Une balle en plein cœur

Publié le par club rando

Une mouche tournicote en vrombissant autour de ses oreilles. Elle n’arrive pas à distraire  Michel, appliqué à accueillir ses dix invités. Après une éclipse de cinq ans, les hêtres, les chênes, les bouleaux chétifs et autres érables sycomores, tous ces pensionnaires du bois de Ronquerolles le voient se préparer à la marche du jour. Reprendre les bonnes habitudes après que l’été qui n’en fut pas un ait fâcheusement empêché de mettre le nez dehors. En ce premier vendredi de septembre, un soleil redevenu aimable déverse ses rayons sur les cimes des arbres. Il fait beau, le temps est plutôt clair, l’après-midi s’annonce chaude. Des moutons de nuage filent dans le ciel pâle. La journée idéale pour défaire le gilet et partir en balade.

Savoir où l’on va. Michel prend d’abord la peine de souligner les caractéristiques du parcours. Il fait craquer comme du bois mort les articulations de ses phalanges, tic fréquent lorsqu’il se concentre sur un dossier ou une affaire. « Je ne fais pas de promesse mais je les tiens » : cette citation que l’actualité récente vient de remettre en lumière résume parfaitement sa posture rigoureuse ainsi que la prudence de ses choix. Il n’est pas du genre à s’engager sur des choses impossibles et se lève chaque matin à la pointe du jour avec une immuable discipline. Tous les marcheurs le suivront en confiance.

Une balle en plein cœur
Une balle en plein cœur

Un record dont on se serait bien passé. La vague de chaleur qui démarra fin juin fut la plus longue jamais enregistrée par les services météorologiques. Courir par les champs, jouer aux boules, déjeuner sur un carré d’herbes, qu’elle fut loin la belle saison qui proposait habituellement ces activités extérieures. Cloîtré dans le noir, volets fermés, dans l’espoir d’échapper à la fournaise, le confinement climatique a réorganisé tous les emplois du temps. Les sorties furent réservées aux activités essentielles, et encore, en excluant les déplacements trop longs. Une chaleur accablante vida rues, terrasses, sentiers et même certains bords de mer au profit de lieux clos et climatisés. Ce large traumatisme franchit évidemment la barrière des espèces. Une sécheresse végétale vitrifia la nature. Les arbres assoiffés, les prairies asséchées et les nombreuses cultures grillées rappelèrent le destin commun de tous les vivants. Sans eau, la vie s’épuise ! Heureusement depuis une dizaine de jours les températures ont baissé, les flammes des incendies se sont calmées et la pluie tant espérée est enfin arrivée. A-t-elle suffi pour atténuer l’agression estivale ?  Les premiers pas dans le bois de Ronquerolles vont livrer le verdict.

Une balle en plein cœur

Un vent volage agite mollement les feuillages ou du moins ce qu’il en reste. Force est de constater qu’une constante réunit toutes ces espèces sylvestres. Elles ont mal vécu la période caniculaire. Les fortes chaleurs n’ont pas eu d’effet vraiment direct, c’est le manque critique d’eau qui a placé les arbres en situation de stress. Pour certains sujets, principalement situés en lisière, la trop grande abondance des feuilles brûlées les réduira rapidement à l’état de squelette.

Une balle en plein cœur

Tous les colocataires du bois ne subiront pas ce même sort. Les arbres ont trouvé en eux-même la force de l’insurrection et la volonté de se sortir de l’épreuve. La plupart subsisteront. Un arbre peut lutter mais il en ressortira affaibli et sans doute inapte à résister à la répétition des sècheresses. Même s’ils se dressent toujours debout, certains d’entre eux agoniseront en silence dans les années à venir. Rien ne doit justifier le pardon. C’est l’été, le responsable de ces méfaits qui ne mérite aucune clémence. Depuis presque une décennie, on sent bien que l’été n’est plus le même. Il est temps d’en finir pour éviter qu’il ne recommence. Une balle dans ce qui lui sert encore de cœur !

Une balle en plein cœur

A une encablure du département de l’Oise, l’endroit s’avère plaisant, calé entre un ciel immense et le moutonnement de collines boisées qu’incisent de grandes allées cavalières. Rien n’y bouge ou ne se passe. Pas de voitures, pas de promeneurs, pas de monture ! On n’y rencontre que le son lointain d’une tronçonneuse au fond d’une futaie et la présence d’un lézard, avançant par étapes cadencées sur un amas de souches abandonnées. Passé le bois de la Tour du Lay et son polissoir néolithique, le chemin cherche sa route dans une boulaie agitée par le vent puis vire résolument vers le nord.

Une balle en plein cœur

C’est presque par hasard que se découvrent les toits d’Hédouville. Caché dans un vallon minuscule, le village n’est qu’une suite d’anciennes maisons avec jardin blotti contre la falaise. En le quittant, le chemin s’estompe dans la fraîcheur obscure d’une montée ourlée de buis pour mieux renaître à la lumière dès la reprise du plateau. Le relief se plisse modérément.

Une balle en plein cœur

Dans un champ de tournesols pas très en forme, une moissonneuse débute un lancinant quadrillage. Cette coupe précoce s’explique par des semis anticipés courant avril et surtout par les fortes chaleurs et le déficit hydrique de l’épisode estival. La récolte attendue risque d’être maigrelette.

Une balle en plein cœur

En levant les yeux au ciel, un vol de tourterelles semble indiquer la direction qu’il convient de prendre pour atteindre le bois de Messelan et la clairière du monument rendant hommage aux fusillés du maquis de Ronquerolles. Sous une allée de chênes trapus, c’est là que sera pris le repas. On n’a plus d’âme à 13h15, juste un estomac, une envie se rafraîchir d’un demi-godet de rosé, de croquer un sandwich mozarella-rondelles de tomates, de parler de ses chats. Un moment où la journée se fait plus douce, où l’on se sent toujours léger, dans la tête à défaut du corps.

Une balle en plein cœur

Le retour s’amorce dans la continuité du large couvert forestier. Un balisage blanc et rouge sur le tronc d’un hêtre vigoureux fait comprendre que l’itinéraire vient de rejoindre la trace d’un GR. En l’occurrence, il s’agit du GR 11, dit Tour du Pays d'Île-de-France.

Une balle en plein cœur

Ce long ruban en boucle autour de Paris dévoile que l’emprise urbaine atteint, elle aussi, ses limites. Il y a une vie après la ville. Un village, un hameau, quelquefois un café, viennent rappeler que partout la vie y frémit, même à l’étouffée. Une renommée modeste mais une louable ambition : tourner autour de la capitale sans que s’aperçoive sa présence. Sac sur le dos, s’y révèle l’ampleur de la ceinture verte sans laquelle Paris et son agglomération ne sauraient respirer. 

Le rempart qui protège l’empire !

Une balle en plein cœur

Le parcours

Vendredi 4 septembre 2026

Le parking du bois de Ronquerolles (95340), le bois de la Tour du Lay et son polissoir, la plaine de Ret, Hédouville, Hodan, le GR11, le bois de Messelan et son monument aux fusillés, poursuite du GR11, Montagny Prouvaire, la montée de Landrimont, la Place aux ânes, le parking.

 

 

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