L'été meurtrier

Publié le par club rando

A bonne distance les uns des autres, ils se tiennent bien enracinés au bord de la route qui monte vers le bois de Chavençon. Un merisier côtoie l’érable blanc tandis qu’une ligne de tilleuls a repoussé après le tournant un couple de robinier et de bouleau. Le vent volage agite mollement les feuillages ou du moins ce qu’il en reste. Une constance réunit toutes ces espèces. Elles ont mal vécu les excès de l’été. Leurs feuilles jaunies revêtent déjà l’aspect automnal. Les fortes chaleurs n’ont pas eu d’effet vraiment direct, c’est essentiellement le manque critique de pluie qui a placé les arbres en situation de stress. Le printemps trop hâtif a accentué les effets de la sécheresse car le verdissement précoce a puisé dans les réserves hydriques avant que ne survienne la carence estivale. Ces arbres ont dû se déplumer pour économiser le peu d’eau restante. En ces premiers jours de septembre, ils sont loin de porter beau. Malgré leur courage, on les sent sonnés par une aussi longue période d’abstinence. Et surtout inquiets par la répétition du phénomène. L’arbre tient du boxeur, il reste debout au premier coup, au deuxième, au troisième mais quand vient celui de trop, il chancelle. 

L'été meurtrier

Encore ne faut-il pas trop se plaindre puisque pendant ces deux derniers mois le haut Vexin a échappé au pire. Feux de forêts, orages violents, canicule et aridité  …  Juillet et août 2022 ont été marqués par des phénomènes météorologiques exceptionnels. On aurait souhaité qualifier cet été d’un autre titre que celui d’un célèbre film aussi sombre qu’ensoleillé.

L'été meurtrier

Ce vendredi succède d’un jour à la rentrée des classes. Regroupés devant l’ancienne école de Chavençon, aucun des 15 participants n’est venu chercher sur le panneau son nom ou ceux des copains. C’est plutôt l’idée de se dépenser comme des gamins à la récréation qui les inspire.

L'été meurtrier

Avant le départ, Michel et Brigitte sont montés sur l’estrade pour exposer le programme, dire aux participants comment ils vont tirer des bords sur un parcours à saute-mouton à travers bois, champs ondulés et localités aux noms inconnus. C’est dans ce coin retiré aux confins de l’Oise que le couple a pris l’habitude d’ouvrir des fenêtres propices à la balade. Au fil des ans, faire aimer ce territoire est devenu un plaisir, leur récompense. Peu de risque d’y être troublé par des touristes ou même par l’agitation ordinaire des campagnes franciliennes. Ici rien ne bouge, excepté quelques rares mouvements de voitures en direction d’un ailleurs moins isolé

L'été meurtrier

Surprise de taille, un violent orage s’est abattu la nuit précédente sur la région. A l’aurore, il s’est effacé devant une cavalcade nuageuse qui n’arrive pas à s’évacuer dans les hauteurs. Perturbé par cette situation inédite, le ciel cherche à déchiqueter les nuages en morceaux. Ceux-ci s’allègent de temps à autre de gouttes, trop gênantes dans leur fuite. Un vrai bonheur pour les sols, un besoin urgent pour les cultures, une bien légère contrainte pour les promeneurs. Dans cette période de disette, ces larmes de pluie seront des perles de joie.  

L'été meurtrier

Sous les frondaisons asséchées par cet été brûlant, on s’attendait à marcher dans un silence monacal à peine entrecoupé du bruit du bois mort qui se casse sous les pas. Le mini déluge nocturne a soudainement modifié la morosité de l’ambiance. Les bois de Chavençon, du Mont Rouge et de Tumbrel reprennent ce matin de l’espoir. Il a suffi de peu. La forêt que l’on croyait engourdie commence doucement à frémir. D’un seul coup, elle est redevenue ouverte à l’éclosion de champignons en bataillon, aux sorties d’escargots en recherche de vitesse. C’est son premier sursaut contre la torpeur qui l’a hébétée. Bien d’autres pluies et orages seront cependant nécessaires pour que tout son camaïeu végétal sorte enfin de l’anémie.

