Un Rocard, sinon rien !

Publié le par club rando

Il existe des lieux dont l’association immédiate avec un homme ou l’Histoire semble éternelle. C’est le cas de la ville de Conflans-Sainte-Honorine, incapable de se défaire d’une double image qui lui colle toujours à la peau. Elle serait à la fois la tête de pont de la batellerie et « la Mecque » du Rocardisme. Deux identités qui sont en train de glisser doucement dans le tiroir des réalités perdues.

Un Rocard, sinon rien !

Un Rocard, sinon rien brocardaient à l’époque les contradicteurs de l’ex-Premier ministre de gauche. Ce pastiche d’un slogan publicitaire pour une boisson anisée sonnait juste. C’est plus sa stature individuelle que son ancrage local qui lui firent prendre la mairie. Mais après 20 années de mandat, dès que survint l’absence, la pensée rocardienne maintenue à flot le temps d’un successeur adoubé s’est ensuite envolée au gré des vicissitudes de la vie conflanaise. Depuis 2014, le blason aux couleurs d’une droite qui se qualifie de « diverse » orne symboliquement le fronton de la mairie de Conflans.

Un Rocard, sinon rien !

Quant à la batellerie, certes Conflans demeure la ville de cœur des mariniers mais les rares péniches stationnées le long de la Seine en ce matin de novembre démontrent que l’activité se conjugue plutôt au passé. C’est un cas général car la France avec ses 1800 km de voies à grand gabarit a cessé d'investir dans ses 6000 km de voies navigables. L'essentiel du parc de péniches date des années 1950 ou 1960 et plus de la moitié des bateliers en exercice friserait l’âge de la retraite. Une prise de conscience s’amorce pour redynamiser cette filière et réparer une inertie de près de 40 ans. Le dernier acteur politique à s’être vraiment intéressé à cet atout naturel ne fut autre que…Michel Rocard, on s’en serait un peu douté !

Un Rocard, sinon rien !

Dépossédé de son temps depuis plus d’un an par une invitée indésirable, André a viré tout ce qu’il n’aimait pas pour reprendre ce matin sa place dans le groupe. La taille plus fine et la gouaille malicieuse, il affiche son plaisir recouvré en tête du cortège qui s’élance de la mairie de Conflans.

Un Rocard, sinon rien !

La rue Maurice Berteaux  n’est pas peu fière d’étaler ses nombreux commerces. Vanité bien usurpée puisqu’elle demeure l’unique artère commerçante du centre-ville originel. Le reste de la cité, quadrillé par un réseau de rues sommeillantes s’adosse au pli du coteau longeant la Seine. Une sente en terre les traverse de l’intérieur, révélant l’envers des maisons et de beaux jardins cachés. Pas facile à repérer cependant, un autochtone montre la voie à prendre, tout surpris d’avoir renseigné ce quarteron de touristes de morte-saison.

Non loin d’une mini-rocade qui file sur le plateau sommital se dresse le château des Terrasses aux formes légèrement rococo. Sur sa grande esplanade, une stèle rend hommage au grand homme de Conflans. Le visage de Michel Rocard est curieusement tourné à l’opposé de la ville, comme s’il cherchait à regarder ailleurs ou à marquer une inquiétude.

Un Rocard, sinon rien !

Des anciens chantiers navals, du port militaire et des grues à vapeur, il ne reste rien qu’un nom. « Le Pointil », c’est maintenant une petite placette faisant face à la confluence des deux rivières. Fusion douce où les eaux de l’Oise donnent l’impression de se recueillir avant de s’abandonner aux flots de  la Seine. On trouve au Pointil le monument aux Morts de la batellerie, la statue d’une femme ailée symbolisant l'engagement des bateliers envers la patrie et l’ancienne bourse d’affrètement où s’organisaient les opérations de transport fluvial.

Un Rocard, sinon rien !

Tous ces glorieux témoignages ont bien du mal à masquer l’impression de vide que les 2 ou 3 péniches amarrées sur le quai n’arrivent pas à corriger. Une activité laissée en plan, qui n’est plus que l’illusion de sa splendeur passée. Celle-ci commença au 19e siècle au temps de la révolution industrielle. Les péniches venant de l’Oise remontaient la Seine pour approvisionner Paris en charbon. Elles n’avaient pas de moteur et utilisaient le halage à chevaux. Une invention va compenser cet handicap : le touage, une chaîne de 71 kms immergée depuis la capitale où s’accroche un bateau treuil tractant jusqu’à 14 péniches. Ce système naît à Conflans. La société de touage puis, plus tard, les entreprises de remorquage s’y installent. Entre 1920 et 1950, l’activité est à son apogée. Sur les quais, les bateaux doivent attendre leur tour avant de prendre place. Pour les cafés et l’approvisionnement, Conflans devient la halte indispensable de tous les mariniers. S’y crée un internat pour scolariser leurs enfants. Puis les « trente glorieuses » vont signer le temps de l’abandon. La prolifération des autoroutes développe l’appétit du transport routier. La batellerie s’enfonce inexorablement la tête sous l’eau.

