Cachez cette ville que je ne saurais voir

Publié le par club rando

Dès les premiers pas, marronniers, noisetiers et sorbiers, verts brillants après la pluie de la veille, escortent le cheminement. A la sortie du métro Châtillon-Montrouge, la transition est brusque avec l’ambiance plus recluse de la rame de la ligne 13. C’est ici qu’on rejoint le segment le plus vert et le moins urbain de la Coulée Verte du sud parisien, axe pédestre pas toujours bien connu de la majorité des présents.

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Pour le situer et comprendre son origine, rappelons que lorsque les TGV quittent la gare Montparnasse, ils s’enfoncent rapidement dans un interminable tunnel qui ressort du côté de Villebon-les Ulis. En fait, ils passent au-dessous de la section principale de la Coulée Verte, un sentier de 12 kilomètres qui sillonne le sud des Hauts-de-Seine, de la gare Montparnasse à Massy-Palaiseau en traversant Malakoff, Châtillon, Bagneux, Fontenay-aux-Roses, Sceaux, Châtenay-Malabry, Antony et Verrières-le-Buisson. Dans les années soixante, les pouvoirs publics voulaient créer une autoroute sortant de Paris. Des coups de pelle fixèrent un premier tracé. Ce projet est abandonné en 1977 par le nouveau maire de Paris, Jacques Chirac, et les travaux s’arrêtèrent. Cette trouée inexploitée pendant ces décennies a cependant permis à la végétation de se développer, formant une bande de nature exceptionnelle dans l’environnement urbain. Dans les années 1980, lorsque fut prise la décision de réaliser la ligne du TGV Atlantique, on décida de l’enterrer en partie sous cette artère buissonnante et d’aménager en surface un axe dédié aux mobilités douces.  

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L’accès à la balade était un peu redouté car la ligne 13 a mauvaise réputation. Une ligne généralement où l’on se retrouve serrés comme des sardines, bousculés par des personnes sans gêne ou agacés par des chanteurs à la voix trop aiguë. Chance folle, l’heure de convocation plus tardive a permis de ne pas être transformés en «compressés debout».  Ce matin, pour une fois, la marée n’est pas venue se répandre dans les intervalles.

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Même si chacun devine que tout près résonnent les coups de klaxons d’automobilistes se disputant la priorité, il est plus confortable d’écouter le bavardage des oiseaux piaillant dans les frondaisons. D’innombrables variétés de plantes et arbustes ont colonisé les bordures. La température a un peu chuté, ce qui n’affecte en rien l’humeur des 11 participants. Elevés en plein air, ils respirent la santé. C’est un jour où on a décidé de prendre le temps. Autour d’eux, une dame lit sur un banc, un couple promène son chien et un petit bonhomme assis sur le panier arrière alourdit le coup de pédale d’une jolie cycliste.

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En s’éloignant de Châtillon, tout semble encore pas mal urbanisé si bien que l’on perd presque le fil de la voie qui serpente au milieu des immeubles. Au fur et à mesure que l’on avance, la nature prend le dessus. L’empreinte de la ville s’efface doucement. Passé Bagneux, la végétation accroît encore son emprise, arbres fruitiers en bonne place. Au fil des saisons, ils ont pour mission d’animer les bords du chemin. En escaladant un tumulus créé lors des travaux initiaux s'ouvrie le panorama sur les trois clochers avoisinants (Châtillon, Bagneux et Fontenay-aux-Roses). Un vrombissement annonce le passage furtif d’un TGV. C’est à partir d’ici qu’il pénètre dans le royaume des ombres. Inaudible vingt mètres plus loin, le sol, lui-même, avoue n’entendre seulement que le battement du cœur de la terre. La coulée est loin d’être rectiligne, elle présente souvent des virages serrés et des descentes pentues où déboulent des cyclistes à vive allure. Parfois la voie passe sous des ponts, parfois elle grimpe sur des passerelles enfouies sous les courbes de glycines débordantes. Un belvédère offre une vue imprenable sur la perspective majeure du domaine de Sceaux paré de parterres de buis.

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La promenade prend alors de l’aise. Elle s’élargit sur un long glacis où équipements sportifs et vastes pelouses n’attendent que pique-niques et jeux de ballons. Dans le tunnel qui franchit l’A86, une fresque habille entièrement le béton. Souvent les graffitis irritent, celle-ci séduit.

