2015b Françoise, la fausse ingénue

Publié par club rando

Cet article fait suite à la randonnée du 27 mars 2015 relaté dans la chronique
" Le changement c'est Maintenon"
Son auteur André L, séduit par la personnalité de Madame de Maintenon , a tenu a mieux cerner ce personnage historique, trop facilement distingué comme "une belle ingénue confite en bigoterie "
Et bien , à vous maintenant de vous faire une opinion !

Madame de Maintenon (1635-1719)

Cet exposé est principalement tiré de l’ouvrage « iconoclaste et dérangeant » de Julien Guelfi, édité en 1986, lequel met l’accent sur « la fausse dévotion » de la seconde épouse de Louis XIV, alors que le« best-seller » de Françoise Chandernagor « L’Allée du Roi », s’appuyant presque essentiellement sur les nombreuses correspondances de Madame de Maintenon, ne donne de celle-ci qu’un portrait convenu, bien fidèle à l’histoire traditionnelle et à la volonté de l’héroïne.

Les faits marquants de sa vie sont connus et admis par tous les historiens ; par contre l’interprétation et le sens de ce que l’on peut qualifier d’ascension vers le pouvoir peut varier en fonction des différentes sensibilités et du contexte historique et religieux.

La lecture des différents écrits et lettres de l’époque dresse le tableau véritable, cohérent de l’adolescence à la mort, de celle qui fut presque Reine de France. Ses contemporains, de Madame de Sévigné à la princesse Palatine, belle-sœur du roi, en passant par Saint Simon, s’accordent à décrire le personnage de façon « ni distinguée ni tendre…voire injurieuse ».

« Je ne mets point de borne à mes désirs » disait celle qui, après sa naissance en prison, son enfance marquée par la pauvreté et même la mendicité, son mariage avec un poète infirme et libertin, la compagnie galante de Ninon de Lenclos et de ses amants, gravit toutes les étapes de l’échelle sociale pour incarner ensuite « l’amour dévot » et devenir la deuxième épouse du Roi Louis XIV.

Par ailleurs, comment la petite fille d’Agrippa d’Aubigné, grand dignitaire du Protestantisme français, compagnon d’Henri de Navarre, qui participa à l’élaboration de l’Edit de Nantes, a pu être associée à la révocation de cet Edit de Nantes presque un siècle après et donc à l’exil et au massacre des protestants à la fin du XVIIème siècle ?

Personnage hors du commun, Madame de Maintenon mérite toute notre attention. Cependant, en raison de l’importance du sujet, il ne sera question, dans ce résumé d’une vie exceptionnelle, que de l’ascension de Françoise vers le « pouvoir », parcours dont le point d’orgue sera le mariage secret entre Louis XIV et la Marquise de Maintenon.

Françoise d’Aubigné naquit le 27 Novembre 1635 à la conciergerie de la prison de Niort.

On trouve des d’Aubigné dans la noblesse très ancienne.

Le grand-père, personnage illustre

L’arrière grand-père de Françoise, Jean d’Aubigné, passa du catholicisme au Calvinisme et participa dès 1562 aux guerres de religion ; il fut le porte-parole des Huguenots auprès de la reine Catherine de Médicis.

Son fils, Agrippa d’Aubigné (1552-1630), très érudit, fut un familier et compagnon d’Henri de Navarre, futur Henri IV, et participa à l’élaboration de l’Edit de Nantes (1598) mettant fin aux guerres de religion et instaurant la paix religieuse en France.

Homme de guerre, mais aussi écrivain et poète, il composa « les tragiques », poème épique à l’encontre des Catholiques ; auteur d’une « Histoire Universelle » qu’il acheva en 1610

2015b Françoise, la fausse ingénue

Autant le grand-père de Françoise d’Aubigné fut un personnage illustre et une grande figure du Protestantisme français, autant son père, Constant d’Aubigné, fut une personne abjecte.

