201101 Pataugas, pédales et pagaies

                            MARCHE VELO KAYAK

                     SPORT LOISIR ET PHILOSOPHIE

 

 

Le  développement sémantique et philosophique sur la marche, exposé par l’ami Francisdébut 2010 sur notre blog, peut s’appliquer, à d’autres activités de loisir qui ont le même but : utiliser exclusivement nos capacités physiques pour nous promener, simplement, découvrir le monde, la nature. L’homme, douée de pensée est aussi un animal

waller 1Le bon entretien et l’exercice de ses capacités physiques contribue à l’équilibre psychique. Si l’on en revient à nos origines la marche est la fonction essentielle qui nous a permis de survivre et d’évoluer, de découvrir le monde et développer nos aptitudes de réflexion. Nous l’avons sans doute oublié, mais marcher, c’est revenir à l’essentiel. La marche a des vertus thérapeutiques évidentes, mais Francis nous a exposé avec subtilité l’aspect éthique de cette noble pratique.

waller 2 Avouons, que nous marcheurs, soupçonnions  inconsciemment  cette richesse mais nous la révéler dans ces termes est très valorisant et nous conforte dans notre pratique !  Nous pourrions inclure dans cette même optique deux autres moyens de déplacement/promenade/découverte: le vélo et le kayak. Relisant l’article de notre ami  marcheur philosophe, pratiquement ce qu’il révèle peut s’appliquer aux trois mode de vagabondage, inutile de paraphraser le texte, Francis a tout dit !

Vélo et kayak sont des “outils” qui utilisent au mieux nos capacités physiques sans assistance d’énergie extérieure, et non des “machines”, donc une sorte de prolongement de la marche permise par le progrès technologique. Depuis peu, l’homme vole en parapente, ultime conquête sans énergie de l’espace aérien, mais extension un peu extrême de cette métaphore “outil”.  La concentration permanente qu’exige cette pratique ne permet pas de “ voler  la tête vide ”, comme en marchant, trop dangereux ! 

Marche, vélo, kayak sont aussi trois disciplines sportives officielles, mais comme Francis, récusons le terme de “sport” pour ces trois pratiques, telles que nous les concevons.

Le sport c’est une lutte concurrentielle, du spectacle, de l’argent, de la frime......

Il engendre un autre phénomène d’engouement populaire qui me laisse pensif, voire pantois. Dans le monde actuel ou nous vivons, glorifiant sports extrêmes, records et exploits, le spectacle médiatisé de cette surenchère semble condamner nombre de nos concitoyens à vivre, par procuration, le sport ou toute pratique physique tant soit peu exigeante, faute de disposer des moyens exceptionnels physiques et / ou financiers des grands sportifs célébrés. Assister au spectacle du sport est un plaisir sain et légitime, mais que penser quand on voit une foule énorme se précipiter au départ du Vendée Globe. Ces spectateurs ébahis devant les stars ne  viennent que pour ramasser les miettes d’une aventure rêvée inaccessible, dont les péripéties se jouent au loin. Pourquoi ne pas chercher plutôt à être l’acteur de sa propre aventure, aussi modeste soit elle ? 

Les courses cyclistes sont un beau spectacle que j’apprécie. Pour nombre de nouveaux pratiquants amateurs la pratique du vélo ne se conçoit que dans la copie conforme des champions: en peloton, matériel dernier cri, tenue bariolée de rigueur avec un brin d’agressivité indispensable. Ces rassemblements conviviaux sont sympathiques et stimulants mais l’esprit découverte et contemplatif, voire philosophique, en est  absent.

Il y a plus de cinquante ans que je pratique la bicyclette en touriste, en général seul, avec des vélos plus adaptés mais néanmoins performants:

 waller 7L’éthique, les sensations physiques et mentales, la vision du monde sont semblables à ceux de  la marche, avec une acuité plus vive du à l’effort accru et l’alacrité du vent de la course.

Cette pratique est fortement recommandée par le corps médical pour ses vertus sur le plan cardiaque. Elle permet un dosage physique de l’effort. Suite à un accident j’ai une prothèse de hanche, le footing m’est interdit, la marche raisonnable autorisé mais le vélo, sport “porté” recommandé sans limite, et le kayak sans problème.

Le sport c’est aussi un marché florissant et profitable qui a le mérite de supporter activité économique et emploi. Mais la marchandisation, les effets de mode et les surenchères technologiques bien orchestrés, donc vendeurs, et bien entendu suivis avec enthousiasme par les pratiquants, font parfois sourire. A Majorque, nous voyons beaucoup de marcheurs étrangers, qui marchent bien sûr, mais avec un curieux balancement synchronisé des bras prolongés de deux longs bâtons spéciaux, et chaussures spéciales. C’est un nouveau “sport” qui vient du Nord, peut être inspiré du ski de fond, le “quick step” aux bienfaits physiques vantés par les promoteurs. J’ai appris qu’il y avait des moniteurs pour enseigner cette discipline et des magasins de sport pour vendre la panoplie complète. Ces pèlerins d’un nouveau genre semblent très concentrés sur leur démarche,  trop absorbés pour contempler nos montagnes et pour bavarder abondamment.