L'été meurtrier

En se baladant à loisir dans cette pointe du département de l’Oise, les sentiers sylvestres et les chemins bosselés paraissent bien accommodants. Ils présentent même une qualité rare, celle de flirter avec l’altitude. Quelques points hauts dépassent les deux cent mètres, tout près du record de l’Ile-de-France. Bien qu’on n’y rencontre aucune âme qui vive, les routes les plus désertes comportent d’improbables arrêts de bus. D’où viennent les enfants ? Mystère… mais c’est bon signe qu’il y ait toujours des écoliers à ramasser.

L'été meurtrier

Avec ses formes généreuses, l’église médiévale s’est un peu mise en retrait de  l’unique rue du village de Monts. Pressentie à l’avance, une employée municipale en ouvre les portes. C’est toujours intéressant d’essayer de comprendre le message des pierres. Un sourire à peine esquissé tempère l’expression impartiale de cette bonne samaritaine. Elle reste prudemment sur ses gardes lorsque le questionnement déborde sur des rives qu’elle ne souhaite aborder. Retranchée dans une impavide réserve, elle n’est pas du genre à se livrer sur les instances locales.

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Le village de Neuville-Bosc doit beaucoup à Antoine Havard. Né ici en 1800 de parents paysans, il fit fortune dans la soierie lyonnaise. Revenu cinquante plus tard au pays natal, il y construisit une vaste ferme, un bâtiment d’intendance qui deviendra plus tard l’école et la mairie. Il racheta l’ancien château pour sa demeure. Il s’éprend du lieu qu’il ne cesse d’embellir. A la fin de sa vie, comme pour sceller le passage initiatique vers la résidence où il irait passer l’éternité, il légua ses biens immobiliers à la commune. Celui qui n’avait pas d’héritier direct voulut, à sa façon, laisser son héritage à ce qu’il avait de plus cher : son lieu de vie.   

la mairie de Neuville-Bosc

la mairie de Neuville-Bosc

Avant la montée de Tumbrel, la petite pluie fine occasionnelle s’est définitivement dissipée pour laisser place à une lumière pâle qui adoucit la vision. Dans une pâture, deux magnifiques percherons paissent placidement dans une prairie que les ardeurs de l’été ont en partie réduite en paillasson On aurait plutôt envie de les voir galoper et se rouler sur le gazon abimé. Leur flegme incite à garder une allure tout aussi insouciante pour entreprendre les plis du coteau qui amorce le chemin du retour.

L'été meurtrier

Aucun des sandwichs avalés lors du casse-croûte de midi ne contenait une once de moutarde. Tout le monde s’en est bien rendu compte cet été en parcourant les supermarchés. Entre le ketchup et la mayonnaise:…un trou béant. La moutarde a disparu. La faute au dôme de chaleur du Saskatchewan qui a grillé la plus forte production mondiale. Mais, au pays de la haute gastronomie, comment organiser un barbecue sans moutarde ?  Des petits malins ont senti le bon coup et ont fleuri internet de propositions aussi ahurissantes qu’opportunes. «Mets en vente au prix de 450 € ce fond de pot, de marque célèbre, qui accompagnera votre chipo ou merguez. Chèque de banque ou virement acceptés !»

Voilà au moins une nouvelle rassurante, l’été n’a pas été meurtrier pour tout le monde !

L'été meurtrier

Le Parcours

Vendredi  2 septembre / Chavençon (60240), le bois de Chavençon, la forêt du Mont Rouge, Cresnes, la petite Groue, le Grand Alleré, Monts, la vallée Pinson, Neuville-Bosc, le bois de Tumbrel, le pré Gratien, Chavençon

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