Père, homme abject et criminel

Constant d’Aubigné (1585-1647), adonné au jeu et à l’ivrognerie, s’est d’abord marié à une riche baronne de mauvaises mœurs qu’il tua avec son amant. Gracié grâce à l’intervention de son père, il abjura la religion protestante pour le catholicisme (il fit la « navette » plusieurs fois entre les deux religions).

En 1627, il épousa en secondes noces Jeanne de Cardilhac (de la grande famille catholique Montalembert) ; faussaire, il fut emprisonné pour dettes à la prison Trompette de Bordeaux, commandée par son beau-père, M.Cardilhac, lequel avait permis à sa fille Jeanne de rester auprès de son mari en prison. Transféré à la prison de Niort, Constant d’Aubigné put continuer de bénéficier de la présence de son épouse en milieu carcéral ; c’est ainsi que fut conçue Françoise d’Aubigné, future Madame de Maintenon, qui naquit le 27 Novembre 1635 à la conciergerie de la prison de Niort. Aussitôt née, Françoise fut baptisée ; son parrain était le comte de la Rochefoucault.

Françoise, toute enfant, connut l’indigence et le malheur jusqu’à ce que Madame de la Villette, fille d’Agrippa d’Aubigné, la sœur de son père, l’hébergea et l’éleva dans son château de Murcay en Poitou jusqu’à ses 9 ans, dans la religion protestante.

Jeanne, la maman, obtint la libération de son mari à condition que celui-ci abjurât la foi protestante ; il décida ensuite de partir chercher l’aventure aux Antilles(1644).

Ce fut un voyage difficile au cours duquel Françoise, très malade sur le bateau, considérée comme morte, ne dût la vie sauve qu’à la perspicacité de sa mère qui s’aperçut au dernier moment que son cœur battait encore alors qu’on allait la jeter à la mer.

Durant son séjour en Guadeloupe, Marie Galante, Martinique et Saint Christophe, elle découvre chez les jeunes noirs des îles une grande liberté de moeurs qui ne sera pas sans incidence sur sa jeunesse parisienne puisqu’on la surnomma « la belle indienne ».

Faute de ressources, le père ayant dilapidé tout l’argent de la famille au jeu, il fallut rentrer en France et quitter les îles aux mœurs si libres et agréables (1647).

Accablée de dettes, la famille, installée à La Rochelle, se livra à la mendicité pour vivre. Françoise repartit chez sa tante, Madame de Villette, se reconvertit au protestantisme jusqu’à ce qu’elle soit reprise par sa marraine (Montalembert) et confiée aux Ursulines de Niort avant d’abjurer définitivement la religion réformée chez les Ursulines à Paris.

Sa mère venait d’obtenir une pension de la famille d’Aubigné lorsqu’elle mourut en 1650 ; son père était décédé en 1647 dans des conditions assez troubles sur la route de la Turquie.

Jeanne d’Aubigné avait eu le temps de recommander à sa fille Françoise de tout craindre des hommes, mais Françoise n’avait pas peur.

Madame de Neuillant, sa marraine Montalembert, la promène dans Paris en attendant qu’on la lui « prenne » ; Françoise, belle, précoce et très intelligente, ne demande que ça.

Le marquis de Chevreuse se déclara le premier. Le chevalier de Méré, bel esprit libertin et athée, son aîné de 26 ans, se vit confier son «éducation mondaine » ; c’est là qu’elle connut le salon de Scarron.

Paul Scarron, né en 1610, avait 25 ans de plus qu’elle, appartenait à la noblesse avec dans sa famille plusieurs conseillers au Parlement.

Abbé au Marais, n’ayant pris que le « petit collet », simple habit ne permettant aucun sacrement, le jeune Scarron, dispensé des vœux, s’amusait ferme ; très élégant et habile, dansant bien, jouant du luth, il fréquentait les femmes « légères et lettrées » comme Marion Delorme et Ninon de l’Enclos.

