L'âne et les abeilles

Publié le par club rando

Le nom d’Asnières est toujours demeuré intriguant. En débarquant du Transilien, on est saisi par l’harmonie bien proprette de cette élégante ville de banlieue. Et pourtant, à l’époque médiévale, cet endroit se prêtait à l’élevage des ânes. La toponymie l’affirme. Ses racines latines associent le mot asinus (âne) au suffixe aria (zone). Une autre source historique renforce cette hypothèse. Elle mentionne l’existence ancienne de nombreux haras dont on utilisait les ânes pour transporter les sacs de farine du moulin d’Argenteuil à Paris. Cette origine ne peut être qu’un bon présage. Dans la littérature, l’âne est aimé des Dieux et sert toujours de monture aux saints.

L'âne et les abeilles

Avant d’entamer la marche de cette première sortie de l’année entre Asnières et Levallois(92), les nombreux participants du jour se souhaitent d’abord le meilleur. Du haut de ses huit ans, Carlotta, peu intimidée mais n’osant pas trop lâcher la main de sa grand-mère, apporte sa bouffée de jeunesse. Elle marchera avec le groupe.

L'âne et les abeilles

Au-delà de la grande rue centrale, le cœur de ville est truffé d’allées transversales qui abritent de coquettes et confortables villas. Plus au nord, au fond d’un jardin planté de roses, se nichent l’ancien atelier et la demeure du matelassier Louis Vuitton. Ce jurassien d’origine y installa en 1859 son entreprise puis plus tard sa maison. Superbement restaurés, une partie de l’atelier s’est transformé en musée et le domicile s’est reconverti en lieu de réception pour les hôtes de marque. C’est, à notre grande surprise, le statut qui nous est réservé à notre arrivée à l’Hôtel de Ville. Le chargé d’accueil, l’archiviste et la première conseillère municipale nous attendent pour la visite. Ils vont manifester leur volonté de surpasser toutes nos attentes.

L'âne et les abeilles

Il flotte dans cette immense bâtisse un parfum du passé, comme on les aime, nullement poussiéreux, mais tout empreint de majesté républicaine. Un imposant escalier mène aux salles d’apparat, décorées par de riches ornementations sculpturales et picturales. Nos hôtes prennent le temps de décrire l’importance de ce patrimoine historique. Ils nous octroient même le privilège insigne de siéger dans la salle du conseil pour y jouer les édiles du jour.

L'âne et les abeilles

Mais en toute chose il faut considérer la fin. La photo du groupe sur le perron de la mairie scellera la fin de cette visite aussi passionnante que chaleureuse.

Près de l’église Sainte-Geneviève, le château d’Asnières, récemment rénové, s’admire derrière les grilles ouvragées. Construit en 1750 pour le plaisir d’un grand seigneur fastueux, l’édifice est un des rares rescapés des châteaux édifiés près de Paris. Après que son parc fut loti, son intérieur dépecé, il passa de main en main pour finir en institution privée. Il aurait pu disparaître si la ville d’Asnières n’avait décidé de l’acheter et de le restaurer.

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Sur les bords de la Seine, le célèbre cimetière des chiens abrite une multitude d’animaux anonymes, des chiens bien sûr, mais aussi des chats, oiseaux, lapins, tortues, tous enlevés à l’affection éplorée de leur maître. Peuplée de monuments et statuaires, de tombes d’animaux vedettes et d’animaux de vedettes, la nécropole a subi les outrages du temps. En semaine, elle est peu visitée si ce n’est par quelques chats, bien vivants, qui tiennent à rappeler qu’ils restent les maîtres du lieu. Nous quittons Asnières par les bords du fleuve. Quelques branches d’un saule pleureur plongent dans la Seine, sa ramure s’avance loin de la berge. Devant, les tours de la Défense scintillent dans le ciel doré.

L'âne et les abeilles

Bienvenue dans la ville la plus endettée de France, qui a aussi la réputation d’être une commune agréable à vivre. Souvent décriée pour son côté élitiste, Levallois-Perret offre à ceux qui le recherchent, sécurité, présence de nombreux espaces verts et surtout trois stations de métro qui la relient directement à Paris. Finalement, elle retrouve le dessein de ses pères fondateurs, deux hommes d’affaires, Jean-Jacques Perret et Nicolas Levallois. Ils voulaient créer dans la première partie du 19° siècle un espace urbain combinant les commodités de la ville aux charmes de la campagne. Le «Champ-Perret» a rejoint le «Village Levallois» pour donner naissance à la cité. Mais son développement a été par la suite plus anarchique. La commune a accueilli de nombreuses industries, des constructions automobiles, de parfumeries et plus tard des dépôts de taxis. Dans ses périphéries, une population ouvrière s’est entassée dans des espaces étroits. Depuis 1983, par une politique très volontariste de préemption urbaine, son maire, Patrick Balkany, a rénové totalement l’image de la ville ainsi que son tissu social. En passant de cité ouvrière à banlieue résidentielle, Levallois-Perret a changé de façon spectaculaire en faisant exploser le prix de l’immobilier et le montant de la dette.

L'âne et les abeilles

La rénovation est permanente, bien que tirant maintenant sur sa fin, faute d’espaces restant aménageables. Dès que l’on sort du trottoir, on frôle l’incident de frontière. D’immenses programmes immobiliers sont en cours d’achèvement. Il faut donc partager la rue avec des panneaux prônant l’interdiction de circuler et une noria de camions de chantiers. La situation s’apaise au cœur du centre-ville. De l’église Saint-Justin à la place de l’Hôtel-de-Ville, l’œil avisé des marcheurs retrouve l’urbanisme originel avec ses splendides immeubles post-haussmanniens.

L'âne et les abeilles

La mairie, voulue comme une des plus imposantes de la région parisienne, marque l’aboutissement du projet urbain conçu par Nicolas Levallois. En revenant sur le front de Seine, sur la place Pompidou, le blason de la ville surmonte les jets d’une fontaine. On y distingue un brûle-parfum et une roue dentée d’engrenage qui encadrent une bande oblique contenant trois abeilles. Ces représentations sont le symbole du travail fécond et continu d’une ville particulièrement industrieuse. Est-ce pour cette raison que la première adjointe, qui est aussi l’épouse du maire, est surnommée par ses administrés «la reine des abeilles» ?

Carlotta, après une brève interruption, a tenu à finir la balade. Elle nous attend dans une rue du si joli quartier de Bécon. Elle marche à côté de sa grand-mère mais on sent qu’elle n’écoute pas tous ses conseils. Elle sourit quand on la complimente sur son énergie et sa ténacité. Beaucoup la regardent avec tendresse et envie. On sait qu’elle a le monde à ses pieds !

L'âne et les abeilles

Asnières : la gare, l’atelier Vuitton, le jardin Leclerc, l’Hôtel de Ville, le Château, le cimetière des chiens, le quai de seine, le pont d’Asnières. Levallois-Perret : rue J. Guesde, rue Collange, rue Marjolin, Parc Collange, Eglise St-Justin, Hôtel de Ville, Parc de la Planchette, avenue de l’Europe, pont de Levallois. Courbevoie : rue J B. Charcot. Asnières : rue d’Anjou, la gare.

Le Parcours

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