nous savons de Marseille, c’est qu’elle n’arrête pas de se faire mousser". Ce  jeu de mot amuse et son fond est justifié. La cité phocéenne et sa proche région sont sous les feux des projecteurs. Forte depuis peu d’être la capitale européenne de la culture, Marseille est à la mode et devient tendance. La ville a su profiter de cette impulsion pour développer tous ses attraits touristiques y compris ceux liés aux plaisirs pédestres. L’envie d’y trainer nos guêtres a vite suscité l’adhésion. Le souvenir de l’étang de Berre ravive encore pour certains une vive nostalgie. Pour d’autres, qui n’ont rien connu de ce passé professionnel, la magie des lieux suffit à en faire une destination qui attire et unit.

mar 1Mais on ne commence pas une visite par effraction. Nous connaissons bien les bonnes manières pour l’ignorer. Le secteur de Martigues se doit d’être la cible de nos premières attentions. Posée au point de rencontre entre l’étang de Berre et le chenal de Caronte, la ville cultive son image de ville opposée, à la fois industrielle et historique. L’activité pétrochimique a bouleversé au sud les terres arides de Lavèra. De grands ensembles ont remodelé un nouveau territoire urbain sur les premiers flancs de la chaine de l’Estaque. Le centre de Martigues reste le support attractif du tourisme culturel*. Malgré la pluie persistante, nous suivons la piste des clochers des trois quartiers constitutifs de la ville, séparés par des canaux qui abritent toujours une flottille de vieux pointus à voile latine.

mar 2

La sortie du lendemain, consacrée à la découverte des étangs au nord de Fos, débute sous le signe de la rencontre. Quelques randonneurs du comité de Lavèra, conduit par Patrick, ont la gentillesse de nous accompagner. C’est un groupe dont l’hospitalité sent autant le pastis que la générosité. Nos nouveaux amis sont gais, se livrent sans réticence mais leur bonne humeur extérieure sait aussi se mêler de retenue. De leurs vies actuelles, ils ne font allusion qu’au bonheur du temps. Ayant cependant une réputation à défendre, ils se sont surtout empressés de ramener le soleil.

mar 3

Les vestiges du château de l’Hauture dominent la ville de Fos et l’ancien canal creusé par les troupes de Marius dont elle tire son origine (Fossis Marianis). C’est le point de départ de la balade des étangs. Anciennes salines, larges roselières ou bassins creusés pour l’industrie, toutes ces zones d’origine diverse se reconvertissent en sanctuaire pour les oiseaux du marais. L’hiver, les eaux stagnantes hébergent les petites espèces comme les colverts ou les foulques. L’été, les échassiers ne se gênent pas de s’y nourrir de micro-crustacés qui sont la base de leur alimentation. Un petit chemin dans le bois de Castillon conduit au site archéologique de Saint-Blaise. Il témoigne de la superposition d’habitats disparus : un oppidum gaulois, une cité paléochrétienne et un castrum moyenâgeux. Abandonné puis pillé, Saint-Blaise a été enfoui sous la végétation. Il devait son existence et sa richesse à l’exploitation des marais salants limitrophes. Christian, comme pendant tout le reste du séjour, nous incite à le suivre. Il le fait à sa manière, pleine de précautions oratoires et de pointes d’humour. Mais il reste ferme sur le parcours. Il sait que son complet accomplissement sera garant de sourires sur les visages et de rêves dans les yeux. Sous sa conduite, le retour de la balade s’effectue  le long de l’étang de Berre. La montagne Sainte-Victoire, qui cachait jusqu’alors son arrière-plan austère, se laisse découvrir au fond de l’horizon pour entamer son salut au soleil couchant.

mar 4

La cuvette de Saint-Pierre, soigneusement encadrée par des alignements d’oliviers, est protégée de la mer par un moutonnement de pinèdes qui plongent sur la méditerranée. Encore un ultime virage et la Côte Bleue se dessine  et nous attend.  Nous suivrons son littoral par le chemin des douaniers de Carro à Carry-le-Rouet.

mar 5

En ce début de matinée, grâce à une tramontane naissante, le ciel s’est paré d’une luminosité épurée. Avec la complicité du soleil levant, il devient d’un bleu tellement intense qu’il finit par faire plisser les yeux. Sur la grève les rayons solaires plongent directement dans la profondeur de l’eau pour offrir la transparence des fonds marins. A certains endroits les pins de la côte, torturés par l’effet des vents, s’accrochent à l’horizontale sur de petites falaises. Quel que soit l’endroit où l’on regarde, la nature fait tout pour séduire. La sensation de plaisir est intense, la beauté partout.

