201311 L'habit de Bures
Il a fallu s’adapter aux conditions climatiques. Avec le froid qui vient de saisir la France, ce n’est plus la tête qu’il convient de couvrir, épisode des bonnets rouges oblige, mais l’ensemble du corps. Tous ceux qui ont traversé l’enfance sous le poids de la lancinante recommandation : "couvre-toi, tu vas attraper mal" ! remontent un peu plus la fermeture de leur anorak.
A Bures, tout près de Morainvilliers(78) en dépit de la montée d’une côte qui vient d’accélérer leurs pulsations, ils sont peu à souscrire à l’affirmation de Nadine qui assure : "Le froid ne nous veut que du bien !"
Bien qu’il ait été démontré qu’une exposition soutenue au froid stimule les défenses et améliore l’humeur, nos 22 randonneurs ne se soucient guère d’avoir en eux suffisamment de tempérament pour résister, court vêtus, à cette première agression hivernale. Un peu comme autrefois, quand nos ancêtres revêtaient leurs habits de bure en laine grossière dès les premiers frissons, tous ont ressorti du placard doudounes bien chaudes et pantalons doublés.
Au départ de la rando, une heure plus tôt, une animation inhabituelle donnait à la place de l’église de Morainvilliers un air de 14 juillet. Sous le regard admiratif des marcheurs, un détachement chamarré des différents corps de la Gendarmerie venait y fêter la Sainte Geneviève
Cette cérémonie, célébrée à une date flottante, rappelle le "miracle des ardents" qui eut lieu en 1130 à Paris. La chasse de la sainte, sortie en procession, y guérit la population d’une maladie en ce temps-là incurable. C’est ce souvenir qui appuya, beaucoup plus tard, la décision de confier la gendarmerie à la garde de Geneviève. Sur la place, quelques militaires à cheval abordent un splendide uniforme d’apparat dont la fonction principale est d’être spectaculaire. L’écart constaté entre leur tenue du quotidien et le costume affiché pour la cérémonie du jour magnifie ces cavaliers.
Dans la plaine des sept arpents, balafrée en son milieu par l’autoroute A13, la conversation s’engage sur l’usage d'associer un saint aux corporations de métiers. La plupart de ces patronages ont pour origine une légende attribuée au saint ou à la sainte. Certains sont très connus mais des participants s'amusent à recenser les plus pittoresques. Ainsi Saint Clair illumine les lunetiers, Saint Honoré gourmande les pâtissiers, Saint Fiacre conduit les chauffeurs de taxis. Marc brûle de rappeler que Saint Laurent, qui connut le martyr sur un gril, est devenu le saint patron des… rôtisseurs.
Bures se situe à trois kilomètres de Morainvilliers, de l’autre côté de la route dite des "quarante sous", vieux surnom de l’ancienne N 13 entre Mantes et St Germain en Laye. Très longtemps cette localité hésita à se rattacher à l’un des deux villages qui la revendiquait. Finalement, c’est Morainvilliers qui supplanta Orgeval et l’annexa de façon définitive en 1843. Le bourg est ravissant et offre des perspectives sur la plaine de la Seine. Comme d’autres, il est vide de toute animation mais pas de lieu d’échanges. Le seul café restaurant qui aurait pu nous réchauffer présente momentanément ses volets clos. Il convient de préciser qu’il se distinguait par une spécialité nocturne bien particulière, révélée sur son site internet qui affiche carrément la couleur dès le premier clic. En défi, nous nous y introduisons symboliquement par l’intermédiaire d’une photo volée sur son parvis.
Le mélange des essences du bois de Marsinval (chênes, hêtres, épicéas) fournit un terreau propice aux champignons. Mais aujourd’hui le panier est remplacé par le bâton qui rythme l’allure. Sous le couvert, la luminosité en prend un coup. Le sentier suivi contourne, sans en révéler vraiment la présence, un important lotissement qui domine Verneuil sur Seine.
Michael a délaissé Boston et ses courses dans les Appalaches pour une escale parisienne. Ce jour, au sein du groupe, elle s’essaye à la rando douce et au "french way of life" des petits villages à l’ancienne. La première porte qui s’ouvre inopinément, lors du passage au hameau de Brezolle, la met nez à nez dans un improbable garage devant une exposition inattendue d’une vingtaine de grosses et rutilantes voitures américaines des années 70. Situation paradoxale où elle retrouve ce qu’elle cherche à quitter !
Le château de Romainville abrite toujours son cortège de séminaires résidentiels. Inutile de s’y rendre sans gros budget. Quelques fidèles marcheurs se souviennent cependant d’avoir emprunté ce même chemin lors d’une précédente randonnée en avril 2011(cf article : le poumon vert). Il nous conduit, la tête sous les feuillages rougeoyants, au cœur de la forêt des Alluets. Sur un léger replat, isolé de ses congénères bien trop jeunes pour lui et sûrement mal élevés, un chêne multiséculaire semble attendre les passants. Admiratifs de sa longévité, nous prenons la pose sous l’abri de sa coupole couronnée, en espérant qu’il puisse nous transmettre de sa vigueur.
Joëlle a conduit le groupe toute la journée jusqu’à son terme. Son aisance, sa vigilance et ses capacités d’écoute lui ont fait accomplir un sans-faute. Au dernier carrefour, une hésitation l’amène cependant à solliciter des avis extérieurs. Jacques, en vieux briscard, cherche à la rassurer et lui rappelle d’une phrase les assises essentielles du parfait animateur : Le chef ne se trompe jamais, il commet quelquefois de légères confusions !
rédigé le 22 nov 2013