201411 la révolte du Tiers-Etat

Publié le par club rando

Au sortir de la gare, une impression agréable réjouit les 26 marcheurs pendant qu’ils se dirigent vers la mairie de Versailles où est prévu le regroupement. Ce cinq décembre, le thermomètre est remonté du rouge vers le noir et le froid pique moins fort que la veille. Quatre degrés de plus, et les appréhensions informulées tombent. Le courage pris pour venir s’avère payant.

ver 1

André a organisé cette visite de la ville. Il a imaginé une recette où deux ingrédients se lient en une mayonnaise homogène. Le constat du présent et  l’évocation du passé vont donner l’illusion surprenante de l’intemporalité.

ver 2

Le guide du jour explique le plan du centre-ville, structuré en fonction du château. Pour la première fois dans l’histoire de la France, le roi, le gouvernement et les grands seigneurs sont réunis dans un même lieu. On sent l’influence royale dans les trois grandes avenues qui convergent en patte d’oie devant la Place d’Armes. Elles affirment que le château est bien le cœur du royaume. Entre ces avenues se situent les anciens chenils, louveteries et grandes  écuries. Cette zone centrale se prolonge plus loin par les beaux hôtels dévolus à la noblesse ou aux institutions. De chaque côté des axes centraux, rivalisent les deux quartiers historiques créés par Louis XV : Notre-Dame et Saint-Louis. Ils se regroupent autour de leur église et se divisent en damiers à partir d’un point central, respectivement le marché Notre-Dame et le carré Saint-Louis.

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Pour éviter l’omission, André a construit son parcours de manière exigeante.

Les traces de l’hôtel des Menus Plaisirs qui rappellent la tenue des Etats Généraux, la maison Ripaille, ancienne et toujours vivante prison pour femmes publiques*, le palais de Madame du Barry occupé maintenant par la Chambre de Commerce, l’hôtel du  Grand Veneur reconverti en tribunal, le café Amaury à l’origine du club des Jacobins, le passage des prisons de la Geôle transformé en galeries d’antiquaires, les écuries de la Reine qui abritent l’actuelle Cour d’Appel, le parcours de la Procession des droits de l’homme qui relia les deux églises rivales, la salle du Jeu de Paume magnifiquement conservée en l’état, la dévotion curieuse et dithyrambique envers l’ardent révolutionnaire Lazare Hoche. Tous ces sites, malgré leur mutation, affirment l’intérêt qu’il faut consacrer au centre de Versailles. Le château n’est pas toute  la ville !

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En raison des retours et rappels incessants à l’histoire, quelques participants se perdent un peu dans la chronologie des faits et personnages. L’office du tourisme a bien posé des plaques informatives rédigées en quatre langues. Mais c’est une indication minimale. Chacun l’interprète comme il veut ou comme il peut, rafraîchit ou non sa mémoire puis poursuit son chemin. L’orateur connait ce piège et sait comment faire renaitre l’intérêt. Avec une certaine gourmandise, il ouvre aussi son discours sur la porte des amours royales, entrebâille la fenêtre des alcôves et distille des anecdotes sur les pratiques et les mœurs de la Cour**. La recette fonctionne à merveille.
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Les banlieues de l’ouest parisien intègrent maintenant Versailles à la zone métropolitaine, mais la ville semble toujours distincte de ses proches voisines. Dans ses rues, des boutiques échappent à la modernité excessive. Quelques-unes même ressemblent à des magasins de province à la devanture délicieusement entretenue à l’authentique. La municipalité a transformé les vieilles cours et les ruelles en y développant le petit commerce et l’artisanat. Le marché central reste un petit bijou de marché à l’ancienne. Vers midi, les écoliers ou collégiens envahissent comme des moineaux les jardins publics. Apparemment la ville s’attache à donner à l’éducation un environnement favorable.

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Mais aujourd’hui et selon le choix de son initiateur, le regard des marcheurs s’est particulièrement posé sur la préface des manifestations qui vont amener au changement de régime. Etrange paradoxe de Versailles, à la fois caricature de  l’absolutisme royal mais aussi foyer des premières brèches qui vont l’emporter. Les principaux évènements sont intervenus aux Menus Plaisirs. C’est là que les députés se constituent en Assemblée Nationale et votent la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est en ce même lieu que Sieyès affirme que le Tiers-Etat n’est ni l’attelage ni la dernière roue du carrosse mai bien le cocher qui le guide.

ver 7Malheureusement l’édifice a disparu et son souffle épique ne peut plus être ressenti. L’émotion est tout autre dans la salle du Jeu de Paume. C’est le premier acte officiel de rébellion. Le mur du fond recouvert par le tableau du serment, embrasse la symbolique de la révolution naissante. Sur les côtés de la salle, la statuaire des principaux acteurs de l’évènement renforce l’impression de vécu/

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André en profite pour adresser un propos inattendu qu’il énonce devant tous : A partir de ce jour, le Tiers- Etat s’affirme. Le champ de l’action et des idées ne sera plus verrouillé par l’ordre établi. Commencera alors la fin des privilèges !

Mais c’est un message à double lecture. Il  vise en fait l’animateur du club, qui surpris,  le reçoit et le décrypte.

Celui-ci saura-t-il l’intégrer à la prochaine A.G. ?

ver 9

*C’est aujourd’hui une autre séductrice qui attire les journalistes devant les portes de la prison pour femmes

** Ont été principalement évoqués : l’appétit carnivore de Louis XV, les performances de Madame du Barry, le portrait singulier de Monsieur, frère du roi

 

Le Parcours

La Mairie, l' Hôtel des menus plaisirs, la prison pour femmes, l''hôtel de Madame du Barry, la préfecture, le tribunal, le quartier Notre-Dame et son marché, l'église Notre Dame, les anciennes écuries, la rue de la Procession,  le quartier Saint-Louis,le potager du roi, le carré Saint-Louis, le parc aux cerfs

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Sirot 06/12/2014 22:21

4 degrés de plus que la veille! Malgré cela beaucoup de doudoune, bonnet .....
Mais vous pouvez ´´chambrer'´ les gens du sud, ici il pleut! Beaucoup!souvent!trop souvent depuis qq temps