Drill, baby, drill !

Publié le par club rando

« DriIl, baby, drill* » ! Si on prenait au mot ce célèbre slogan de la dernière campagne américaine, ce n’est pas du pétrole qu’on trouverait dans les sols du Vexin mais plutôt des traces de son passé. Les vestiges archéologiques datant de période romaine y foisonnent. Pour les déceler, il suffit de pas grand-chose : fouiller la terre et se baisser. Les Romains s'attardèrent plus de deux siècles dans cette contrée qu'ils baptisèrent Pays des Véliocasses. Pas question cependant de déclencher une guerre de leadership avec les sites prestigieux qui, de la Provence à l’Aude, via le Gard, ont sacralisé leur romanité. Mais même rasés, détruits ou enfouis dans son sol, les très nombreux vestiges locaux restent un héritage séculaire que le Val-d’Oise se doit d’exalter.

Drill, baby, drill !

Plutôt que d’en faire un recensement exhaustif, l’intérêt se porte principalement sur le site le plus emblématique. A deux pas du village de Genainville, furent exhumés des nymphes, des enfants, une divinité féminine et de nombreuses statues, rien que des représentations trouvées dans un état de conservation digne de figurer dans les plus grands musées. Voilà plus de dix-huit siècles que de vieilles pierres gisaient là, oubliées de tous, dans un fond de vallon nommé « les Vaux-de-la-celle. »  

Drill, baby, drill !

Le lieu pourtant faillit rester dans l’ombre. Découvert en 1935, on pensait alors qu’il s’agissait des restes d’un château médiéval. Six ans plus tard, des archéologues corrigèrent le tir en se lançant dans une campagne de fouilles intenses. Sous terre, un autre monde se révéla : une véritable agglomération gallo-romaine comprenant un théâtre en demi-cercle, des thermes et un temple. D’autres constructions complétaient cet ensemble : des bâtiments à usage d’habitation, un collecteur d’eau, une voie sacrée et des fragments de portiques. Toute une cité endormie qui attendait le réveil.

Drill, baby, drill !

Alors que le clocher de l’église de Genainville s’apprête à sonner dix heures, on est venu ici en savoir davantage sur ce peuple ingénieux de soldats et de maçons qui inventa aussi la césarienne et les bains bouillonnants. Les récits généalogiques restent un filon qui ne se démode pas. Les mémoires et déboires de l’empire romain ont un regain d’actualité. Tout le monde adore écouter des histoires où les tyrans sont épinglés, où l’on frissonne sur le sort de victimes sacrifiées et où l’on tire le portrait de peuplades aux noms imprononçables. Mais avant le privilège d’une réception privative « in situ », les randonneurs ont programmé une balade apéritive dans l’environnement immédiat. Si on veut saisir le passé, rien de mieux que d’arpenter d’abord le présent.

Drill, baby, drill !

La place centrale, malgré un quadrillage de petits tilleuls à la distinction surjouée, paraît bizarrement plus revêche qu’avenante. Personne n’a daigné pointer son nez pour l’accueil des 8 visiteurs, si ce n’est les aboiements furieux d’un chien qui garde avec conviction la porte de son maître. Décoré par des plates-bandes de primevères, l’espace précède une magnifique église qui ne peut cacher le mélange des genres. L’édifice, largement remanié à l’époque de la Renaissance, dégage une impression de robustesse. L’église a la lourdeur rassurante de celle qui résiste à tout.

Drill, baby, drill !

Sur la route de Maudétour, une maison de plain-pied, pas très jolie avec son crépi grisâtre, frôle un gros platane. C’est juste après son passage que débute le chemin de garenne. Il monte gaillardement au milieu de champs de blés barbus vers le château d’eau.

Drill, baby, drill !