mar 6

Le rivage rocheux, entaillé par l’érosion, est percé de carrières à fleur d’eau exploitées depuis l’antiquité pour construire Marseille. On embarquait directement les pierres à partir de marges rocheuses qui servaient de quais. A l’anse de Sainte-Croix, l’attention des randonneuses se porte sur l’entrainement d’une troupe de  marins-pompiers. Au sortir d’un exercice aquatique ces nageurs investissent la plage, un peu comme des héros antiques qui surgissent de l’onde et prennent des corps terrestres pour diriger les destinées humaines.

mar 7

Les falaises succèdent aux galets. Quelques panneaux dissuasifs engagent la responsabilité des marcheurs pour cause d’éboulement de parois friables. On les évite mais pas la traversée de Sausset-les-Pins, longue et urbaine.  Où est donc le sentier censé  préserver la côte ?  Il revient heureusement à l’approche de Carry d’où se découpent dans un ciel lointain les montagnes de Marseille qui sera l’étape du soir.

Le temps imparti pour visiter la ville ne permet pas de deviner la fracture qui la traverse. Nous avons pris l’option de choisir le meilleur. Admirer Marseille dès neuf heures du matin de  Notre-Dame de la Garde est le premier plaisir du jour. Rien n’échappe à la vue, ni la ville, ni son environnement terrestre et marin. Vers l’est une ligne sombre de nuages se refuse de passer la ligne du Rhône pour garder toute sa pureté au ciel. En descendant vers le Roucas-Blanc la campagne s’invite dans la ville. Le bonheur s’y mérite car beaucoup de villas souffrent d’un accès difficile.

mar 8

A leur pied, du côté du Parc Valmer, il convient de saluer le marégraphe qui détermine au niveau de la mer le point zéro de l’altitude de la France. Les immeubles de la Corniche admirent les flots tout proches et les navettes qui déposent les visiteurs au Château d’If. Une élégante passerelle relie le Fort Saint-Jean, admirablement  restauré, au tout récent MuCEM. Le bâtiment habillé d’une résine de béton anthracite est à lui seul une œuvre d’art. Sa forme rectangulaire est échancrée à son sommet d’une lumineuse terrasse, véritable poumon de l’édifice avec vue sur le grand large.

mar 9

Deux types de population habitent le Panier. Celle issue de l’immigration et une plus récente qui vient d’investir ce quartier depuis sa nouvelle rénovation. Les commerces qui s’y créent ou s’y transforment s’adressent davantage aux touristes ou aux gens de l’extérieur. Le romantisme du quartier populaire séduit les générations nouvelles et le charme de l’ancien  opère toujours.  Près de la ravissante place des Moulins "l'hôpital ne se fout plus de la charité". L’ancien Hospice de la Charité s’est transformé en un somptueux espace d’exposition et de congrès. Mais c’est plus une réhabilitation qu’une rénovation car l’affectation nouvelle gomme un peu le souvenir du passé. Juste au-dessus de la mairie, le cadran de la façade de l’Hôtel-Dieu, transformé en palace, rappelle que le train du retour n’attendra pas.

mar 10

La voie du Tgv pour Paris vient d’être annoncée. Avant que les randonneurs ne se dispersent, Alain très sérieusement les invite à ne pas monter dans un "wagabon". Il s’explique en souriant. Il s’agit "d'une voiture récalcitrante qui décide de vivre hors des rails". On veut féliciter l’auteur de son bon mot, mais il a déjà disparu, happé par l’ouverture automatique des portes. Tant pis, on le saluera à l’arrivée !

 

*Source : Article de S. Bertran de Balanda - Rives Méditerranéennes  09/2014


Les Parcours

4 Novembre :  Les quartiers de Martigues.(Jonquières, l'Ile, Ferrières)

5 Novembre :  Castrum de Fos, les étangs de l'Estomac et d'Engrenier, forêt de Castillon, Saint-Blaise, le Ranquet,

les rives de l'étang de Berre.

6 Novembre :  Carro, Cap Couronne, Port de Tamaris, Sausset les Pins, Carry le Rouet (par le sentier littoral)

7 Novembre : Notre-Dame de la Garde, Endoume, la Corniche, Fort Saint-Jean, le Mucem, le Panier, Saint-Charles

(promenade urbaine)

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