Naïf, mais pas trop !

Publié le par club rando

La billetterie est installée dans le couloir d’entrée. Pas de tourniquet ou de portillon : on entre d’emblée dans un vestibule qui honore déjà une partie des tableaux présentés dans cette ancienne ferme, devenue le plus insolite des musées. 

Naïf, mais pas trop !

Le village de Vicq qui s’allonge sur la départementale menant de Jouars-Pontchartrain à Thoiry sait bien mettre en valeur ses vieilles résidences secondaires caractéristiques de l’ouest des Yvelines. Tout y est agréable mais rien n’est surprenant, sauf un lieu étrange, une sorte de caverne enchantée auprès de laquelle même le commissaire d’exposition le plus avisé passerait pour un fieffé ignare. Vicq, que personne ne sait situer sur la carte, possède un trésor remarquable : un musée d’art naïf. C’est à la suite d’une rando matinale sur le coteau de Neauphle-le-Château que sa visite privée conclut la rencontre du 20 février.

Naïf, mais pas trop !

Pas facile de définir ce style figuratif autrement que par une allégorie : « un génie qui ne pourrait jamais revenir dans sa lampe ». Dans l’art naïf, l’enfermement est un linceul. Ce mouvement pictural procède généralement de personnes autodidactes ou non initiées, un type d’artistes qui existent depuis que l’homme dessine et peint. Pour nommer cet art difficilement classable, on adopta le terme « naïf », attribué tout d’abord à l’œuvre du douanier Rousseau. Il s’imposa pour qualifier ce courant très éloigné des canons de l’académisme. L’artiste est mû avant tout par la création et non par l’orgueil. Il répond à une pulsion artistique et peint pour lui, pas pour exposer. Ce courant assez mal compris souffre d’un manque de reconnaissance et chatouille certains esthètes. Du moins, ceux qui n’aiment pas trop qu’on s’amuse à dépasser les bornes.

Naïf, mais pas trop !

En arpentant les salles du musée, il faut oublier toute chronologie. Les tableaux s’éparpillent au sein d’une composition axée sur le thème de la musique. On passe plus d’une heure dans une surprenante disparité sans s’ennuyer une seule minute. Le bleu d’un ciel conquérant panaché de légers nuages viendra cueillir les 16 visiteurs quand ils referont surface au dehors.

Naïf, mais pas trop !

Alors l’art naïf : oxymore ou pléonasme ?  A chacun de se poser cette question sur la route du retour. Certains n’ont pas été convaincus par ces représentations approximatives. La banalité du trait, la disproportion des formes et la profusion des couleurs ne conduisent pas forcement à l’extase ni à révoquer son éducation artistique. A l’opposé, d’autres ont ressenti devant les œuvres une pureté d’émotion semblable à celle que les enfants portent en eux. Peut-être que derrière ces styles incertains et ces techniques apparemment simplistes, se cache aussi l’envie de s’évader du quotidien !  

En tous cas, aucun spectateur n’a trouvé le temps long et la visite inutile. Pour trancher le débat, pourquoi ne pas adopter l’avis exprimé par Louis Aragon : «Il serait naïf de croire cette peinture naïve ». Au-delà d’une formule habile, une subtile litote !

Naïf, mais pas trop !

Villiers-Saint-Frédéric, Neauphle-le-Château et Jouars-Pontchartrain, les trois localités  voisines, affublées chacune d’un nom à rallonge, ont fait pacte commun dans le partage de la gare qui les relie à Paris. Symboliquement, la station SNCF sera le point d’ancrage de la balade matinale qui va unir cette trinité communale. Les bourgades ont gardé un caractère villageois malgré la pression qui se lit dans le grignotage progressif des espaces végétaux les séparant les unes des autres. Jouars-Pontchartrain, à la porte de la plaine, est devenue la commune la plus densifiée alors que les deux autres, installées plus en hauteur, cherchent à conserver l’autarcie que génère leur écart. Elles n’ont pu cependant empêcher un habitat récent de se diffuser sur la pente et former une couronne résidentielle maintenant continue.