En 1638, année de naissance de Louis XIV, une maladie (de garçons… ?) s’abattit sur Paul Scarron, elle le laissa difforme, grotesque et douloureux..

En 1650, quand Françoise vit Scarron pour la première fois, lui avait 40 ans, elle 15, il était affreux, ne pouvant plus se redresser, ressemblant à un Z.

Malgré son aspect terrifiant, Françoise n’eut pas peur. Très tôt, l’idée lui vint d’épouser l’infirme. La situation financière de ce dernier, très moyenne, restait cependant bien supérieure à celle de la jeune fille ; mais surtout, chez Scarron, en 1650, Françoise rencontrait Ninon, Madame de Scudéry, les Villarceaux, Madame de Sévigné, le cardinal de Retz, le Maréchal d’Albret. Scarron touchait au grand monde, il était connu des princes…

2015b Françoise, la fausse ingénue

Ninon initie Françoise

Ninon avait 23 ans de plus que Françoise ; riche, cultivée, intelligente, elle collectionnait les amants.

A la demande de Scarron, Ninon accepte de loger Françoise d’Aubigné qui lui plut très vite.

« Nous étions réellement comme deux sœurs, je la rendis confidente de mes amours avec Villarceaux » ; imprudence, Françoise allait aussitôt lui prendre son amant.

Un portrait de Françoise nue, sortant du bain, peint par Louis de Mornay, marquis de Villarceaux, est actuellement exposé au château de Villarceaux. Ce tableau pourrait témoigner des liens intimes existant entre le marquis et la future Madame Scarron ; l’écrivain La Beaumelle, contemporain de Voltaire, écrit dans les « Demoiselles de Saint-Cyr » : « Françoise était présentée en profil, sortant du bain à mi-jambes, l’œil ardent, la bouche friande ». Force est de constater que la description est fidèle. (cf le portrait ci-joint).

Il est bien certain que ce tableau constituait un danger permanent pour la réputation

2015b Françoise, la fausse ingénue

Les témoignages sur l’intimité des relations de Ninon et de Françoise ne manquent pas. Ninon écrivit ce que les contemporains savaient bien : « Nous devînmes si intimes que pendant des semaines nous n’eûmes qu’un seul lit ».

Premier mariage de Françoise avec Paul Scarron, mai 1652.

Le salon du poète devient celui de sa femme qui, reprenant son instruction apprend le latin, l’italien, l’espagnol.

La vie conjugale de la jeune femme ne pouvait qu’être impossible avec l’infirmité de son mari. Devenue veuve, elle écrivit à son frère Charles : « Vous savez que je n’ai jamais été mariée ».

Scarron aurait dit de sa femme : « Je ne ferai pas de sottises, mais je lui en apprendrai beaucoup ». Il tint parole.

Sur la fidélité conjugale de Françoise, Ninon disait : « Je ne sais rien, je n’ai rien vu mais je leur ai souvent prêté ma chambre jaune, à elle et à Villarceaux ».

Le Roi paraît et Scarron meurt.

En 1652, année de mariage de Françoise, la France sortait de la Fronde. Louis XIV, âgé de 14ans, rentrait dans Paris et rappela Mazarin.

Les pièces de Scarron connaissaient le succès.

Le 26 août 1660, le Roi qui venait de se marier à Saint Jean de Luz avec l’infante Marie-Thérèse d’Espagne, fit, à 22ans, son entrée triomphale dans Paris ; Françoise, qui avait 25 ans, l’admirait déjà.

Ninon avait invité Françoise à la réception fastueuse du surintendant Fouquet à son château de Vaux pendant 3 jours. A leur retour, elles trouvèrent Scarron mourrant, après un bon repas.

Les larmes de Madame furent de courte durée. « Elle avait pleuré son mari comme si elle avait perdu quelque chose ». Elle devait écrire plus tard : « Quand j’étais avec ce pauvre estropié… » Pitié sûrement, mais point d’amour !

Françoise Scarron, jeune veuve.

