201208 Descente de lit

Descendre le cours d'un fleuve, la Loire, de sa source jusqu’à l’embouchure, c’est le beau défi de rando itinérante entrepris par certains membres du Club (en extra). Ci-dessous récit du premier épisode concernant l'itinéraire du Mont Gerbier au sanctuaire de Notre dame de l'Hermitage(42440 Noirétable), effectué en juin 2012


Atteindre la (ou les) source (s) de la Loire et le GR 3 qui suit le fleuve du Gerbier de Jonc à St Nazaire, est plus complexe à organiser que de vouloir gagner Ouagadougou : il faut combiner train, bus et marche d’approche de 50 km, et encore, faut-il choisir son jour pour pouvoir coordonner train et bus. Voici quelques cartes postales d’une « rando » entre Saint-Agrève, le Gerbier de Jonc, Le Puy en Velay et Notre Dame de l’Hermitage à proximité de Noirétable.


De St Agrève au Gerbier.

-          Peu de temps après le départ de St Agrève et durant 3 jours, Phébus le Blond joue à cache-cache avec les orages. A mi-route de la première étape, une grange fortuitement découverte au milieu de nulle part, nous abrite d’un déluge liquide et solide qui imposera la sortie d’un chasse-neige, non d’un « chasse-grêle ». Les éléments calmés, un berger allemand chez qui nous avions suscité de la compassion nous guide durant une dizaine de km. C’est un précieux éclaireur qui renseigne sur la profondeur de l’eau dans les points bas du chemin devenus piscines. Animal des grands espaces, il méprise la gente motorisée, aux traversées de routes quelques crissements de pneus le font savoir. Sa mission accomplie, Fay sur Lignon en vue, il retourne chez lui, sans attendre la récompense qu’il méritait. A Fay nos hôtes nous réchauffent avec un « kir au sirop de sureau ».

-          Escale aux Estables, plus haute commune de l’Ardèche, à 1380 m. Quelques km plus loin, les falaises du cirque de Boutiéres, ouvrent de superbes perspectives sur les monts du sud ardéchois. Le col de Boutières est sur la ligne de partage des eaux Méditerranée-Atlantique.

-          Sur le Mezenc puis sur le Gerbier, des orages subits et violents imposent des replis stratégiques. Celui mené sur les phonolites (ou pierres qui résonnent) glissantes du Gerbier°, est particulièrement périlleux.

-          Un agriculteur s’est habilement approprié une des nombreuses sources qui sourdent du Gerbier, quelques centaines de l/h coulent dans une bachasse (une auge en bois ou en pierre). Sa « vraie source de la Loire » guide vers son « business », une boutique de souvenirs où les visiteurs se bousculent ce dimanche après-midi.

-        douel 1

 Du Gerbier à Goudet.

-          Il y a quelques millions d’années, des extrusions de magmas ont modelé un paysage grandiose de dômes, de sucs tel le Mezenc, ou de cheminées volcaniques solidifiées des necks.

-          En cette fin de mois de mai les crêtes sont jaunes, tapissées de genets, les prairies sont constellées de myriades de fleurs multicolores.

-          Le GR 3 traverse, à gué, un petit affluent de la Loire, le Gage. Mais ce qui ne devrait être, fin mai, qu’un filet d’eau, a été grossi par les orages. Le gué, est sous 30 à 40 cm d’eau. Le premier pont est à plusieurs km, point d’autre solution que de franchir… le Rubicon et de vider les chaussures sur la rive opposée.

-          Puis c’est la découverte d’un disque bleu-vert de quelques km de diamètre, déposé dans un écrin de forêts et de prairies, le Lac d’Issarlès, profond cratère volcanique, centre nautique et réserve d’alimentation d’une centrale électrique de la Loire aval.

-          Les chaussures passent la nuit dans la chaufferie de l’hôtel, le lendemain matin, souvenir de raffinerie, elles sentent un peu, et même beaucoup, le fioul, mais elles sont sèches.