D’un véhicule qui vient de se garer sur le parking de la gare sortent deux petites filles et leur maman. Elles ont l’air heureuses d’avoir grappillé une matinée sur le temps scolaire et s’apprêtent à prendre le train pour Paris. Ce petit bonheur impromptu suffit à réjouir le groupe qui contrairement à l’habitude démarre sa marche en silence. La campagne à portée de main promet de belles escapades vers des horizons lointains. Ce ne sera qu’en rêve puisqu’aujourd’hui on se contentera de contours urbains.

Naïf, mais pas trop !

La traversée d’un petit bois rabat bien vite sur le centre de Villiers-Saint-Frédéric. Celui-ci se nommait autrefois Villiers-Cul-de-Sacq, du fait que le village ne possédait qu’une voie d’accès sans issue. Ce n’est qu’en 1793, en reconnaissance envers Jean-Frédéric Phélypeaux, seigneur de Pontchartrain, qu’elle prit son nom actuel. De cette époque ne reste qu’une jolie placette gardée par un remarquable porche d’entrée. Dans ce royaume perdu, se regroupent l’église flanquée de son vieux cimetière et l’antique mairie reconvertie en bibliothèque. Une perruche viendrait souvent se percher en haut du porche. Inspirée par le lieu, elle aurait tendance à se prendre pour le Saint-Esprit. Les traces du passage des hommes se ressentent encore dans le sentier qui, derrière l’école, s’enfonce dans un tunnel de verdure. Le sentier de l’Orme Imbert a gardé ce nom précieux pour évoquer un passé disparu dont il porte fidèlement la mémoire. Il débouche sur un escalier conduisant au cœur de Neauphle-le-Château.

Naïf, mais pas trop !

Le fantôme de l’ayatollah Khomeiny ne viendra plus hanter la jolie bourgade où le fondateur de la république islamique d’Iran s’était exilé à la fin des années 70. Il n’y est plus le bienvenu. En 2023, la mairie prit un arrêté interdisant toute mention commémorant le séjour de l’imam dans cette commune aux rues étroites et centre médiéval. Fermée il y a une quinzaine d’années, l’usine Grand-Marnier en a longtemps fait la fierté. Plantée devant l’église, elle dégageait toute la journée un puissant parfum d’orange amère, l’ingrédient essentiel de cette liqueur appréciée. Au début du XIXe siècle, la famille Lapostolle ouvre une petite distillerie. On y fabrique de l’eau-de-vie à partir de fruits de la région, ensuite d’agrumes. Le bouche-à-oreille, le mariage d’une fille Lapostolle avec Louis-Alexandre Marnier, jeune homme ambitieux, vont faire du Grand Marnier un alcool reconnu dans le monde entier. Désespérément vide et triste, dans l’attente d’hypothétiques projets immobiliers, le bâtiment ne porte plus que la douleur de sa déchéance.

Naïf, mais pas trop !

Promeneurs sans motif, on prend le temps de s’attarder dans le marché ambulant qui se tient sur la place centrale. Dans cette ambiance aux couleurs mandarine, bleu d’Auvergne et miel ambré, un poissonnier trouve auprès des randonneurs l’auditoire qu’il attendait. Au moyen de phrases enjouées, il valorise la qualité de son étal de Saint-Jacques. On se laisse prendre de bon gré jusqu’au,moment où il consent à donner ses prix. Est-ce un effet de l’altitude, ils atteignent des sommets vertigineux. On demande au commerçant de justifier une telle déclaration. Il y répond avec une autorité et une autoconviction qui rendent selon lui ses thèses irréfutables. A cette façon de noyer la coquille sous le poisson, on acquiesce mollement sans vouloir présenter d’opposition frontale. Naïf, mais pas trop, pourtant, cela aurait soulagé de le lui dire !

Naïf, mais pas trop !

Le parcours

Vendredi 20 février 2026

Parking gare Villiers-Saint-Frédéric(78640), rue de Gaulle, chemin de la voie ferrée, chemin de la source, église, sente des écoles, sentier de l’Orme Imbert, centre-ville de Neauphle-le-Château, grande rue, sentier du fond des granges, sentier de Saint-Maur, rue des Sablons.  

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