Après le décès de Scarron, Françoise se retira au couvent des Hospitalières de la place Royale non pour prononcer les vœux mais pour faire des économies. Comme Mazarin lui avait supprimé la pension de Scarron, elle se tourna vers le surintendant Fouquet mais refusa ses avances ; sa démarche auprès de la Reine Mère, Anne d’Autriche fut positive. Au-delà de l’argent, elle avait obtenu l’occasion d’aller remercier la Reine Mère.

En secret, elle continuait à s’amuser, à voir de Villarceaux et d’autres…Maréchal d’Albret, et fréquentait les salons de la duchesse de Richelieu où elle rencontrait, entre autres les Montespan.

Madame de Montespan, née Athénaïs de Mortemart, famille de la haute noblesse, venait régulièrement dans ces salons et Françoise Scarron comprit bien vite les desseins de la ravissante marquise et décida de s’attacher à sa personne avant même qu’elle ne réussit à se hisser dans le lit du Roi.

Françoise se fabrique une bonne réputation.

Si elle repousse tous les partis, le jeune Roi, par contre, captive toute son attention. Louis XIV est brave à la guerre mais surtout, il devient très facilement amoureux ; on ne compte plus déjà les amours du jeune souverain…

Une brève étude de marché montrait clairement qu’il était permis d’investir…

Le mariage n’avait pas diminué les besoins amoureux de Louis XIV qui rencontra Louise de la Vallière à la réception fastueuse chez Fouquet.

Cependant Madame de Montespan piaffait derrière Louise, attendant son heure et Françoise Scarron, un peu plus loin, guettait.

De trois ans plus jeune que le Roi, Athénaïs, d’une beauté éclatante, doté d’un esprit brillant et redoutable, voyait Louis XIV tous les jours chez la Reine et tous les soirs chez Louise ; elle avait su se faire aimer de la Reine espagnole qui, d’ailleurs, ne comprit rien et qui, découvrant plus tard son infortune traita la Montespan de « pute », sachant déjà suffisamment la langue française pour appeler les gens par leur nom.

2015b Françoise, la fausse ingénue

Dans ce combat des deux favorites, Françoise fut toute acquise à Madame de Montespan. Pour l’instant, elle n’avait à attendre aucun secours de Louise, elle fut donc contre elle.

Françoise ne se préoccupait que du Roi et affichait une dévotion tout à fait nouvelle, fréquentait de manière assidue confesseurs et directeurs de conscience.

Le caractère artificiel de cette dévotion commençait à susciter bon nombre de commentaires.

Gouvernante

En 1669, Françoise Scarron a 31 ans et la ravissante Madame de Montespan est enceinte des œuvres du Roi. Mais il faut bien prévoir à qui on va confier dans le secret l’enfant à naître. A la demande de la marquise, le Roi désigne la veuve Scarron.

Mais, de façon surprenante, Françoise exige de recevoir directement l’ordre du Roi lui-même, elle écrit textuellement : « Si les enfants sont au Roi, je veux bien ; je ne me chargerais pas sans scrupules de ceux de Madame de Montespan…Il faut que le Roi me l’ordonne, c’est mon dernier mot ».

Il est bien évident que dans cette lettre Françoise est bien décidée à accepter la charge mais elle a osé provoquer le Roi qui lui envoie son ministre Louvois ; nouveau refus : « Si l’enfant est au Roi, je le veux bien, mais dans ce cas-là, il faut qu’il me l’ordonne lui-même, je ne me chargerai pas de l’enfant de Mme de Montespan ».

Louis XIV consentit à demander lui-même et Mme Scarron accepta.

Cette volonté tenace devait lui attacher le Roi par un lien définitif et lui ménager des occasions multiples de longues rencontres seul à seul avec le souverain.

Mme de Montespan accoucha dans le plus grand secret de son premier bâtard ; Mme Scarron prit un fiacre qu’elle avait fait attendre dans une rue voisine, arriva masquée, se saisit de l’enfant couvert d’une écharpe et l’emporta.

