Caillebotte, ça me botte !

Publié le par club rando

Un cèdre bicentenaire qui diffuse une ombre tentante, des parterres de fleurs aux couleurs subtiles et d’immenses pelouses se noyant dans une rivière propice aux jeux de l’eau et de la lumière : quel délicieux endroit que cet immense parc à l’anglaise pour qui décide de se consacrer à la peinture !

Caillebotte, ça me botte !

Dans cette luxueuse propriété de Yerres, Gustave Caillebotte s’imprègne de ce vaste décor pour y réaliser entre 1875 et 1878 plus de 80 toiles. Son père avait acquis comme maison campagnarde une étonnante villa néo-palladienne logée dans ce poumon vert de onze hectares. Une chapelle y fut construite pour Alfred, l’aîné des enfants et curé de la paroisse de Notre-Dame-de-Lorette. En résidence avec Martial, son autre frère, Gustave partageait les passions de la photographie et de la philatélie. Martial pratiquait le piano, Gustave, lui, se dispersait entre peinture et aviron. Végétation, soleil et contre-jour, horticulture, canotage : tout son quotidien passe dans sa palette.

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Mais les beaux endroits finissent mal en général : la famille vend la propriété en 1879, après la mort de la mère. Rideau pour ce domaine qui tombera progressivement en désuétude. La municipalité  de Yerres en devient propriétaire en 1973. Mais il faudra attendre vingt ans pour que le maire Nicolas Dupont-Aignan le restaure. Entre mobilier d’origine et l’apport de pièces léguées par le Mobilier national, la Maison Caillebotte retrouve tout son lustre d’antan. Une demi-heure de train depuis la gare de Lyon que complètent quinze minutes de marche suffisent pour humer l’atmosphère qui a inspiré le peintre. Dès l’arrivée, on pressent que l’on pénètre dans un lieu où le temps a pris du bon temps. Les 18 visiteurs du jour se laissent très vite soumettre à l’unique tentation : en faire autant.

Caillebotte, ça me botte !

Ce qu’ils découvrent après avoir franchi le porche d’entrée ressemble davantage à la propriété d’un grand bourgeois qu’à un atelier d’artiste. On comprend de suite que Gustave Caillebotte n’eut jamais à pâtir de soucis financiers. La maison d’habitation a la lourdeur rassurante qu’appréciaient à l'époque ceux qui avaient les moyens. Anoblie d'un double balcon supporté par des colonnes et des statues abritées dans des niches, elle en impose ! Généralement on donne un nom aux choses qu’on aime. De son inspiration italienne, ses résidents l’avaient affublée d’un diminutif plus affectueux que réaliste : le « Casin », littéralement : la petite maison. Face à sa patriarcale prestance se regroupe un ensemble de bâtisses dont le style et la disparité brisent un peu l’harmonie : une ancienne ferme avec sa volière et un pseudo-chalet suisse dans l’esprit des maisons alpines. Mais l’appel de la nature est si attractif qu’on convient de s’égayer d’abord dans la fraîcheur des sous-bois et des prairies.

Caillebotte, ça me botte !

Mi-avril sous un ciel bleu, le moment où les oiseaux se mettent à chanter, le mois pour regarder ce que mijotent la nature et les jardins. Ce tableau idyllique va donner la tonalité de la journée. Le mérite de s’être déplacé dans ce coin plus lointain en sera ainsi récompensé.

Une manif de belles fleurs ! Dans le parc, elles se sont donné rendez-vous pour un rassemblement organisé et pluriel. Les jacinthes sont là, les narcisses se déplient et les pivoines se resserrent. Les tulipes, très nombreuses, alignent impeccablement la texture soyeuse de leurs pétales. Sur le chemin qui longe l’Yerres, rivière éponyme, se cachent quelques traînardes attendant sagement que les journées se réchauffent davantage.

Caillebotte, ça me botte !