Cela fait sourire nos amis randonneurs majorquins, non adeptes du quick  step et toujours prompt à railler les touristes.

waller 6Leurs groupes, auquel nous nous joignons, consacrent plutôt une partie de leur énergie à des conversations très animées, désordonnées et simultanées ainsi qu’à de très longs arrêts casse croûte plantureux et conviviaux, occasion d’échanges verbaux et gastronomiques. Par contre, les groupes de randonneurs germaniques, très nombreux à Majorque, très organisés et bien en ligne, frugaux, rapides et plus silencieux, sont d’une efficacité itinérante redoutable. La preuve que la façon de marcher est aussi l’expression de la culture des peuples.

 

Ancien marin, j’aime aussi me promener sur l’eau, mais simple mortel je ne marche sur les ondes. Après de longues années de pratique épisodiques de la voile, j’ai opté pour l’embarcation la plus basique, le kayak de mer, engin polyvalent à l’aise en eau douce et eau de mer.

waller 3Cet outil nautique, qui participait à la survie alimentaire des Inuit, est un moyen merveilleux de découverte et de plaisirs toujours renouvelés. Oserais dire que c’est la marche sur l’eau ?  De plus cette pratique permet avec marche et vélo, d’alterner l’exercice des membres inférieures puis supérieures; avec un peu d’habitude, même mécanique inconsciente pour les bras. Elle favorise l’exercice des facultés mentales devant le spectacle de la nature, l’observation de la faune. En octobre, les puffins reviennent depuis l’Atlantique sur les côtes de Majorque: quel spectacle, avec une mer un peu formée, de les voir planer sans efforts au ras des vagues.

Pagayer sans fin assure aussi une divagation fantasque et fructueuse de l’esprit engendré par la mécanique physique assurant notre progression. Cela peut aussi conduire à l’absence bestiale et salutaire de toute réflexion métaphysique, quand la fatigue d’une sortie éprouvante ne laisse subsister que l’instinct de survie, faculté non moins indispensable à notre bien vivre.

Les avantages techniques de cette embarcation sont très convaincants. Légère, peu encombrante, on la range chez soi. On ne contribue pas à encombrer encore plus ces horribles parking à bateaux qui défigurent nos côtes ou envahissent la moindre ria bretonne. Les voileux me diront que les navigations sont limitées. C’est vrai, mais les traversées sont fastidieuses comparées aux spectacle côtiers. Et puis on charge son embarcation sur le véhicule et on part ou on veut. Sa versatilité est utile: mauvais temps en Bretagne Sud, on remonte l’Odet ou la Laïta, avec quelques centimètres de tirant d’eau on passe toujours,  sans moteur.

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Mon petit navire a parcouru des fjords en Norvége, des lacs en Suéde , le superbe archipel de Stockholm, toute la Bretagne, la Côte d’Azur, le bassin d’Arcachon , Majorque, et.......

J’ai même découvert un monde aquatique sauvage et isolé tout près de chez  moi, la Seine vers Vétheuil, Vernon, Poses.

J’ai convaincu mon épouse et nous sortons en kayak double, temps permettant car en place avant elle proteste s’il y a trop d’embruns. Elle apprécie plutôt les mers calmes, estuaires, remontées de rivières bretonnes. Dans les Alpes françaises et suisses nous avons alterné marches et pagaie sur les grands lacs, Annecy, Léman, Quatre Cantons, Interlaken,...

Les randonnées s’adaptent à la diminution inévitable de mes capacités physiques.

En 1999, à 61 ans, je parcourais l’archipel de Stockholm en campant chaque soir sur un îlot différent, le matériel léger chargé dans les caissons. Aujourd’hui, à 72 ans je me contente de sorties à la journée, avec casse croûte du midi, seul ou avec mon équipière.

Ma dernière sortie notoire a été, en septembre 2010, seul, par beau temps, le tour de l’île de Groix au départ de Lorient.

Avec l’âge, je compte aller ainsi au bout de mes capacités physiques, sans me contraindre toutefois à la détermination extrême des vieux Inuit qui décidaient, un jour, se jugeant une charge inutile pour la communauté, de partir avec leur kayak, de se retourner et connaître ainsi une fin douce et rapide dans les eaux glacées de l’arctique.

 

Michel Waller 

décembre 2010