Le petit roi

Publié le par club rando

Malgré qu’il soit le plus petit et le plus faible des oiseaux, la légende attribua au roitelet l’un des plus beaux noms qu’on puisse porter (littéralement : le petit roi). Un jour, les oiseaux décidèrent de se choisir un chef. Celui qui volerait le plus près du soleil serait l’élu. Le roitelet se cacha dans les plumes de l'aigle qui cria son triomphe quand tous les autres oiseaux eurent manifesté leur épuisement. Mais le petit filou sortit de sa cachette pour voler au-dessus et gagner le concours. Les autres oiseaux ayant honte d'avoir un roi aussi insignifiant refusèrent de l’adouber. C'est ainsi que l'aigle fut quand même consacré et le roitelet, ne pouvant être déclassé, hérita par compensation du titre de petit roi. 

Le petit roi

Le passage du col Bayard a fait office de péage. Billet depuis longtemps en poche, le roitelet furète le sol sans accorder intérêt aux milans et autres buses variables qui dans le haut du ciel se disputent les couloirs aériens tracés entre les pics du vieux Chaillol et de la grande Autane. Ces respectables 3000 granitiques dominent la plaine du Champsaur. Celle-ci résulte du titanesque travail d’érosion que façonnèrent les glaciers du quaternaire. C’est donc au sein de cet étage dit « montagnard », constitué principalement de forêts mixtes, que le roitelet a trouvé son paradis secret. Il y écoule ses journées en poinçonnant du bec quelques brindilles, puis en sautillant sur ses pattes avec la légèreté d’une danseuse.

Le petit roi

Conquises par une telle énergie, les deux randonneuses se sont accordé de longs moments de pause pour entendre ses dires et scruter son manège. Cet animateur mondain adore la compagnie car la frênaie qui l’héberge accueille toute une ménagerie. Voir sans être vues, observer sans être démasquées, quel beau rêve d’enfance pour les deux femmes qui écoutent les trilles saccadées de la grive musicienne, les querelles de voisinage d’une bande de rouges-gorges, les piaillements énamourés d’un couple de bergeronnettes ou suivent le vol d’un merle noir prétentieux qui ne pense qu’à exhiber l’élégance de sa mise. Rien que des bruits complices qui renforcent le plaisir de traverser une région se découvrant au fur et à mesure de cette itinérance.

Le petit roi

Sur les pentes qui encadrent le sentier, de modestes rus ont creusé d’impressionnantes rigoles. On devine qu’en ce début de saison estivale, peu de gouttes de pluie ne les touchent hormis les possibles orages de fin d’après-midi qui y déverseront plus d’eau que la terre ne peut absorber. Dans l’attente d’une soirée rafraîchie, la nature tend ses branches pour accueillir ce qui jaillira des vannes du ciel. Jusqu’ici les reliefs rencontrés ont parfaitement absorbé les soubresauts du parcours proposé au cours de cette semaine haut-alpine. Les oiseaux ont bien transmis leur vitalité et leur gaité. Malgré quelques pointes de température, les marcheuses n’ont pas détoné dans cette végétation de forêts rocailleuses. Des paysages sublimes, du beau temps, la surprise d’un lis martagon, de la place pour respirer : tout est réuni pour la meilleure des vies

Le petit roi

Car le Champsaur fourmille d’atouts pour la pratique pédestre. En réalité, personne ne le connaissait vraiment. Tout juste son nom, en tous cas, pas sa situation ! Vaste dépression bocagère, aux paysages variés, cette contrée correspond à la haute vallée du Drac. Dominée au nord par les massifs du Sirac et du Vieux Chaillol, à l’ouest par la chaine du Dévoluy et au sud par la cuvette de Gap, la contrée se devine dès la moindre hauteur. Le fond montagneux surplombe un bocage qui offre une grande réserve de chemins creux. Sous la chaleur estivale, leur ombre appréciable récompense ceux qui ont le courage de les suivre. Nulle part ailleurs dans les Alpes françaises, un bocage n’atteint cette étendue, 100 km2, et cette densité.

Le petit roi

Dès l’accès du col Bayard, la mollesse du relief contraste avec l’âpreté des montagnes qui l’entourent.