Un Rocard, sinon rien !

Tout n’a pas coulé. La mémoire des lieux laisse dormir des forces vives. Une solidarité nouvelle s’exerce dans l’étonnante péniche amarrée en face de la vieille école. C’est le bateau-chapelle « Je sers » ! Construit en 1919, ce chaland de 70 mètres a été transformé depuis 1936 en salle de réunion, en réfectoire et sur sa partie aval en chapelle consacrée à saint Nicolas, le patron des mariniers. Parallèlement il assure une importante vocation sociale en faveur des démunis qui y trouvent réconfort et assiette pleine. Conçu pour s’échapper, le bateau est devenu refuge. Avec la sensation d’avoir surpris le secret d’une intimité, le groupe y reçoit un accueil chaleureux.

Un Rocard, sinon rien !

Alors que certains marcheurs se demandaient non sans anxiété comment venir à bout de cette longue promenade fluviale qui fuit jusqu’à l’horizon, la rencontre d’une petite ruelle remontant sur les hauteurs va signifier qu’on n’ira pas plus loin. Une allée piétonne prend le quai à rebours. Elle propose les plus belles vues de la ville et donne accès à sa partie médiévale. Une bâtisse de style néo-gothique en ouvre la porte avec son grand parc, son orangerie et ses serres. Cette imposante demeure bâtie au 19e siècle sur le site d’un ancien prieuré abrite actuellement le musée de la batellerie.

Un Rocard, sinon rien !

Avec ses arêtes légèrement arrondies, la ligne de l’église Saint Maclou se mêle harmonieusement aux pavés des rues qui l’entourent. Un vitrail de 1860 montre le transfert du corps de Sainte Honorine, martyre du 3e siècle jetée dans l’embouchure de la Seine. Ses reliques sont conservées jalousement dans une chapelle latérale. En contrebas, la tour Montjoie reste l’unique vestige du château médiéval de Conflans. Ce donjon quadrangulaire ne surveille plus qu’un très joli jardin de curé qui s’étend à ses pieds.

Un Rocard, sinon rien !

En se succédant, deux sentes piétonnières dites « rue de la savaterie et ruelle de la tour » proposent de rejoindre le centre ville. Elles contribuent à exciter l’imaginaire. Le Moyen-Age persiste, on l’a gardé avec les noms.

Un Rocard, sinon rien !

Il y a trois ans, avec l’assassinat de Samuel Paty, Conflans-Sainte-Honorine s’est retrouvée bien malgré elle comme épicentre de la terreur islamiste. Est-ce à la prémonition de cet acte tragique que le visage de la stèle du château des Terrasses doit ce regard si vague et ce sourire un peu crispé ?  Pensée fumeuse ou pressentiment funeste ! Chacun interprètera cette alternative selon sa propre nature.

Conflans fait tout pour se sortir de ce traumatisme en menant la vie normale des villes ordinaires, celle où le temps qui passe atténue le chagrin et érode les passions et les ardeurs. Aujourd’hui, c’est le « black Friday », le jour des bonnes affaires. Tous les commerces de la rue Maurice Berteaux s’y sont mis en proposant des soldes alléchantes. Même le Café où se prendra la collation finale offrit généreusement l’apéritif. Personne ne commanda de boisson anisée !

Un Rocard, sinon rien !

Le Parcours

Vendredi 24 Novembre

Conflans-Ste-Honorine (78700) rue M. Berteaux, rue F. Faure, rue Mal. Joffre, Sente du Gouffe, Quai République, MJC la Terrasse, av Beffroy, la gare RER, le Pointil, Quai E. Le Corre,  promenade F. Mitterrand, quai des Martyrs de la Résistance, rue de la fosse du moulin, rue aux moines, place J. Gévelot, place de l’église, Rue V. Hugo, la tour Montjoie, rue de la savaterie, ruelle de la tour, rue M. Berteaux.  

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