Tous les ans ou presque, Mme de Montespan donne au Roi un nouvel enfant et, ce, pendant huit ans. Le second, le Duc de Maine, naquit le 31 mars 1670 ; Mme Scarron vit tout de suite le parti qu’elle pouvait tirer de la naissance de ce premier garçon et l’histoire confirmera ses espérances.

2015b Françoise, la fausse ingénue

Sur ces entrefaites, survint l’étrange disparition d’Henriette d’Angleterre, première épouse de Philippe d’Orléans, frère du Roi dit « Monsieur ». Intelligente,et bonne, femme politique, formée à la diplomatie, elle obtint avec l’Angleterre des résultats décisifs. Elle meurt à 26 ans.

Ce fut une chance pour Mme Scarron car Henriette, qui la détestait, avait discerné chez elle une intrigante arrivée près du Roi dans le sillage de Mme de Montespan.

Monsieur se remaria en 1671 avec Elisabeth Charlotte, fille de l’Electeur Palatin dite « la Palatine », très aimée de Louis XIV, qui se montra également très hostile à Mme Scarron. La Palatine, « Madame », d’une droiture exemplaire, était dégoûtée par la licence qui régnait à la cour.

L’assaut

Mme Scarron a du travail, cinq enfants devaient naître en huit ans ; à chaque naissance, la même comédie : on appelle Françoise qui attend, masquée, dans la cour du château de Saint-Germain et qui emporte le nouveau-né dans une couverture.

Afin de garder le secret, le Roi offrit à Mme Scarron une maison isolée à Vaugirard, à la limite sud de Paris.

La vie de Françoise apparaît comme un calvaire ; elle a 37 ans, elle vieillit mais son ascension est inexorable ; elle appelle toujours Mme de Montespan la « belle dame » mais elle la hait.

Celle-ci, en raison de sa conduite, est de plus en plus rejetée par l’Eglise.

Le drame que commence à vivre la maîtresse officielle ne peut que profiter à Mme Scarron, espiègle et gaie.

Dès 1672, les querelles religieuses étouffées par l’Edit de Nantes de 1598 se manifestent de plus en plus ; Françoise est favorable aux catholiques. Personnellement, elle ne croit sans doute pas à grand-chose, mais elle incline du côté du plus fort. Elle veillait à abonder dans le sens du Roi sur le plan religieux de manière à lui plaire.

Louis XIV la rencontrait souvent dans de longs tête à tête à Vaugirard, il disait : « Mme Scarron sait bien aimer et il y aurait du plaisir à être aimée d’elle ».

Tandis que le Roi s’éloigne de Mme de Montespan en raison de l’hostilité des prêtres que Françoise encourage, il se rapproche de plus en plus de cette dernière.

Chez elle, les affaires de coeur vont de pair avec les affaires d’argent ; la pension de Mme Scarron triple, Rien ne se sait, tout se devine, l’argent rentre.

Mais il lui fallait maintenant faire partie de la cour. La légitimation des bâtards, donc leur rentrée à la cour, va se révéler importante pour elle.

Qui a donné à Louis XIV cette volonté si réprouvée par les princes du sang et par Saint Simon de légitimer les bâtards ?

Le 20 décembre 1673, le Parlement de Paris enregistre les lettres de légitimation du Duc de Maine, du Comte de Vexin et Mademoiselle de Nantes. Ce n’est pas la victoire de la mère des enfants, Mme de Montespan, c’est celle de la gouvernante, Mme Scarron. Pour les bâtards du Roi issus d’un double adultère, le Roi refusa que l’acte mentionnât le nom de Mme de Montespan malgré la forte protestation des membres du Parlement.

Les bâtards du Roi sont légitimés et, en conséquence, doivent intégrer la cour. Que va-t-on faire de la gouvernante ? Mme Scarron va rentrer à la cour.

