Des pissenlits par la racine

Publié le par club rando

Ce matin du 5 mai, les rues de Villers-en-Arthies restent conformes à l’image qu’elles donnent d’habitude, désertes et peu ouvertes à la rencontre. Une manière, peut-être, de se préserver du temps qui passe. Seul circule un « aîné » un peu ventripotent, tenant en main un cabas d’où dépassent des baguettes de pain. Il aimerait bien, lui aussi, marcher au grand air mais doit avant tout livrer la précieuse marchandise à son épouse. Délicat de lui reprocher cette préférence conjugale.

Ce coursier n’était pas bien sûr à l’origine du choix de la balade, ce fut plutôt le hasard qui se porta sur ce village précis. Sauf que dans cette partie du Vexin si propice aux balades, le hasard devient vite évidence. On se souvient de  la citation de Paul Eluard : « Il n y a pas de hasard, mais des rendez-vous ». Rendez-vous avait donc été pris.

Des pissenlits par la racine

C’est surtout pour saluer l’ancienne forêt gauloise d’Arthies que le groupe est venu. Le défrichement médiéval l’a découpée en lanières dont les fragments se maintiennent posés en édredon sur des buttes. Un enchaînement de sentiers permet de les relier, proposant ainsi une succession rapprochée de multiples visions.

Placé en position dominante, le château du village s’aperçoit des quatre points cardinaux. Son allée d’antiques tilleuls n'est plus que le vestige d'une avenue majestueuse qui accentuait son prestige. Tout près de la grille d’entrée, on accède à un chemin qui prend un peu de hauteur avant de s’enfoncer dans le bois de Villers. Quelques minutes suffisent pour que surgisse l’impression de grand large. Les silhouettes des 16 marcheurs s’évanouissent dans l’imposante chênaie. Ils progressent sous une canopée qui s’est prise un instant pour la voûte céleste.

Des pissenlits par la racine

La forêt ouvre son royaume. Une futaie régulière de chênes prédomine mais les frênes, les hêtres et les sapins y ont aussi droit de vote. A leurs cimes, les arbres se penchent légèrement vers leurs voisins comme s’ils cherchaient à initier un dialogue. Instruisent-ils un langage secret pour s’adresser au vent ou à ceux qui essayent d’entendre ?  Sourd à leur murmure, l’itinéraire poursuit son azimut dans le vert sans trop de mouvements de gouvernail excessifs. Au-dessus des têtes, des passereaux volubiles ont investi bruyamment les plus hautes branches, un parfait terrain de voltige pour s’envoyer en l’air. Tant mieux, rien n’est plus triste qu’un printemps silencieux.  

Des pissenlits par la racine

A la sortie du bois, le sentier dégringole dans une clairière où s’est établi le hameau de Haute  Souris. Un nom bien étrange qui suscite un imaginaire n’ayant sans doute rien à voir avec la réalité. D’un canton périphérique du cerveau surviennent la perception du déjà-vu et le sentiment étonnant de revivre ce qu’on a vécu. Certains marcheurs reconnaissent être passés en ce lieu. Était-ce il y a un an, deux ans ou beaucoup plus, et d’où venait-on ?

Des pissenlits par la racine

On ne tient pas vraiment à le savoir. Chaque balade ne ressemble jamais à une autre, ce qui compte reste le présent. Pour l’heure, il se montre amical. Le ciel jusqu’alors renfrogné s’ouvre doucement et des rais de lumière viennent napper la plaine et les collines du fond. Le soleil affiche une envie soudaine de se ressaisir et de reconquérir le terrain perdu. Mais déjà à l’ouest se présente une barre dense et noirâtre, prête à remettre le couvert. Les nuages préparent une prochaine contre-attaque. On comprend que la journée sera soumise aux jeux du hasard.