De tous les verts changeants du parc, c’est celui, un peu acide des reflets de la rivière qui affirme les plus belles nuances. Sinueuse et romantique, l’Yerres constitua pour Gustave Caillebotte la base idéale de ses premières excursions en aviron ou en périssoire, loisir très prisé à cette époque. La rivière fut son premier cadre nautique. Il s’y représenta dans des toiles qui donnaient l’envie de le rejoindre et le suivre.

Caillebotte, ça me botte !

Disséminées dans les allées du parc, deux formes originales retiennent l’intérêt : la chapelle romano-gothique et surtout le kiosque anglo-chinois  surmontant une glacière profonde de sept mètres et surmontée d’une grotte factice en meulière. Tout ici a été recréé à l’identique. Les tableaux de Caillebotte eux-mêmes ont servi de modèle pour replanter les sous-bois, composer les parterres et repenser les bords de la rivière. La découverte du parc a tenu sa promesse, une belle adresse qu’on aimerait garder pour soi et qui ne donne qu’une envie : celle de revenir.

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Service en faïence dans la salle à manger, papier peint au salon représentant des scènes de l’antiquité, guéridon, méridienne, tout paraît conforme aux standards de la société bourgeoise de la fin 19e. Le rez-de-chaussée témoigne de la justesse des travaux réalisés. Dans la salle de billard, le visiteur entre comme s’il entrait dans le tableau peint 150 ans plus tôt par l’artiste.

Caillebotte, ça me botte !

La maison permet d’en savoir plus sur sa personnalité. A l’étage, on découvre, au hasard de l’historiographie, la palette des multiples talents de Gustave : peintre, architecte naval, régatier, avocat, photographe, philatéliste et jardinier mais aussi mécène passionné et discret. Il aida matériellement ses amis impressionnistes (Monet, Manet, Cézanne) en achetant puis en léguant ensuite à l’Etat quelques-unes de leurs toiles majeures. Les copies les plus célèbres de ses propres œuvres, s’accrochent çà et là dans l’alignement des pièces. Celle qui touche le plus est son dernier autoportrait. Avec ses cheveux coupés court, sa barbe et sa mise de régatier, la façon de regarder le spectateur interpelle. Le visage est certainement très ressemblant mais ce n’est pas la fidélité de l’apparence qui est en cause mais l’espèce d’inquiétude que trahit le regard. Pour un être si brillant, c’est sans doute cette fragilité qui émeut. Elle ne fait que renforcer l’estime qu’on lui porte.

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Les bords de l’eau restent partout un parcours apprécié pour une balade pédestre. Le département de l’Essonne s’est réapproprié le cours de l’Yerres en rendant ses berges accessibles par un chemin piétonnier. Avant de se rendre à la maison Caillebotte, on emprunta juste sa partie locale. Sur ce beau sentier agrémenté de nombreuses citations poétiques, la vision prenait déjà la douceur d’une aquarelle.

Caillebotte, ça me botte !

L’élégance détachée de Christian ne l’empêche pas de pratiquer un art consommé de la pédagogie. Pour dispenser ses connaissances sur Caillebotte et son époque, il se pose au préalable les mêmes questions que celles de son auditoire. Tout en douceur et sans chercher à se mêler du fond, il se montre cependant intransigeant sur les nuances.

Caillebotte, ça me botte !

Sa mission ne s’arrête  pas là. Par l’intermédiaire d’une amitié complice, il a réussi à faire ouvrir les portes du potager, généralement fermées au public. Géré par une association, il est entretenu par des bénévoles qui proposent un choix végétal et des méthodes de jardinage proches d’une horticulture pratiquée par Caillebotte lui-même. Découvrir la richesse de ce jardin, retrouver ce qui s’est perdu et apprendre ce qu'on ignore fut à la fois un plaisir et un privilège. Et pour les passionnés, sans doute, un léger avant-goût du paradis.

Caillebotte, ça me botte !

Le Parcours

Vendredi 17 avril 2026

Gare d’Yerres (91330), le Parc des 2 rivières, le Chemin des Poètes, l’île de Panchout, la propriété Caillebotte,  le parc de la Grange au Bois, la rue de Concy, la Gare.

Caillebotte, ça nous botte !

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