Entre Mme de Montespan et Françoise Scarron c’était la guerre, parfois ouverte, parfois masquée mais toujours actuelle. Mais il fallait aussi se débarrasser de Louise de la Vallière, la première maîtresse officielle ; elle prit l’habit des carmélites et prononça ses vœux en 1674.

Après le départ de Louise, Françoise Scarron n’a plus qu’une rivale, Mme de Montespan.

Françoise achète une terre

En intégrant la cour à Versailles, Françoise a reçu une somme d’argent importante en récompense de son dévouement à Vaugirard, au service des enfants du Roi.

Le 16 décembre 1674, elle achète le château de Maintenon situé sur l’Eure à 50 kilomètres de Versailles.

Ainsi dès 1674, Françoise était établie ; elle avait sa terre, bientôt elle aura un titre.

Le 5 février 1675, publiquement le Roi la nomme Madame de Maintenon. Cette parole du Roi lui servira de titre.

Heureuse, mais orgueilleuse, elle regrette d’avoir laissé paraître son émoi ; la joie d’être débarrassée du nom de Scarron l’a désarçonnée, ce nom burlesque que la cour lui jetait à la figure et qui la murait dans sa roture.

Grandie par cette élévation, Françoise s’éloigne un peu plus des amis de Scarron.

La cabale du Carême, 1675.

La guerre continue entre Mme de Montespan et Mme de Maintenon.

En 1675, le Roi, conseillé par Mme de Maintenon, voulut avoir le Carême à Versailles. Celle-ci, amie de l’archevêque de Paris, fit venir de nombreux prédicateurs et confesseurs. Ces prêtres ne connaissaient pas les habitudes de la cour, ils étaient sincères et violents ; leur influence fut immense et énorme.

Les orateurs sacrés firent converger les sermons sur le double adultère (celui du Roi et celui de Mme de Montespan) ; Bourdaloue prêcha le carême devant le Roi et Mme de Montespan, réunis en public pour s’entendre condamner. Jamais le Roi n’avait subi de reproches aussi véhéments.

Mme de Maintenon réussit le tour de force en convaincant Mme de Montespan elle-même que son âme courait de grands dangers et que Louis XIV risquait d’être damné à cause d’elle.

La Beaumelle prétend que Mme de Maintenon paya vingt prêtres pour rappeler tous les jours dans leurs prédications la liaison du Roi et de Mme de Montespan.

« Elle créa même une ligue de piété et faisait organiser des prières sur ce sujet ; les vierges offraient de rester chastes pour obtenir de Dieu l’exil de la Marquise adultère ; les dévotes se punissaient publiquement pour cette faute, elles se frappaient, portaient ostensiblement des haires et des cilices pour expier les fautes de Mme de Montespan. De tous côtés on priait, on jeûnait, on se donnait la discipline non pas pour que la politique de la France devienne meilleure, ni pour que le peuple soit moins pauvre, ni pour que le Roi l’emporte dans la bataille, ni même pour que le Roi renvoie toutes ses maîtresses, mais seulement pour que la rivale de Madame de Maintenon soit chassée. Tout le monde pensait et disait que Mme de Montespan devait partir ».

Une femme de chambre de Mme de Montespan dit un jour Mme de Maintenon : « Madame, vous qui êtes si sainte, vous feriez mieux de tordre le cou à ces bâtards que les élever ».

Louis XIV termina se dévotions pascales et dit ensuite à Bourdaloue : « Mon père, vous devez être content de moi, Mme de Montespan est à Clagny ».L’homme d’Eglise répondit : « Oui, Sire, mais je serais plus satisfait si Clagny étaient à soixante dix lieues de Versailles ». Clagny était une demeure royale contiguë à Versailles et Mme de Montespan n’était pas allée bien loin pour expier ses fautes.

Louis XIV reçut les félicitations de Bossuet, il voulut communier avant de partir aux armées mais le prélat ne lui accorda que le sacrement de pénitence,il n’obtint pas de suite l’absolution. Les dévots de la cour applaudirent à cette sévérité. Quand vinrent les fêtes de Pentecôte, Bossuet permit enfin au Roi de faire ses dévotions et lui accorda l’absolution.

