En équilibre sur le Guil

Publié le par club rando

Mais où est passé Hannibal quand il franchit les Alpes ? Cette énigme aurait pu être levée en 2016 lorsqu’une équipe de chercheurs canadiens trouva dans le Queyras une grande quantité de crottin de cheval daté de plus de deux mille ans. Précisément au pied du col de le Traversette, juste à côté des sources du Guil. Affaire résolue ? Pas vraiment ! D’autres scientifiques émirent de sérieux doutes ;  une armée encombrée d’éléphants ne pouvait franchir les étroites gorges de la rivière situées en aval.

En équilibre sur le Guil

La controverse persiste. Cet épisode, le Guil l’a oublié. Il accorde plus d’allégeance à la géographie du Queyras dont il s’affirme la porte d’entrée qu’à l’histoire compliquée des hommes. Le Queyras :  le territoire qui consacre la beauté des Alpes du Sud. Bien que démunis de grands glaciers, les sommets frontaliers y dépassent les 3000 mètres. Une contrée haut-alpine qui ouvre à un nombreux public des pics classés souvent hors catégorie. Au pied de leurs donjons minéraux convergent un triomphe de torrents teigneux, de falaises déchaussées et de lacs brillant au soleil. Et tout cela sous la garde de bataillons de mélèzes altiers qui cherchent à offrir partout leurs bons services.

En équilibre sur le Guil

 Depuis le village d’Abriés au bord du Guil, on file facilement rejoindre les plus beaux sites du Queyras. Un royaume à prendre, du moins par ses voies les moins rudes. C’est donc en masse que 31 randonneurs ont répondu à l’invitation de s’y rendre. Qui peut réfréner ces envies de conquête ?

En équilibre sur le Guil

Dès le premier jour, le temps, bourré d’intentions conciliantes, se présenta tel qu’on l’attendait : radieux et vivifiant. Ne restait qu’à espérer qu’en dépit d’une  pléthore de dénivelés secs et exigeants, le Queyras se mette aussi à la portée de  ceux qui se contentent d’objectifs mesurés. Mais au diable les doutes précoces, il est bon de baigner dans l’illusion. On sait qu’une semaine à la montagne, ça équilibre et ça requinque !

En équilibre sur le Guil
En équilibre sur le Guil

Le Mont-Viso, bien que situé de l’autre côté de la frontière, se comporte comme s’il était chez lui. Au Queyras, tout le monde considère ce géant de 3900 mètres comme un membre de sa famille, plus comme un grand frère qu’un cousin italien. Par la piste pierreuse qui suit la haute vallée du Guil, on est venu lui rendre le premier hommage. Dès le milieu de la montée, il dévoile sa parfaite silhouette pyramidale. Agréable sensation dans les pas d’Hannibal d’admirer à loisir ce géant qui soutient le regard. Excepté un passage un peu scabreux, la balade se montre plaisante. Arrivés au belvédère, le grand spectacle du Mont Viso est là, sous les yeux extasiés. Plaisir simple de se sentir acceptés, certes en tant qu’obscurs figurants, au cœur de cette incroyable avant-scène de crêtes déchirées. Dans la descente, chacun révise ses vues : le tonus revient doucement.

En équilibre sur le Guil
En équilibre sur le Guil

Après trois heures de marche, au hameau de Valpréveyre le torrent du Bouchet glisse sur des rochers à moitié recouverts. De l’autre côté de la rive, des campeurs ont investi le sous-bois. Quatre cents mètres au-dessus, la Collette de Gilly exhibe ses formes arrondies. Mais on est venu surtout pour profiter du spectacle, le retour s’envisagera tranquillement en prenant la piste plate sous les mélèzes. Ce pays ne serait pas le même sans ce conifère à feuilles caduques qui colonise la majorité de l’espace forestier. Après quatre kilomètres, le bois s’ouvre de manière inattendue sur un festin de rhododendrons.  Dans une trouée voisine se distingue une palette multicolore de fleurs alpines : clématite, gentiane bleue, aster, joubarbe … Un véritable défilé. Le chemin tracé au pinceau coupe d’une ligne ocre ce paysage qui prend un air de tableau. L’art surgit là où on ne l’attend pas. L’intérêt de la balade se trouve décuplé.

En équilibre sur le Guil

Posée sur un éperon rocheux dans un resserrement de la vallée du Guil, la silhouette de Fort Queyras aimante le regard des randonneurs. Remanié par Vauban pour consolider la frontière et surveiller les incursions, cet ancien château fort médieval n’est plus qu’un musée de l’histoire locale. Amputé depuis longtemps de toute vocation guerrière, il ne lui reste que le passage du trafic routier pour valider ses anciens états de service. Quel contraste saisissant entre la fougue de la rivière bondissant en contrebas et l’immobilisme du fortin qui traîne désespérément sa peine. Resté aux aguets, il attend vainement un ennemi qui ne viendra pas.  