-          A un détour du sentier, une chapelle apparait au sommet d’un promontoire rocheux qui surplombe une Loire déjà grossie par une myriade d’affluents, c’est celle de ce qui fut l’imposant château féodal d’Arlempdes, une forteresse inexpugnable, les falaises d’une trentaine de mètres qui la ceinturent sur 3 côtés justifient la renommée. Diane de Poitiers était, parait-il, Dame d'Arlempdes. Henri II avait-il visité son vassal

    En amont de Goudet le GR est censé franchir, au fond des gorges, un des nombreux torrents drainant le bassin versant rive gauche de la Loire. La carte IGN annonce : pont en ruine sur le Faradet, le fléchage sans équivoque possible dirige cependant vers les gorges. Il y a bien un gué mais, eu-égard à l’impétuosité des eaux, son passage serait mission impossible. Il faut remonter la centaine de mètres descendus pour gagner un cheminement sûr, moins agréable : le bitume. Un des rares habitants de Lafarre, le hameau qui domine les gorges, nous confie que ce cul de sac quasi permanent perdure depuis 15 à 20 ans !

De Goudet au Puy en Velay.

-          Depuis le départ de St Agrève, peu de randonneurs. Entre Goudet et Le Monestier sur Gazeille, c’est un défilé, une cinquantaine de marcheurs qui mènent bon train : ils ont l’énergie des troupes fraiches ! Ils ont succombé, au Puy, à l’appel du « Stevenson », un chemin qui, en une dizaine de jours, les conduira à St Jean du Gard. Un couple britannique, précédé d’un âne de bât, s’époumone dans une petite grimpette. Le gentleman, rougeoyant, n’a pas la morphologie d’un « coureur de brousse », prions pour que l’animal n’ait pas à pallier une défaillance physique de son maître !

-          Dans un hameau, le doute se fait jour, la carte indique un tout droit, le fléchage un à droite. Une habitante, qui a constaté notre désarroi explique : «  Oui ! il y a un problème. Que voulez-vous, c’est une dame qui a ici tracé le chemin, on lui a pourtant dit qu’elle se trompait ! ».

-          Au Monestier sur Gazeille point de café, réponse d’un habitant penché à sa fenêtre, « Ils étaient 17 il y a 20 ans, il n’y en a plus ». Entrant dans une pâtisserie pour acheter nos « sucres rapides », expliquant notre quête infructueuse, la pâtissière nous prépare le tonique de l’après repas.

-          A Bouzol nos hôtes nous réservent chambres et table de seigneurs dans une superbe demeure surplombant la vallée de la Loire. Un plat de lentilles vertes AOC du Velay, le « caviar du pauvre », et nous comprenons pourquoi le gourmand Esaü, céda son droit d’ainesse à son frère Jacob.

-          Le Puy en Velay vit au rythme des « peregrinos » qui, en cette fin du printemps, affluent vers le « hub » pour se lancer sur la mythique « Via Podiensis » qui les conduira, à 1500 km de là, en Galice, à Compostelle. Nous logeons rue du Pra du Loup dans une maison construite il y a 5 siècles, par un officier de louveterie. Avant de gagner nos chambres notre hôtesse nous convie à une verveine du Velay (non, pas la tisane ! la liqueur !).

-          Monter les 280 marches de « St Michel d’Aiguilhe », donne droit à un émerveillement, un bijou architectural, la chapelle construite, il y a 10 siècles, au sommet du neck.

 

douel 2

Du Puy à Retournac.

-          Après le Puy la feuille de route prévoit de gagner la rive droite de la Loire à Brive Charensac, après traversée d’un affluent : la Borne mais un clignotant s’allume : « gué sur la Borne ! ». Pieds mouillés craignent les gués, ce sera donc la rive gauche qui permet de découvrir Polignac et l’imposant donjon carré de sa forteresse moyenâgeuse.

 

douel 5

-          La descente vers la Voute sur Loire, par un chemin abrupt, rocailleux, raviné, offre une vue plongeante sur le château renaissance enserré dans un méandre « une voûte » de la Loire

-          A partir de Vorey sur Arzon les éléments se déchaînent à nouveau. Une construction rudimentaire nous offre l’hospitalité, l’abri d’un cheval ou peut être d’un âne, heureusement absent de son logis. La paille est fraîche, le locataire n’a pas laissé de « traces » ! Les sandwiches sont appréciés, c’est Byzance, enfin presque !