Louis XIV et Mme de Montespan, le père et la mère du Duc du Maine, décident ensemble de l’envoyer en cure à Barèges, dans les Pyrénées. Mme de Maintenon reçoit l’ordre d’accompagner le malade. Mme de Montespan espère, en l’éloignant, pouvoir plus facilement revenir en grâce auprès du Roi.

Brusquement, la nouvelle éclate à Versailles : pendant que Mme de Maintenon est à Barèges, le Roi qui n’est pas encore revenu de ses armées du Nord ordonne que Mme de Montespan soit présente à Versailles pour son retour, malgré les protestations de Bossuet ; au milieu des combats, le souvenir du lit l’a emporté.

Ce retour en grâce de Mme de Montespan se concrétise par deux nouvelles naissances en 1677 et 1678, enfants qui ne seront pas élevés par Mme de Maintenon.

Louis XIV veut consolider sa position en Europe et se rapprocher à la fois du pape et des princes allemands. Il choisit pour son fils le Dauphin une princesse catholique, la fille de l’électeur de Bavière.

Dés lors, il s’agit de constituer la maison de la future Dauphine ; il fallait entourer cette dernière de personnes moralement indiscutables, Madame de Maintenon devient deuxième dame d’atours de la Dauphine, elle ne dépend plus de Mme de Montespan. Cette nouvelle situation lui permet d’accéder au cercle des princes du sang.

Mme de Maintenon se rapproche de la Reine qui ne craint plus Mme de Montespan,très affaiblie par ailleurs, aux yeux du Roi, par l’affaire des poisons. La Reine en effet pense que Dieu a suscité Mme de Maintenon pour lui rendre le cœur du Roi que Mme de Montespan lui avait ravi ; elle lui donne son portrait enrichi de diamants.

En juillet 1683, la Reine qui a suivi son mari, le Roi, aux armées, est terrassée par une fièvre ; de retour à Versailles, le médecin du Roi, Fagon, ne comprend rien…La Princesse Palatine, avec sa rudesse habituelle, raconte : « Fagon avait fait saigner la Reine à 11 heures, à midi il lui avait donné de l’émétique et à trois heures du soir, elle était morte ».

Auparavant, la Reine avait fait appeler Mme de Maintenon ; elle retira sa bague du doigt et la donna à Françoise. Ce geste qui complétait le don de son portrait enrichi scella pour l’éternité la victoire de la Marquise de Maintenon.

La Reine Marie-Thérèse était donc morte le 30 juillet 1683 et la douleur sincère du Roi ne dura qu’un jour ou deux.

Le 10 octobre 1683, soit deux mois et dix jours après le décès de la Reine, Madame de Maintenon épousait secrètement dans la chapelle royale du château de Versailles le Roi de France.

Il n’y eut pas de publication de bans, ni aucune publicité, ni aucune déclaration. Il n’y en aura jamais. L’Eglise ne garda aucun témoignage écrit de la cérémonie alors que l’archevêque de Paris, Harlay, avait reçu le serment des époux.

Mais Françoise n’était pas Reine, elle gardait son rang, très inférieur et son nom.

Ce n’est même pas un mariage morganatique puisqu’un tel mariage est inégal mais non secret.

Louvois qui n’avait pas pu s’opposer à ce mariage et qui était présent, s’opposa à sa proclamation avec l’archevêque de Paris Harlay et, probablement, l’accord du Roi lui-même. Avec le Roi, les relations de Mme de Maintenon ne changent pas ainsi que la manière dont il lui parle en public.

2015b Françoise, la fausse ingénue

Révocation de l’Édit de Nantes

En 1685, deux ans après le mariage secret, la France connut l’un des plus grands malheurs de son histoire : la révocation de l’Edit de Nantes.