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C’est le moment de faire ses adieux à la coulée verte. Aller plus loin briserait peut-être le charme. Le trajet va s’infléchir vers l’ouest, vers une autre banlieue tout aussi méconnue, vers d’autres secrets à saisir et toujours à deux pas de chez soi.  

Dans un quartier banal de Châtenay-Malabry, une rue oubliée à jardins clos descend vers le domaine de la Vallée-aux-Loups. Trois espaces naturels, un magnifique arboretum, le parc de la maison de Chateaubriand et le bois de la Cave s’y insèrent dans un creux.

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« A mon retour de Terre-Sainte, j'achetai près du Hameau d'Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Châtenay, une maison de jardinier, cachée parmi des collines couvertes de bois.» Par ces mots débutent, le 4 octobre 1811, les Mémoires d'outre-tombe. Chateaubriand y vécu dix années, partagées entre nature et écriture. La maison de l’Illustre traduit sa personnalité complexe, à la fois «trapue et légère». On sait qu’un lien très fort a lié l’écrivain à l’identité du jardin, conçu comme la représentation botanique de son âme tourmentée. Des loups, Chateaubriand n’en vit guère. Il y en prit juste les griffes pour livrer combat à Napoléon, un prédateur beaucoup plus puissant que lui.

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Du bois de la Cave, un panneau indique la direction du Plessis-Robinson. On se demande quelle tête peut avoir cette ville qui marie le souvenir de son seigneur à celui d’un naufragé. Le parc Henri Sellier qui la domine se découvre après une bonne montée. Il occupe le rebord du plateau, un coin privilégié pour le panorama. Principalement constitué d’une forêt, pièce maîtresse de l’ancien domaine seigneurial du Plessis-Piquet, le parc s’étend sur une superficie de 27 hectares. Autrefois propriété du maréchal Pierre de Montesquiou d’Artagnan, il démarre par une longue terrasse agrémentée d’une demi-lune. Renseignements pris, l’ancien maître des lieux n’est que le cousin du fameux mousquetaire. Faisant un seul lot des deux hommes, la ville, pas gênée, cultive aussi la mémoire de l’illégitime. En traversant le centre-ville du Plessis-Robinson, l’ambiguité persiste. En face de l’ancienne église paroissiale, la crêperie « le d’Artagnan » n’oublie pas d’arroser ses mets à la liqueur d’armagnac, la boisson favorite du petit chouchou d’Alexandre Dumas.

Il est près de seize heures, un soleil orangé brille au-dessus du bois de la Garenne, la petite éminence qui va conclure la balade. Juste avant que le groupe n’embarque dans le tram du retour, la lumière commence à tirer doucement vers des teintes dorées.  

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Les Parisiens et proches banlieusards ne sont pas les derniers à réclamer un désir de verdure, un besoin d’enclaves à l’écart de l’agitation urbaine. Les aménageurs ont vu juste. Ils nourrissaient le rêve d’offrir un corridor végétal qui permettrait d’occulter la ville. Pari réussi ! Tout au long de la balade, ce fut agréable de constater la tranquille explosion d’une nature convoquée un peu partout dans toute sa grande diversité. La coulée verte et ses autres consœurs sont sans doute une manière de répondre à de fortes attentes citadines.....Gommer les excès du banal, vivre dans une ville qui respire.

En fait, rien de bien neuf sous le soleil. Déjà au dix-neuvième siècle, le caricaturiste Henry Monnier donnait avec une pointe de malice le même conseil. « On devrait construire les villes à la campagne, l’air y est plus pur ! »

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Le Parcours

Vendredi 30 septembre

Châtillon : Station de métro, parcours de la coulée verte. Bagneux et Fontenay-aux-Roses : suite du parcours. Sceaux : suite du parcours jusque l’A86. Châtenay-Malabry : l’arboretum, le parc de la maison Chateaubriand, le bois de la Cave,  Le Plessis-Robinson : le parc Henri Sellier, le centre-ville, le bois de la Garenne, le bois de la Solitude. Retour à la station de métro Châtillon-Montrouge par le T6

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