Sur la hauteur, une sauvagerie de buissons anarchiques l’encadre. Cette agressivité s’essouffle bien vite à l’abord d’une zone de vieux vergers où l’herbe s’allonge sous les arbres fruitiers. Ombre frêle d’un prunier, ombre plus épaisse d’un noyer mais celle où tous convergent est l’ombre du grand cerisier sauvage dont la stature impose le respect. Sous ses branches, les cerises, abondantes et tentantes, ne demandent qu’à être cueillies. Bien que maigrelettes et peu charnues, elles se révèlent gouteuses et prisées par les gourmands. C’est fou comme les fruits croqués dans un jardin paraissent toujours délicieux. Surtout quand il s’agit du jardin d’un autre ! 

Drill, baby, drill !

Le groupe pénètre ensuite dans le petit bois qui couronne le haut du plateau. L’impression de fraîcheur s’y renforce. Elle entretient la vivacité de l’allure. Le chemin amorce la descente, longe des champs abandonnés puis ouvre largement le panorama. Genainville apparaît, cadré au premier plan par une barrière en bois semblable à celle de parcs londoniens. Des haies bordent des prés bien verts où broutent des chevaux. Les rayons du  soleil manifestent soudainement une grande volupté réparatrice en transperçant les nuages. Avec sa douceur ordonnée, l’endroit prend un petit air de campagne anglaise. « Sea, sun and Sussex », la comparaison s’impose à un élément près. Seule manque la mer pour valider le tableau !

Drill, baby, drill !

« Aux Vaux-de-la-celle, Il y a encore beaucoup de choses à découvrir » déclare le jeune archéologue détaché au service de groupe. Loin de pontifier, il sait que les révélations édictées sans emphase crédibilisent le discours. Sa parole va prendre de l’envol en s’appuyant sur un public tout heureux de l’entendre en petit comité. Le bassin des thermes aurait d'abord été utilisé comme un « sanctuaire de sources », peut-être à des fins curatives. Le temple, lui, a la particularité d'être consacré à deux divinités : la déesse gauloise Rosemerta et le dieu romain Mercure. Tant que les cultes officiels de Rome étaient respectés, les Gaulois pouvaient conserver leurs dieux bizarres. Sur les gradins du théâtre, quatre mille spectateurs accouraient applaudir les prestations de comédiens.

Drill, baby, drill !

On connaît la force des liens de dépendance et de sociabilité dans les sociétés antiques. Aux premier et second siècles, une sorte de syncrétisme se mit en place. Les élites du nord de la Gaule s’approprièrent les éléments du confort et du raffinement de la société romaine. Puis, elles firent du "monument et du service à la romaine". Le latin s’imposa dans l’oral et l’écrit, la langue devenant le passeport essentiel de l’adaptation. C'est cela le message qu’on retient de la visite des Vaux-de-la-celle : la société dut se structurer pour vivre en conformité avec son époque.

Drill, baby, drill !

Pour que de nouveaux morts puissent eux aussi revivre, les archéologues s'orientent maintenant vers des secteurs en dehors de l'aire sacrée. Une zone de fouilles a été ouverte depuis une vingtaine d’années mais, là comme partout, les moyens financiers manquent pour la voir prospérer.

 Cette visite dans l’antichambre des ancêtres a donné un souffle régénérant. Il en ressort que la découverte du passé s’avère réserve d’avenir. Quelle drôle de contradiction ! Plus le monde vieillit, plus il en apprend sur sa jeunesse. Une inversion paradoxale : le passé s’éclaire à mesure qu’il s’éloigne.

Alors, « Drill, baby, drill ! »

Drill, baby, drill !

*" Fore, chérie, fore " et par extension " Creuse, chérie, creuse "

 

Remerciements appuyés aux personnes accompagnatrices de cette visite

M. Delaplace : Président de l’APSAGE (Association pour la promotion du site archéologique de Genainville)

Les étudiants en Master 2 de l’AEVA (Association Etudiante Valdoisienne d’Archéologie) de Cergy

le Parcours

Vendredi 12 juin 2026

Genainville (95420), l’église saint-Pierre, la rue du chat noir, le sentier du château d’eau, le chemin de Bretèche, le cimetière, la boucle du bois de Morlû par le PR, le sentier Edmond, Genainville, visite privative du site des Vaux-de-la-celle.

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