Madame de Maintenon n’a sans doute jamais eu d’opinion religieuse bien ferme. Elle l’a parfois dit, elle le montrera jusqu’à le dernière heure. Baptisée dans le religion catholique à sa naissance, elle avait été faite protestante ; redevenue catholique, puis protestante un moment puis catholique définitivement. Son grand père avait été admirable dans sa foi protestante, génial, courageux, entreprenant. Son père avait été catholique et huguenot tour à tour et aussi souvent qu’il le fallait, Mme de Maintenon avait de qui tenir

Elle n’osait pas afficher son indifférence car, a-t-elle dit, les libertins n’étaient pas respectés. Ces libertins qui l’avaient formée au foyer de Scarron unissaient la légèreté des mœurs à l’indifférence religieuse, or Françoise voulait être estimée. C’est la raison pour laquelle, après l’épisode Scarron, elle a fait le choix de la pitié et de la dévotion.

2015b Françoise, la fausse ingénue

Pour le Roi, en revanche, sa sincérité religieuse ne faisait aucun doute. Louis XIV se considérait choisi directement par Dieu, Roi de droit divin. Il n’avait donc pas besoin du pape. Le gallicanisme, élaboré par Bossuet de l’archevêque Harlay, précisait que l’autorité du pape n’était que spirituelle, dénonçait son infaillibilité ; l’Eglise de France devait continuer à être autonome, notamment pour la nomination des évêques…Le Roi crut que la révocation de l’Edit de Nantes allait désamorcer les critiques de Rome contre le gallicanisme ; il fit beaucoup de zèle dans la lutte contre les protestants et en fut félicité par le Vatican. Louvois ne fut pas en reste et déploya une activité peu commune dans la répression religieuse (dragonnades, interdiction des mariages mixtes, destructions des temples, fermetures des écoles, exil des pasteurs et des fidèles protestants, meurtres…)

Telles furent les horreurs qu’approuva ou laissa faire la petite fille d’Agrippa d’Aubigné ; Saint Simon lui-même, grand catholique, devait clamer son horreur.

Conclusion

On oppose souvent fausse dévotion à croyance sincère. En ce sens, il est permis d’opposer la foi de Louis XIV à la fausse dévotion de sa seconde épouse.

Pourtant, il est difficile de ne pas penser que dans les longues heures de prière et à la messe qu’elle suivait si souvent elle n’ait pas trouvé sinon un repos métaphysique ou quelques consolations véritables ; elle a aimé le jeu de la dévotion et a, en quelque sorte, été prise à son propre jeu.

L’ambition atténua très tôt la profondeur de sa vie amoureuse. Qu’elle ait eu des amours sincères, essentiellement autour de Ninon et de Scarron, entre 15 et 25 ans, notamment l’amour passion avec Villarceaux, sûrement…Son combat pour la richesse et le pouvoir ne connut plus de bornes après 1670 ; cela est particulièrement vrai dans sa relation avec Mme de Montespan. Après avoir consciemment demandé et obtenu de la ravissante maîtresse l’indispensable service, elle lui fit une guerre inexpiable pendant trente sept ans.

Ambitieuse, intelligente, opportuniste, sachant perdre et sachant attendre, Mme de Maintenon devait exceller dans la conquête du pouvoir mais rien ne la préparait à l’exercice de ce pouvoir. Sans idée personnelle, elle ne cherchait qu’à deviner et à flatter les passions de son maître ; si Fénelon et Racine qui critiquèrent les dépenses et les guerres furent dénoncés et perdus par elle, ce fut après le mariage secret que les plus lourdes fautes furent commises avec principalement la révocation de l’Edit de Nantes et l’affaire du testament du Roi d’Espagne.

A son crédit, cependant, il convient de souligner son dévouement pour les pauvres et l’éducation des enfants, avec sa grande réalisation l’Etablissement de Saint-Cyr auquel elle consacra pratiquement la fin de sa vie.

le 15 juin 2015

André. L