   

douel 3

A Retournac : relève d’équipage, Francis arrive, Jacqueline va le lendemain matin retrouver ses devoirs de grand’mère.

douel 8

-          Nos hôtes offrent un accueil d’une qualité digne de celle de Bouzole. Durant le dîner, le maitre de maison, enjoué, disert, bon vivant, apprécie de trouver des interlocuteurs avec qui échanger. La soirée avançant il nous faut, à contre cœur, faire valoir la nécessité de devoir accéder à l’incontournable repos des randonneurs.

De Retournac à notre Dame de l’Hermitage.

-          A partir de Retournac le GR3 ne suit plus la Loire, déjà descendue de 700 m depuis le Gerbier. Il oblique maintenant vers le parc régional du Livradois-Forez.

-          La première étape, en montagnes russes, « offre » 1000 m de dénivelée, elle aboutit à Valprivas. Notre hôtesse n’a pas renoncé à nous accueillir malgré la récente hospitalisation de son mari, nous l’en remercions chaleureusement. Autour d’un vin de noix maison puis d’un succulent caviar du pauvre, elle se découvre randonneuse expérimentée, son palmarès épingle le vertigineux GR 20 corse ! Elle nous explique que de 1850 à 1940, la région, prospérait grâce à l’approvisionnement des charbonnages du Centre en bois d’étais. Cette prospérité n’est plus hélas que souvenir.

-          Avant d’atteindre La Chapelle en Lafaye, le GR conduit à Montarcher et à son église du XII ème siècle juchée sur un piton. A partir des 1160 m du belvédère, la vue est dégagée à 360°. Au loin se profile la selle de cheval du Mezenc qui nous avait vus déguerpir de l’un de ses 2 sommets. Nous passerons la nuit dans le superbe presbytère de La Chapelle devenu gîte. L’aubergiste du village pourtant absent ce jour, nous a préparé un repas conservé dans le frigidaire du gîte.


douel 6 Une longue étape de 35 km nous conduit vers des zones d’estives du Forez. Les premiers troupeaux de plusieurs milliers de bovins et d’ovins se lancent aujourd’hui vers leurs pâturages d’été.

-          Le gite, un des Jas (une bergerie annexe éloignée des fermes) de la Jasserie des Garniers, est des plus spartiates. Nous en sommes les premiers occupants de l’année. Pas d’électricité, de l’eau, mais très, très, froide. Le repas du soir, monté de St Benoit de Courreau par la propriétaire du Jas est dans un sac isotherme, point besoin de frigidaire ! C’est une courte veillée aux bougies, devant un feu de bois bien incapable de chasser l’humidité de la grande pièce balayée par des vents coulis. Vite au lit, enfin dans le sac à viande ! C’est une nuit digne des « Hauts des hurlevents »

douel 7

Le lendemain la ligne de crête des Hauts de Chaume est encapuchonnée par des nuages poussés par un fort vent d’ouest. Le plan B nous conduit à Chalmazel par la vallée maintenue ensoleillée un effet de foehn (Un vent qui s’assèche de sa vapeur d’eau après passage d’un sommet). Nous voilà descendus côté « fourme de Montbrison » le versant Ouest eut été celui de la « fourme d’Ambert », Gardez-vous bien de confondre ces appellations contrôlées !

-          Puis c’est Notre Dame de l’Hermitage où 6 religieuses de la Congrégation de la Salette y accueillent pèlerins, touristes et randonneurs. Nous sommes une dizaine pour une capacité d’hébergement qui doit voisiner les 100 lits ! Notre Dame de l’Hermitage est le terme de la rando 2012, qui devrait se poursuivre en 2013 « Inch-Allah » 

-          Pour conclure, j’emprunterais d’abord des termes des « Voyages pittoresques et romantiques de l’ancienne France » datant de 1829 qui présentaient ainsi cette région façonnée par les feux de la Terre : « Vulcain est devenu une corbeille pour Flore ». J’y ajouterai que la tradition de l’accueil, forgée par la rudesse du sol et du climat est ici partout entretenue.

 

Jean DOUELLOU.