Le petit roi

Pour peu qu’on veuille les chatouiller, très vite les versants se relèvent et s’entaillent de minuscules vallées restées sauvages. Les arêtes sommitales, disparues du regard, semblent avoir pris une dédaigneuse tangente. Petites têtes d’épingle dans cette immensité forestière, même à 1700 mètres d’altitude, on ressent que les impressions alpines sont là et la solitude paraît totale.

Le petit roi

Torrent en forme d’Y, le Drac s’écoule au fond de cette ancienne auge glaciaire. Bicéphale, le Drac blanc naît dans la vallée de Champoléon, son jumeau, le Drac noir, dans celle d’Orcières. Les deux s’unissent en aval du hameau de Pont du Fossé puis la rivière quitte la haute montagne pour poursuivre son cours vers Grenoble entre le Dévoluy et la suite du massif des Ecrins. Pour gagner Orcières, remonter son lit s’avère le passage le plus facile. Impétueux, le Drac s’étend sur plus de 100 mètres de large, se divisant en de nombreux bras entre des bancs de galets et de sable. Il disparaît souvent du regard. Le résumé de sa nature sauvage : être encore là tout en faisant croire en son éloignement !

Le petit roi

Le gros bourg de Saint-Bonnet fait office de petite capitale. Il conserve la mémoire d’une histoire singulière où le « mouton mène au loin ». Au dix-neuvième siècle, les terres pauvres du Champsaur n’arrivaient plus à nourrir la surpopulation de la vallée. Près de 50 000 habitants décidèrent alors de partir, exilés par les exigences de la survie. Ils choisirent les États-Unis pour tenter d’obtenir de meilleures situations en relation avec ce qu’ils savaient faire : vendre leur qualification d’excellents moutonniers, mais aussi travailler comme laitiers, blanchisseurs, gens de maison. Ces pionniers du Champsaur firent souche, épousant des compatriotes parties les rejoindre au Nouveau Monde. Solidarité et esprit de famille aidants, tous s’intégrèrent dans ce pays d’accueil avec des fortunes diverses et quelquefois de belles réussites économiques, notamment dans les états de Californie et du  Colorado. Finalement, les Américains ne seraient-ils pas des Champsauriens qui auraient mal tourné ?

Le petit roi

L‘arrivée dans la station d’Ancelle mélange le sentiment d’accomplissement à la déception d’avoir bientôt fini l’itinérance. Il ne reste plus qu’à monter derrière un épaulement qui barre la vallée de la Rouanne. Dans un mini cirque niché sous le versant de la grande Autane, au-delà d’une jolie cascade et des derniers mélèzes, tout n’est que pierre. Sur la pente de fines bandes vertes s’invitent encore au-dessous d’un éboulis. Un peu plus haut, un fond de cuvette herbeux abrite un troupeau de moutons qui y a pris ses aises. On devine au loin un sentier qui monte droit et s’évanouit à l’approche d’un pierrier. Dans ce déluge minéral, on se demande qui a eu l’idée de le tracer. Seraient-ce les bergers cherchant à relier d’autres alpages ou bien des baliseurs voulant en faire un GR de Pays ? En tous cas, ceux qui l’ont étayé ont dû bien s’amuser !

Le petit roi

Le matin du départ, la sensation d’une présence a réveillé les deux filles. Du rebord de la fenêtre de leur chambre laissée ouverte pendant la nuit, un roitelet s’affaire à la toilette de sa jolie livrée de velours. Pas le temps de lui adresser un coup d’œil complice, la petite boule de plumes s’est déjà envolée pour gagner le sorbier du jardin. Même pour lui, c’est dur de quitter des amies !

Le petit roi

Itinérance en Champsaur dans les Hautes Alpes(05)

le 25/06/26 Transfert train Paris-Valence-Gap

le 26/06/26 col Bayard, les Faraux, Station de Laye, le Bois Vert, la Fare, Saint-Bonnet

le 27/06/26 St-Bonnet, lac de Barbeyroux, canal de Mal Cros, Saint-Michel-de-Chaillol

le 28/06/26 Vallon de la Vénasque, station Chaillol 1600

le 29/06/26 St-Michel-de-C.,Chabottonnes, Pont du Fossé, Orcières par la rive droite du Drac

le 30/06/26 Orcières, les Ricous, Coste Belle, Libouze, les Faix, Ancelle

le 01/07/26 Ancelle, la vallée de la Rouanne par le haut et le bas

le 02/07/26  Transfert pour Gap puis Grenoble puis Paris

 

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