Des pissenlits par la racine

La laie forestière qui traverse le bois de la Moinerie étale sa perspective jusqu’à perte de vue. Elle est vide de toute présence. Il y a du plaisir à s’y promener surtout quand les autres n’y sont pas. On justifie ce désir égoïste par l’alibi de se livrer à une tâche essentielle. Rien ne doit gêner le « vadrouillard » du vendredi qui accomplit sa mission. Il règne dans le bois un calme apaisant qui inviterait à l’arrêt. Malheureusement aucune bille coupée ne se propose pour y poser les fesses ou reposer les jambes. On se retourne pour se surprendre de la distance réalisée. Ce ressenti est un bon guide. Ça va, la forme est là !

Des pissenlits par la racine

Pour cause de sentier gadouilleux, l’accès au bois des Bruyères s’avère délicat. Le bois en lui-même présente un aspect pagailleux qui aurait bien convenu jadis aux refuges de bandits de grands chemins. L’univers végétal s’ordonne dans un fouillis disparate. Quelques troncs couchés, fauchés par de mini-tempêtes antérieures, ont engendré des rejetons qui ne demandent qu’à se hisser debout. Il arrive aux arbres de se remettre d’une blessure mortelle. La résurrection ne peut s’accomplir que si le gisant a réussi à conserver un peu de connexion racinaire. Poussées par les forces de la vie, toutes ces « gueules cassées » ont su faire un beau pied de nez à l’adversité.

Des pissenlits par la racine

Les quatre forêts prévues au programme viennent d’être domptées sans avoir eu besoin d’élever le ton. Sous le soleil retrouvé, les marcheurs tracent la route de retour, prenant à revers le plateau de Chaudray. Les foulards jaunes des champs de colza et les nuances subtiles du ciel font du paysage une toile abstraite. La campagne est agréable et l’on s’y verrait bien couler des jours tranquilles. Paris n’est qu’à soixante kilomètres et le trajet par l’A13 n’excède pas une heure. L’idée s’évanouit aussi vite qu’elle est survenue. Reviennent à l’esprit des contingences domestiques de l’immédiat. « Il va falloir arrêter le chauffage et penser à arroser les plantes du balcon ! » En fait, on se trouve bien aussi chez soi.

Des pissenlits par la racine
Des pissenlits par la racine

Il y a des cueillettes sujettes à controverse, celle du muguet y échappe. Mais cette année, les clochettes ont décidé de bouder la fête qui les honore début mai. Dans les bois arpentés, pas un seul brin à cueillir ou à se mettre à la boutonnière. A sa place, foisonnent un peu partout les pissenlits et leur tige d’akène blanche. Une énergie dévorante les habite.

Des pissenlits par la racine

Cette plante est autant connue pour ses feuilles et sa fleur que pour ses fameuses petites sphères qui laissent  s'échapper des dizaines de legers parachutes lorsque l'on souffle dessus.  Qui ne s’y est pas essayé ?  Tout le monde connaît la Semeuse du Larousse et sa devise  "Je sème à tout vent", symbolisant la dissémination du savoir.

Des pissenlits par la racine

Le pissenlit développe un caractère sauvage et nomade, il aime s’établir partout où la nature est restée originelle. Il colonise les espaces vacants même s’il n’y est pas invité. Mieux que l’herbe folle ou la pousse du chemin, c’est le compagnon du randonneur. Il va là où le vent le pousse. Quelquefois, dit-on, jusque sur les tombes. On vient récemment de découvrir la vertu  de ses valeurs nutritives, une source inépuisable de vitamines, de minéraux et de fibres.  

On prendra cependant tout le temps qu’il faut avant d’aller le manger par la racine !

 

Le Parcours

Vendredi 5 mai

Villers-en-Arthies(95510), le bois de Villers, Haute Souris, allée centrale du bois de la Moinerie, le bois des Bruyères, la Vente Raphaiel,  le bois de la Bucaille par Belle Vue, le Tremblay, la charrière de Chaudray,  Chaudray, Villers par le PR du plateau

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G
Quel romantisme lorsque François nous évoque la nature que nous croisons lors de nos randonnées .<br /> Pas un chêne, pas un frêne, pas un hêtre, pas un sapin, pas un passereau volubile ne lui échappe !<br /> Quel merveilleux conteur notre coach !
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