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Au-dessus de Brunissard, le plateau de Clapeyto offre toutes les commodités pour faire une sieste idéale, soit allongé sur l’herbe soit à l’ombre d’un de ses chalets d’alpage. Elle se mérite car on n’atteint ce petit paradis qu’au prix d’une montée en surchauffe dans un environnement désertique et rocailleux. L’énergie transmise par les rares conifères agrippés à la piste a donné le coup de pouce nécessaire pour atteindre le but.

En équilibre sur le Guil
En équilibre sur le Guil

En haut, le replat a constitué un petit monde à lui. Le survol répété d’un vautour fait comprendre le privilège de la situation. Dans cette zone de prairies délicatement étagées, la terre semble élastique. Le pied rebondit. La marche devient d’un coup facile et légère.

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C’est à mi-séjour que prend place la rando d’altitude. Attendue,  désirée, elle sous-tend une destination de prestige. Arpenter des hauteurs respirables ne peut être que grâce. Situé à 2800 mètres, le col Agnel bascule vers l’Italie et propose un panorama transfrontalier sur le Queyras et le Piémont. Le lieu confine au pèlerinage. Des processions de marcheurs s’imbriquent les unes dans les autres en direction du col Vieux, trois cents mètres au-dessus. C’est la grande balade du secteur. Encadrée par de petits névés, la pente modérée permet de profiter du spectacle.

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Au col s’amorce une courte descente vers le lac Foréant, lové dans une  auge glaciaire. Seul un œil averti arrive à percevoir les bouquetins qui s’ébattent sous les gradins rocheux du pic d’Asti. L’endroit ressemble à la montagne telle qu’on la rêve : minéralité brute des sommets, tapis d’approche fleuri, soleil étincelant dans une tempête d’azur, silence assourdissant malgré la foule.

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Dans le ciel de rares nuages isolés glissent une tache d’ombre sur un pan de montagne. Pas besoin de s’échiner à explorer la planète : la beauté est ici.

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La dernière des vallées à explorer, celle de l’Aigue Blanche, abrite le plus connu des villages du Queyras. Saint-Véran, 2040 mètres d'altitude et plus haute commune d'Europe. On s’est ménagé une pause pour admirer les multiples attraits de la station : les géraniums exubérants sur fond de lauzes et surtout la collection de vieux chalets à fuste, la fierté locale.

En équilibre sur le Guil

L’autre vie de Saint-Véran se passe plus haut. Sur le chemin qui accède aux prés d’altitude, deux marmottes affairées à leur toilette ont dressé la table de maquillage sur une motte de terre. A l’horizon lointain se détachent les plus hauts sommets des Écrins. Caché sous un pic, l’observatoire astronomique de Château-Renard s’impatiente. Il devra attendre la nuit pour retirer sa casquette blanche et revoir les comètes. Le sentier emprunté par le groupe retrouve le torrent et la forêt. Un chien aboie derrière une grille. C’est le signe qui indique que Pierre-Grosse, le hameau du départ, n’est pas très loin.

En équilibre sur le Guil

« Il est plus tard que vous ne croyez », dit la devise inscrite sur le cadran solaire de l’église d’Abriés, pour rappeler sans doute que chaque minute qui s’écoule rapproche de la fin. Les cadrans solaires, anciens ou contemporains, abondent dans tous les villages de la vallée du  Guil. Ils s’expriment en leur nom et s’adressent au passant de manière sentencieuse. Une autre maxime, rédigée en provençal sur un cadran récent d’une maison particulière, se montre plus encourageante : « Lou tems passo, passo lou ben, Le temps passe, passe le bien ! » Sage conseil que chacun sur place s’est efforcé de suivre.

En équilibre sur le Guil
En équilibre sur le Guil

Le Séjour

( localisé à Abriés (05460) avec une arrivée le 19 juillet et un départ le 26 juillet 2024

20 juillet : la haute vallée du Guil jusqu’au grand belvédère du Mont-Viso

21 juillet : le lac de Roue à partir d’Arvieux, visite du Fort Queyras

22 juillet : La Collette de Gilly,  Valpréveyre, le vallon du Bouchet,  retour à Abriés

23 juillet : Le col Agnel, le col Vieux et le lac Foréant, visite de Pierre-Grosse

24 juillet : les chalets de Clapeyto par Brunissard, musée de la faune et de la flore de Ristolas

25 juillet : Boucle vers Saint-Véran à partir de Pierre-Grosse

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